L'insurrection de décembre 1905 de Moscou, s'est déroulée entre le 7 décembre 1905 (20 décembre dans le calendrier grégorien) et le 18 décembre 1905 (31 décembre dans le calendrier grégorien), principalement dans le district moscovite de Presnia. Elle a été le point culminant de la Révolution de 1905. Des milliers de travailleurs ont rejoint une insurrection armée contre le gouvernement impérial, dont les objectifs étaient sociaux et démocratiques.
Le soulèvement débouche sur une défaite des révolutionnaires bolcheviques, et une réaction contre-révolutionnaire qui dure jusqu'en 1907. À de nombreux égards, la révolution de 1905 a été un point tournant. L'insurrection de décembre a joué un rôle important dans le développement de la conscience révolutionnaire chez les travailleurs russes.
Quelques années plus tard, l'expérience acquise par le prolétariat moscovite sera un des facteurs expliquant le succès, en 1917, de la révolution d'Octobre.
En octobre 1905 à Moscou la grève est déclenchée en vue d'obtenir des concessions économiques et la liberté politique. La grève gagne tout le pays, embrase tous les secteurs et se transforme en grève politique générale du 12 au 18 octobre 1905. Plus de deux millions de personnes se sont mises en grève dans différentes branches de l'industrie.
« Camarades ! La classe ouvrière se lance dans la lutte. La moitié de Moscou est en grève. Bientôt, toute la Russie pourrait être en grève. <…> Allez dans les rues, venez à nos réunions. Présentez vos exigences et les concessions économiques que vous demandez ainsi que la liberté politique ! »
Cette grève générale et, surtout, la grève de cheminots, a obligé l'empereur à faire des concessions et le 17 octobre est sorti le Manifeste d'octobre. Ce manifeste a accordé des libertés civiles en régissant : la détention arbitraire, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de réunion et la liberté d'association. Le manifeste promettait la convocation d'une douma, ce qui entraînait un changement du régime politique du pays et sa transformation d'une monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle.
Rapidement sont apparues de nouvelles alliances juridiques, politiques et professionnelles alliances dans tout le spectre des attitudes possibles à l'égard de la politique intérieure. Ont été créés ou sont passés à un statut légal : le Parti socialiste révolutionnaire, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, le Parti constitutionnel démocratique, l'Union Octobriste du 17 octobre, le Parti monarchiste russe, l'Union du peuple russe etc.
Le manifeste du 17 octobre était une sérieuse victoire dans la lutte pour la représentation du peuple au pouvoir, mais les partis d'extrême gauche — les bolchéviks et les sociaux révolutionnaires — ne l'ont pas soutenu. Les bolchéviks ont appelé au boycott de la première Douma et ont poursuivi le cours du soulèvement armé adopté dès avril 1905 au III congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie tenu à Londres :
« Pas de négociation avec l'autocratie ! Un traitre est quelqu'un qui tend la main à un système en décomposition…. Vive le soulèvement populaire ! »
Selon l'historien Evgueni Spitsine, un rôle clé dans le financement des organisations bolchéviques et sociales-révolutionnaires et de leurs militants ainsi que dans la préparation de la phase active du soulèvement incombait en premier lieu à la communauté des Vieux-croyants et à la dynastie des marchands qui en provenaient, les Morozov, les Konovalov, le Prokhorov.
Le 23 novembre, le comité de censure de Moscou a engagé des poursuites pénales contre les rédacteurs des journaux libéraux : Vetchernaia potchta et Golos jisni, Novosti dnia et contre le journal social-démocrate Moskovskaia pravda.
Le 27 novembre 1905 (10 décembre dans le calendrier grégorien), le premier numéro du journal légal bolchévique Borba est publié, pour lequel l'éditeur Sergueï Skirmunt affecte des fonds. Le journal est entièrement consacré au mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière. En tout, 9 numéros ont paru ; le dernier numéro lançait un appel « à tous les ouvriers, soldats et travailleurs !», appelant à une grève politique générale et à un soulèvement armé.
En décembre, des poursuites pénales sont engagées contre les rédacteurs des journaux bolchéviks Borba et Vpériod. En décembre aussi, le rédacteur du journal libéral Rousskoe slovo est inquiété, de même que ceux des journaux satiriques Jalo et Chrapnel.
Le 2 décembre 1905, à Moscou, des soldats du 2e régiment de grenadier de Rostov se révoltent. Ils ont élu un comité de régiment qui demande la réunion d'une assemblée constituante, le transfert des terres aux paysans, la libération des prisonniers politiques et ils s'adressent à toutes les garnisons de Moscou pour appuyer leurs exigences. Leur appel trouve réponse dans d'autres régiments de grenadiers de la 1re et 2e divisions du corps des grenadiers. Un conseil de députés de soldats du 1er régiment de grenadier Ekaterinoslavski et de quelques autres régiments est constitué. Et, au commandement de la garnison, ayant reçu le serment de loyauté de la part des cosaques de la 2e brigade (1re division de cavalerie de l'Empire russe), le corps des grenadiers parvient à isoler les unités peu fiables de la caserne pour qu'elles soient privées d'accès aux réserves d'armes.
Le 5 décembre, à l'école Fidler de Moscou se réunit le premier conseil des députés des travailleurs, (selon d'autres sources c'est une conférence des bolcheviks de la ville de Moscou), qui décide de déclarer une grève générale le 7 décembre puis de la transformer en un soulèvement armé. L'école Fidler a été longtemps un des centres dans laquelle se réunissaient les organisations révolutionnaires et où se tenaient des meetings.
Le 7 décembre, la grève commence. À Moscou, les plus grandes entreprises arrêtent le travail, l'électricité est coupée, les tramways cessent de rouler, les magasins ferment leurs portes.
La grève touche environ 60 % des usines et ateliers de Moscou. Le personnel technique se joint au mouvement de même qu'une partie du employés de la douma de la ville de Moscou. Dans nombre de grandes entreprises de la ville, les travailleurs ne se sont pas présentés à leur travail. Des rassemblements et des réunions se tiennent, sous la protection de camarades armés. L'équipe la mieux préparée, la mieux armée et la mieux organisée est celle de Nikolaï Schmit à son usine de Presna.
Les communications ferroviaires sont paralysées (seule la voie Nikolaïevski-Saint-Pétersbourg surveillée par des soldats reste ouverte). Dès 4 heures de l'après-midi, la ville est plongée dans l'obscurité, le conseil de la ville interdisant aux allumeurs de réverbères d'allumer les lanternes, et beaucoup d'entre elles sont brisées. Dans cette situation le général-gouverneur de Moscou Fiodor Doubassov déclaré l'état d'urgence.