Robert McGregor Innes Ireland dit Innes Ireland, (né le 12 juin 1930 à Mytholmroyd dans le Yorkshire de l'Ouest, Angleterre - mort le 22 octobre 1993 d'un cancer à Reading dans le Berkshire, Angleterre) est un pilote automobile, un ingénieur et un journaliste britannique.
Avant la compétition automobile
Innes Ireland grandit et étudie dans la campagne écossaise, à Kirkcudbright dans le comté de Dumfries and Galloway, où le conduisent les responsabilités de son père. Rapidement, il s'intéresse à une Bentley biplace 3 litres, remisée dans une grange et propriété d'une vieille voisine et questionne souvent le chauffeur chargé de l'entretien de la voiture. Plus tard, alors que la vieille dame s'est prise d'affection pour Ireland, elle lui offre un exemplaire du livre autobiographique de Henry "Tim" Birkin, vainqueur des 24 Heures du Mans 1929, sur Bentley Speed Six et des 24 Heures du Mans 1931, sur Alfa Romeo 8C 2300 LM. Ireland, après moult lectures de l'ouvrage, décide de devenir pilote de course. Son père souhaite néanmoins qu'il embrasse, tout comme lui, une carrière de vétérinaire et lui impose d'obtenir un diplôme « sérieux » avant de s'engager en compétition.
En 1946, Innes Ireland est embauché dans le service des moteurs d'avions Rolls-Royce de Glasgow où il demeure six ans. La vieille voisine des Ireland, entre-temps décédée, lui a légué sa Bentley qu'il utilise au quotidien pour venir travailler. En 1952, il est muté à Londres au service de réparation des voitures. Cette mutation lui permet d'assister à sa première course automobile à Silverstone, où le Grand Prix, sous la pluie, est remporté par Reg Parnell sur Alfa Romeo. Ireland doit encore patienter avant d'entamer une carrière de pilote de course car la conscription militaire le réclame.
Ireland sert au sein du régiment The King's Own Scottish Borderers où il devient parachutiste. Il ressort nommé élève-officier, à ce titre, le gouvernement de Sa Majesté lui offre un séjour en Égypte.
Retour à la vie civile et initiation à la compétition
Retourné à la vie civile en 1955, Innes Ireland ouvre un garage de préparation-moteur dans le Comté de Surrey. Afin de s'affûter, il engage sa Bentley dans des courses de club, puis achète une Riley qu'il échange contre une Lotus Eleven 1500 plus moderne et performante.
En 1956, Ireland se lance véritablement dans la compétition automobile. Lors d'une course de club à Goodwood, la semaine précédant l'épreuve du lundi de Pâques, il engage sa Lotus et, désireux de bien paraître, se lance dans des attaques généreuses qui lui font visiter les bas-côtés de la piste par trois reprises à pleine vitesse. Ces écarts lui valent d'être réprimandé par le secrétaire adjoint du BARC qui le menace de l'empêcher de participer à la prochaine course de Pâques à sa prochaine sortie de piste. La semaine suivante, sur le même circuit, Ireland commet les mêmes erreurs, sans être remarqué et peut donc prendre le volant lors de la course de Pâques. Ireland court face aux pilotes Lotus d'usine : Keith Hall et Alan Stacey, qui deviendra un de ses grands amis. Son moteur Coventry Climax FWB le trahit et il ne peut terminer la course. Quelques belles performances dans des épreuves de voitures de sport lui permettent d'attirer l'attention du Team Endeavour en Formule 2.
En compétition avant la Formule 1
1957 : débuts en Formule 2 au sein du Team endeavour
En 1957, Ireland intègre le Team Endeavour où il court sur une Cooper T43-Climax. Il débute à Brands Hatch le 5 août, puis à Snetterton, Goodwood et Oulton Park. Chacune de ses premières courses se conclut par un abandon. Le déclic a lieu le 14 septembre, à Silverstone où sont présents les ténors du sport automobile. Il gagne la première manche de l'International Trophy, mais abandonne lors de la seconde manche sur rupture de demi-arbre. Impressionné, Colin Chapman, fondateur de Lotus Cars, lui propose alors de courir en Formule Sport au sein de son écurie dès la saison suivante.
1958 : en Formule Sports avec Lotus
En 1958, Ireland découvre la compétition au niveau international et affronte entre autres Graham Hill, Alan Stacey ou Cliff Allison. Sur une Lotus Eleven 1100, il remporte une victoire de classe aux 12 Heures de Reims. Aux 3 Heures d'Auvergne, à Charade, il remporte la victoire absolue et réalise un temps-scratch. Il court en Formule 2 sur une Cooper T45 d'Alan Brown au Crystal Palace Trophy, sans parvenir à se qualifier et sur une Lotus Eleven qu'il engage sous son nom pour courir à l'United States Air Force Trophy où il est contraint à l'abandon. Cette même année, il participe comme pilote officiel, avec Mike Taylor, aux 24 Heures du Mans sur une Lotus Eleven 1100, et remporte le premier Trophée d'Auvergne Sport.
1959-1961 : Formule 1 avec Lotus
En 1959, Colin Chapman propose à Innes de piloter pour lui en Formule 2. Coup de chance, le deuxième pilote de Formule 1, Pete Lovely quitte l'écurie et Ireland se voit proposer le deuxième baquet, comme coéquipier de Graham Hill. Ireland prend le départ de son premier Grand Prix de Formule 1 sur une Lotus 16 à Zandvoort aux Pays-Bas où il décroche la quatrième place, compensant la compétitivité moyenne de sa monoplace par son pilotage. Sa monoplace ne lui permet guère de jouer les premiers rôles le reste de l'année. Cependant, peu avant le Grand-Prix des États-Unis, Hill quitte l'écurie et est remplacé par Alan Stacey qui abandonne dès le premier tour sur casse d'embrayage. La cinquième place d'Ireland lui permet de décrocher la place de premier pilote pour 1960. Chapman propose également à Ireland de participer au développement de la nouvelle Lotus 18.
En 1960, la Lotus 18 fait ses débuts au Grand Prix d'Argentine. La 18 d'Ireland a été acheminée en pièces détachées par avion puis assemblée dans les paddocks alors que les Lotus 16 de Stacey et de Rodriguez sont arrivées en retard et par bateau. Ireland se classe second sur la grille de départ, passe le premier virage en tête mais part en tête à queue, il repart en sixième position et la conserve jusqu'au terme de la course.
L'apparition de la Lotus 18, permet à Ireland de décrocher ses premières victoires en Formule 1 dans des courses hors-championnat, à Silverstone, Goodwood et Snetterton. Le favori du championnat est Stirling Moss qui, au volant de Lotus privées du Rob Walker Racing Team, remporte deux Grands Prix. Ireland respecte profondément Moss qui lui a donné la « plus belle leçon de pilotage de sa vie » lors des essais du Grand Prix de Monaco. Moss lui propose ce jour-là de lui ouvrir la route et de le suivre pour mieux comprendre les trajectoires. En course, Ireland doit pousser sa monoplace en panne depuis le Casino jusqu'à la ligne d'arrivée et termine épuisé à la neuvième place.
La semaine suivante, Ireland se classe second du Grand Prix des Pays-Bas. Peu après, les essais du funeste Grand Prix de Belgique voient deux incidents graves se dérouler : la Lotus de Moss perd une roue dans la descente de Burnenville, s'écrase à 200 km/h et provoque de multiples fractures et un traumatisme facial au pilote. Puis Mike Taylor décolle sur un talus après que sa colonne de direction s'est brisée. Secoués par ces deux accidents impliquant leurs monoplaces, les pilotes du Team Lotus, Ireland, Stacey et Jim Clark demandent un examen approfondi de leurs moyeux de roues : celui de Stacey est à demi fêlé et un autre est prêt à casser sur la monoplace de Ireland. Chapman fait venir de nuit des pièces pour réparer les monoplaces mais, en course, Ireland sort de la piste sur une erreur de pilotage et sans gravité. Lorsqu'il rentre aux stands, il apprend la mort de Chris Bristow après une passe d'armes face à Willy Mairesse. Quelques minutes plus tard, il apprend que son coéquipier et ami Alan Stacey vient de mourir sur sortie de piste après avoir été heurté au visage par un oiseau.