Ce Jour-là

Inquisition espagnole

Tribunal ecclésiastique

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L'Inquisition espagnole, officiellement tribunal du Saint-Office de l'Inquisition (en espagnol : Tribunal del Santo Oficio de la Inquisición) est une juridiction religieuse sous contrôle du pouvoir royal établie en 1478 par une bulle du pape Sixte IV, à la demande de la reine de Castille Isabelle Ire et du roi d'Aragon Ferdinand II, mariés depuis 1469 et honorés à partir de 1496 par le titre de « Rois catholiques ».

Dépendant de ces deux monarques qui nomment les premiers inquisiteurs en 1480, le pouvoir du tribunal du Saint-Office est absolu pour condamner, mais la suite de cette condamnation ne relève que du pouvoir royal pour l'appliquer.

Conçue à l'origine pour maintenir l'orthodoxie catholique dans les royaumes de Castille et d'Aragon, il élargit ensuite le champ de son action aux convertis d'origine juive ou musulmane, les conversos, combattant notamment la persistance des pratiques judaïsantes, et, dans une moindre mesure, réprime les actes qui s'écartent d'une stricte orthodoxie (comme le blasphème, la fornication, la bigamie ou encore la pédérastie).

D'abord établi en Castille et en Aragon, ce tribunal est ensuite étendu par les rois d'Espagne aux territoires d'outre-mer, les îles Canaries (1504), puis les colonies d'Amérique (vice-royautés de Nouvelle-Espagne et du Pérou) ; en revanche, les tentatives de Charles Quint pour l'établir dans ses possessions des Pays-Bas se heurtent à une forte opposition.

Après une durée de trois siècles et demi, ce tribunal est définitivement aboli le 15 juillet 1834.

En Espagne, dans le contexte de la Reconquista, la reconquête des territoires musulmans par les chrétiens espagnols et la construction d'une identité nationale fondée sur la foi catholique, les nouveaux chrétiens (en espagnol: cristianos nuevos) faisaient l'objet, depuis le début du XIVe siècle, de persécutions soutenues par les autorités, comme, en particulier, la révolte de Pedro Sarmiento à Tolède en 1449, qui avait abouti à la proclamation des premiers statuts de « limpieza de sangre » (« pureté de sang », en espagnol) refusant l'accès à diverses fonctions publiques aux nouveaux chrétiens.

Ce sont au premier chef les marranes (« porcs » en espagnol), c'est-à-dire les Juifs convertis et leurs descendants, dont le nombre fut particulièrement élevé après les répressions anti-juives de 1391, qui furent suspectés de ne pas être sincères dans leur nouvelle foi chrétienne — souvent à juste titre puisque leur conversion était le résultat des tortures et menaces de mort à leur encontre — et de poursuivre la pratique du judaïsme en secret.

Comme les évêques demandaient aux souverains de pouvoir prouver la vigueur de leur engagement en pourchassant les « nouveaux chrétiens » dont la conversion n'était pas jugée sincère ou l'« insolence » de leurs richesses, et comme les Rois catholiques refusaient l'intervention directe d'un légat du Pape dans les affaires intérieures du pays, les ambassadeurs espagnols à Rome firent pression pour obtenir l'Inquisition (commission d'enquête) pour vérifier la sincérité des convertis et les châtier le cas échéant. Accessoirement, il s'agissait également de combattre la « judaïsation de l'Église », qui était dénoncée.

La reine de Castille, Isabelle la Catholique, et son époux Ferdinand d'Aragon sont « hantés par l'idée de réaliser l'unité religieuse » de leurs possessions. En 1477, ils font demander au pape Sixte IV par l'intermédiaire des Dominicains, la création d'une Inquisition à Séville.

Le pape Sixte IV accède à leur requête. Le 1er novembre 1478, la bulle de Sixte IV (Exigit sincerae devotionis affectus) autorise les Rois Catholiques à nommer eux-mêmes les inquisiteurs espagnols, ce qui fait de l'Inquisition une affaire de l’État.

L'Inquisition est la seule institution ayant un Conseil commun à la couronne de Castille et à celle d'Aragon, de sa création jusqu'au XIXe siècle (sauf durant un court laps de temps), soit pendant trois siècles et demi.

Premières nominations d'inquisiteurs (1480)

Le 27 septembre 1480, les premiers inquisiteurs dominicains, Miguel de Morillo, Juan de San Martín et l'assesseur Juan Ruiz de Medina, sont nommés. Ils prennent leurs fonctions à Séville (tribunal central) où la communauté marrane menacée échoue dans une tentative d'insurrection. Le siège de l'Inquisition est établi au Château de San Jorge, qui lui servira également de prison. Six Juifs riches et influents sont brûlés vifs, dès le 6 février 1481. À cette occasion, un témoin, le curé du bourg Los Palacios, écrit :

« Ils arrêtèrent bientôt certains des plus honorés et des plus riches échevins et magistrats municipaux, bacheliers et hommes de loi, et gens très haut placés (…) ; ni leurs hautes relations ni leur richesse ne leur furent d'aucun secours (…). On brûlera autant de bois qu'il faudra jusqu'à ce que soient détruits et exterminés ceux qui judaïsaient, et qu'il n'en reste aucun ; et leurs enfants âgés de plus de vingt ans, et même les plus jeunes s'ils étaient atteints de cette lèpre. »

Réorganisation de 1483 : Conseil de l'Inquisition et Inquisiteur général

En 1483, est institué le Conseil de l'Inquisition Suprême et Générale (en abrégé la Suprema), dont le président est l'Inquisiteur général ou Grand inquisiteur (Inquisidor General).

Cette nouvelle fonction est attribuée à Tomas de Torquemada, nommé pour la Castille, puis, après quelques réticences de Sixte IV, pour l'Aragon. Cette charge fut étendue à la Catalogne en 1486.

Bien que sous l'autorité des monarques espagnols, le Grand inquisiteur, en tant que représentant du pape, a la haute main sur l'ensemble des tribunaux inquisitoriaux et peut déléguer ses pouvoirs à des inquisiteurs de son choix, responsables devant lui.

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