Ce Jour-là

Inondation de Vaison-la-Romaine en septembre 1992

Phénomène de submersion en septembre 1992 a Vaison-la-romaine

Anúncio

L'inondation de Vaison-la-Romaine en septembre 1992 est un phénomène de submersion provoqué par de forts cumuls de pluie et une imperméabilité importante des terrains. L'événement s'est produit les lundi 21 et mardi 22 septembre 1992 à Vaison-la-Romaine, dans le département français de Vaucluse en région Provence-Alpes-Côte d'Azur causant la mort de 37 personnes et 4 disparitions[citation nécessaire], dans quatre communes.

Les inondations de Vaison-la-Romaine sont dues à un phénomène météorologique de grande envergure, sur la région sud-est de la France, touchant plusieurs départements : le 21 septembre 1992, de fortes pluies se déversent sur les départements de l'Hérault, du Gard, de la Lozère et de l'Ardèche, notamment sur les montagnes cévenoles. La commune du Caylar reçoit 448 mm de précipitations en 24 heures, ce qui est un record pour le département de l'Hérault jusqu'au 16 septembre 2023, où Roqueredonde reçoit 550 mm en 24 heures. Ces pluies font suite à une météorologie au-dessus des normes pour la région, la moyenne des températures ayant été supérieure aux températures normales, doublée d'une zone de basse pression dans le golfe de Gascogne.

Le lendemain, les pluies continuent sur le Gard notamment en matinée où les régions de Sommières et Nîmes sont balayées par un bref et violent orage accompagné de violentes rafales de vent ainsi qu'une partie de l'Ardèche, puis le front pluvieux traverse le Rhône, pour toucher les départements de Vaucluse et de la Drôme. Les averses du 22 septembre sont la résultante d'un front orageux de flux ouest-est bloqué sur le flanc ouest du mont Ventoux à partir de l'après-midi . Avec ce système orageux resté stationnaire sur une partie du bassin versant de l'Ouvèze, la commune d'Orange, au nord-ouest du département de Vaucluse, reçoit 51 mm de cumul de pluies, celle de Carpentras, au sud des Dentelles de Montmirail, 212 mm.

Le premier bulletin d'alerte de Météo-France, auprès du Ministère de l'intérieur, puis des autorités locales, date du 21 septembre 1992. Le soir même, le préfet de Vaucluse relaye cet état d'alerte, pour la mise en place des services de sécurité et protection.

Le 22 septembre 1992, deux autres messages de Météo France à Marignane, en fin de nuit et début de matinée, confirment l'alerte, en annonçant des orages d'une rare violence. Malgré tout, la pluie, alors forte sur Vaison-la-Romaine en milieu de matinée, cesse vers midi. Les services de secours de la ville doivent faire face à plusieurs difficultés : les évènements se déroulent un mardi, jour de marché hebdomadaire, et d'affluence accrue ; les demandes d'évacuation faites auprès des clients et touristes (alors nombreux en cette fin de saison estivale) du camping municipal, situé en amont du pont romain, n'ont que peu d'effet. La première averse modérée (17,8 mm) est tombée entre 10 h et midi. Elle fut suivie, en début d'après midi, d'une seconde beaucoup plus violente (182,7 mm) qui dura jusqu'à 15 h 15.

Les instituteurs de l'école Jules Ferry, alors située près du cours de l'Ouvèze, mettent en sécurité les élèves, au premier étage du bâtiment le plus éloigné de la rivière. Le cumul de pluies, à Entrechaux, est de 300 mm (300 litres d'eau au mètre carré) en six heures (peut-être un peu plus localement). À titre de comparaison, la moyenne annuelle de précipitations, à Paris, est de 637 mm. Durant cet évènement météorologique, près de 1 320 km2 ont reçu plus de 100 mm de précipitations. L'orage, d’une violence inouïe, stagne sur les pentes du mont Ventoux pendant plusieurs heures. Il déverse 215 mm d'eau à Malaucène, 179 mm à Vaison, et 143 mm à Buis-les-Baronnies . Les fortes pluies en amont de Vaison-la-Romaine sont telles qu'une coulée de boue, d'environ 50 cm, envahit et recouvre complètement le camping municipal vers 15 h. Une hauteur d'eau de 10 cm recouvre déjà les rues de la ville basse.

Les premières nouvelles arrivent, il y a des morts au camping du Moulin de César. La partie réservée au camping associatif À cœur joie — 450 emplacements — a été emportée. On apprend qu'il y a de nombreuses victimes au lotissement du quartier Théos, situé sur la rive droite, qui a été submergé par les flots.

Dans le même temps, un torrent de boue balaye le camping municipal, emportant tout sur son passage : caravanes, véhicules et campeurs. Dans les minutes qui suivent, au niveau du pont romain, dont le tablier se situe à moins d'une vingtaine de mètres de la normale de la rivière, l'eau atteint 17 mètres, soit 15 de plus que son cours normal. Les images de caravanes s'écrasant contre le pont romain se gravent dans les mémoires. La caserne des pompiers, située près du lit de l'Ouvèze, se trouve alors inondée, bâtiment, comme matériel de secours. Le Plan ORSEC est déclenché à 17 h. La décrue ne commence qu'après 22 h.

Des trois ponts sur l'Ouvèze, seul l'antique pont romain a résisté malgré quelques dégâts sur le parapet.

Plus tard, on apprendra que le même phénomène s'est déjà produit, au moins une fois, à Vaison. Dans les archives municipales de la ville, une délibération datée d’août 1616 indique que « le conseil de ville devait faire réparer le parapet du pont romain détruit par une inondation qui avait aussi emporté plusieurs maisons ». Il n'est fait état d'aucune victime. Au XVIIe siècle, les Vaisonnais vivaient dans la ville haute, et autour de la cathédrale, recouvrant les ruines de l'antique Vasio, il n’y avait que des jardins.

Le risque était cependant connu mais négligé. Avant le drame, à la suite de la catastrophe du 3 octobre 1988 de Nîmes, l'ingénieur Ponton mentionnait dans son rapport d'avril 1989, 62 villes, dont Vaison-la-Romaine, susceptibles d'être victimes de crues par ruissellement pluvial. Jean-Pierre Mazeillier avait qualifié le Plan d'Occupation des Sols (POS) de Vaison de « complètement fou » lorsqu'il avait pris la direction des services techniques de la mairie et n'avait pu retrouver de trace du rapport Ponton. La loi de décentralisation Deferre avait en 1982 transféré l'autorité en matière d'urbanisme du préfet aux maires. Le 14 octobre 1983, le maire de l'époque, André Thès, avait révisé le POS et déclaré la rive droite de l'Ouvèze constructible sur plus d'un kilomètre. La zone n'avait même pas été classée « zone de petite crue ». Le prix des terrains s'était vu multiplié par un facteur supérieur à 10.

Des études scientifiques ont été faites sur la crue centennale de 1992. Elles donnent les raisons de l'importance des dégâts. Dans le secteur du torrent de la Salette, affluent du Brégoux, lui-même affluent de l'Ouvèze, au cœur des Dentelles de Montmirail, il est tombé 200,5 millimètres de pluie en l'espace de cinq heures. Les chiffres sont connus grâce à la station des Bernardins, à Beaumes-de-Venise. Ce qui a représenté un volume de 4,2 millions de mètres cubes d'eau tombée dans le bassin versant de ce torrent qui a une superficie de seulement 28 km2. Le rapport de la commission d'enquête sur « les causes des inondations et les moyens d'y remédier » mentionne aussi d'autres raisons comme une imperméabilité géologique spécifique à cette vallée de l'Ouvèze mais aussi des modifications anthropiques aggravantes : « une imperméabilisation des sols à l'origine d'un ruissellement pluvial urbain et enfin la présence de constructions dans le lit même de la rivière ».

L'Ouvèze est une rivière de 123 km, prenant sa source à Montauban-sur-l'Ouvèze, dans le département de la Drôme, et se jetant dans le Rhône, à Sorgues, après avoir arrosé 28 communes. De nombreux cours d'eau sont affluents de l'Ouvèze, notamment le Toulourenc, entre Mollans-sur-Ouvèze et Entrechaux. Sur les 820 km2 du bassin versant de l'Ouvèze, 580 km2 se situent en amont de Vaison-la-Romaine.

Cette tragédie du 22 septembre a causé la mort de plus de 40 personnes, emportées par l'Ouvèze ou ses affluents. Le chiffre des victimes avancé le plus généralement fait état de 46 morts, plus un à Beaumes-de-Venise, régulièrement oublié des statistiques. Trente-huit personnes ont perdu la vie ce jour-là dans le Haut-Vaucluse, dont 34 à Vaison-la-Romaine. Parmi elles, quinze habitants du lotissement Theos et onze résidents, au moins, du camping du Moulin de César. Cette crue hors norme a frappé de nombreux villages en aval de Vaison, causant aussi des morts : trois à Séguret; un vieil agriculteur parti chercher sa vache à Gigondas, elle est retrouvée vivante ; quatre campeurs emportés par les flots du Brégoux à Aubignan; un piéton qui voulut traverser le pont emporté par la crue de la Salette à Beaumes-de-Venise ainsi que quatre disparus dont un bébé de six mois. Neuf mois après, en 1993, un corps est retrouvé sur la commune de Roaix par un pompier maître-chien de Vaison.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Inondation de Vaison-la-Romaine en septembre 1992 | World in Stories