L'incident du Premier mai (血のメーデー事件, Chi no mēdē jiken, litt. incident du Premier mai sanglant) fait référence à une altercation violente entre des manifestants et des policiers dans le jardin du palais impérial à Tokyo, le 1er mai 1952.
Alors qu'une foule massive opposée au traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon refuse de se disperser, des coups sont échangés entre la police et des manifestants. La police tire sur la foule, tuant deux personnes et en blessant 22 autres par balles. Dans l'ensemble, environ 2 300 personnes ont été blessées lors de l'altercation.
Après sa défaite lors de la guerre du Pacifique, le Japon est militairement occupé par les États-Unis de septembre 1945 à avril 1952. Comme condition à la fin de l'occupation, les États-Unis imposent la signature du Traité de sécurité qui les autorise à maintenir une présence miliaire sur le territoire japonais. Ce traité entre en application le 28 avril 1952, en même temps que le traité de San Francisco qui met officiellement fin à la Seconde Guerre mondiale en Asie. Les États-Unis refusent également de rétrocéder Okinawa, qui restera de facto une colonie américaine jusqu'en juin 1972.
La centrale syndicale Sōhyō lance un appel national à la manifestion pour le 1er mai, trois jours après l'entrée en application de ces traités, pour montrer l'opposition populaire, dénoncer leurs aspects iniques et la subordination aux États-Unis qu'ils induisent, ainsi que l'échec du gouvernement japonais à obtenir la rétrocession d'Okinawa. Sur l'ensemble du pays, 331 manifestations ont eu lieu, rassemblant plus d'un million de personnes.
Par ailleurs, en 1950, sous l'impulsion de Joseph Staline, le Kominform avait publié une critique acerbe des actions du Parti communiste japonais (JCP), de leur pacifisme et de leur engagement dans l'électoralisme. En réponse, le JCP change de politiques et tente d'inciter à une révolution violente et immédiate selon des lignes maoistes. Suivant toujours ces orientations en 1952, le Parti Communiste, avec des activistes étudiants du Zengakuren et de groupes de Coréens zainichi, décide d'infilter la manifestation pacifiste du 1er mai de la Sōhyō et d'inciter aux violences contre la police et des cibles militaires américaines.
Bien que la plupart des manifestations aient été pacifiques, des violences éclatèrent lorsque des manifestants tentèrent d'occuper l'esplanade devant le Palais impérial (en). Cette place était un lieu de rassemblement habituel pour les manifestations du Premier mai, mais en 1952, craignant des heurts en marge des manifestations, le gouvernement japonais avait fermé la zone au public. Le syndicat Sōhyō avait revu le parcours de la manifestation en suivant les directives du gouvernement et fixé le point de ralliement au sanctuaire Meiji-jingū. Cependant, des membres du Zengakuren et des activistes Zainichi menèrent un groupe d'environ 10 000 manifestants de Meiji-jingū au Palais impérial pour « reprendre la "Place du Peuple" ».
Les manifestants parviennent d'abord à occuper l'esplanade sans heurt, se réunissant pour agiter des drapeaux, dancer ou chanter des chants protestataires. La police arrive rapide sur les lieux en nombre et ordonne aux manifestants de quitter la place. Les manifestants refusent et des échauffourées sanglantes éclatent, opposants manifestants faisant usage de pavés, battes de baseball, pieux, billes de pachinko et même de cocktails Molotov, et la police armée et faisant usage de gaz lacrimogènes et de matraques. Finalement, la police fait usage de ses armes, plus tard les qualifiant de tirs de semonce, certains tirs dirigés directement sur la foule, tuant deux manifestants et en blessant 22 autres.
Les coups de feu générèrent un mouvement de panique et de nombreux manifestants tentèrent de fuir l'esplanade, occasionnant de nouveaux heurts avec la police. Dans leur mouvement de recul, les manifestants retournèrent et mirent le feu a des dizaines de véhicules militaires américains garés le long des avenues. Scandant « Yankee, go home! », les is ont également pris à partie des passants américains y compris des militaires et des journalistes. Trois militaires américains ont été jetés dans les douves du Palais impérial et caillassés avant d'être secourus par d'autres manifestants.
Au total, 1 232 personnes furent arrétées, dont 261 inculpées de sédition et devant comparaitre au tribunal. Le jugement des affaires liées au Premier mai sanglant durèrent plus de vingt ans du fait des différentes procédures d'appel. Le dernier jugement eut lieu le 21 novembre 1972 par la Haute cour de Tokyo (de) qui confirma la levée des charges contre les 93 dernières personnes concernées et par la décision du ministère public de ne pas porter l'affaire devant la Cour suprême.
Dans les semaines suivant les heurts, la Diète passe la Loi sur la prévention des activités subversives qui met en place des sanctions plus lourdes pour les personnes reconnues couplables certaines « activités subversives terroristes » et autorise le gouvernement à lutter contre voire dissoudre les organisations menant ces actions.
Des violences sporadiques continuent dans tout le pays pendant l'été. Par exemple, des manifestants anti-américains affrontent la police à Osaka en juin ou lancent des cocktails Molotov contre des véhicules de la police et de l'armée américaine à Nagoya en juillet. Plus tard dans l'année, des mouvements d'opposition aux bases américaines se structurent et sont l'occasion de manifestations d'ampleur, à commencer par les manifestations d'envergure à Uchinada de 1952 à 1953.
En juin, le general MacArthur exclut les 24 membres du Bureau politique du Parti communiste de toute activité politique. Lors des élections générales de l'automne, les électeurs infligèrent un revers sévère au Parti pour leur politique de violence et le JCP perdit la totalité des 35 sièges qu'il detenait à la Diète. Par la suite, le Parti abandonne son militantisme et retourne à ses positions pacifistes. Il lui faudra cependant attendre les élections de 1972 pour retrouver un contingent équivalent de 38 parlementaires à la chambre basse.
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