L’incendie du Reichstag (en allemand : Reichstagsbrand) est un incendie criminel qui ravage le palais du Reichstag, siège du Parlement allemand à Berlin, dans la nuit du 27 au 28 février 1933.
Intervenant pendant la campagne électorale pour les élections législatives du 5 mars 1933, il est immédiatement exploité par les nazis à des fins politiques qui l'attribuent à un complot communiste, bien que seul un militant conseilliste néerlandais Marinus van der Lubbe soit arrêté sur place le soir des faits. Il est suivi par la proclamation de la Reichstagsbrandverordnung, qui suspend sine die les libertés civiles et politiques, et par une campagne de répression dirigée contre les communistes allemands et d'autres opposants de gauche.
Lors du procès qui se déroule à Leipzig en septembre 1933, la thèse du complot communiste vole en éclats notamment sous les coups de boutoir de Georgi Dimitrov et des cinq accusés, seul Marinus van der Lubbe est jugé coupable. Il est condamné à mort sur la base d'une loi rétroactive puis exécuté.
Le déroulement des faits et l'identité du ou des incendiaires font encore l'objet de débats politiques et historiographiques. Si la thèse d'un complot communiste n'est plus soutenue par personne depuis le procès de Leipzig, les historiens sont toujours partagés entre les partisans de la thèse d'une opération montée par les nazis pour justifier la mise en place d'un durcissement du régime et ceux qui estiment qu'il s'agit d'un acte individuel immédiatement exploité par les nazis.
Lorsqu'il accepte le poste de chancelier du Reich, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler exige que de nouvelles élections législatives soient organisées, afin de renforcer le poids du parti nazi : celui-ci ne dispose que de deux ministres au sein du gouvernement et le résultat des élections législatives de novembre 1932 a confirmé la chute du vote en faveur des nazis par rapport au deuxième tour de l'élection présidentielle du 10 avril 1932 ou aux élections législatives de juillet 1932. Le 1er février, le président du Reich, Paul von Hindenburg, signe le décret de dissolution des chambres, qui fixe la date des élections au 5 mars.
La campagne électorale se déroule dans un climat d'intimidation. Utilisant les nouveaux pouvoirs dont il dispose en tant que chancelier, Hitler fait cesser la parution de journaux qui critiquent le gouvernement et les rassemblements publics sont prohibés dans plusieurs localités par les autorités ; les membres de la SA perturbent les réunions des adversaires politiques des nazis et passent à tabac nombre d'opposants. Cette « brutalisation » de la campagne électorale est favorisée par le « décret présidentiel pour la protection du peuple allemand » du 4 février 1933 qui donne pleins pouvoirs au gouvernement pour interdire réunions et publications, et qui est largement utilisé par Hitler contre les communistes, les socialistes et les membres du Zentrum ; elle est également facilitée par la décision d'Hermann Göring, en tant que ministre de l'Intérieur de Prusse, de recruter 50 000 membres de la SA, de la SS et du Stahlhelm comme auxiliaires de police, ce qui leur assure une totale impunité.
Une intense campagne de propagande, soutenue par un apport de fonds considérable venant des milieux industriels, est orchestrée par Joseph Goebbels. Un de ses points culminants est le discours prononcé par Hitler au palais des sports de Berlin, le 10 février, devant une foule immense et enthousiaste, discours rediffusé à travers toute l'Allemagne par la radio.
L'incendie et l'arrestation de van der Lubbe
Même la description factuelle de l'incendie est influencée par la thèse que soutiennent les auteurs qui relatent le sinistre, à savoir un acte individuel de Marinus van der Lubbe ou une mise en scène orchestrée par les nazis. Si les aveux de van der Lubbe sont repris par tous les spécialistes, leur interprétation suscite, elle aussi, de profondes divergences.
Selon Richard J. Evans, partisan de la thèse de l'acte individuel, van der Lubbe s'introduit seul dans le Reichstag le 27 février vers 21 h ; il tente tout d'abord, sans succès, de bouter le feu au mobilier du restaurant avant de pénétrer dans la salle des débats, dont les tentures et les boiseries s'enflamment rapidement. Sous l'effet de la chaleur, la coupole qui surmonte la salle explose, créant un appel d'air qui transforme le départ de feu en brasier ; pendant ce temps, van der Lubbe tente d'allumer de nouveaux foyers dans d'autres pièces du Reichstag.
Vers 21 h 15, un étudiant en théologie passant devant le Reichstag entend le bruit d'une vitre brisée. Il alerte le gardien du parlement qui aperçoit une silhouette courant à l'intérieur du bâtiment en y boutant le feu. Les pompiers et la police arrivent rapidement sur les lieux où ils constatent de nombreux départs de feu. « Dans la salle Bismarck, située au nord de l'édifice, un homme jaillit soudain, torse nu, ruisselant de sueur, l'air égaré, avec un regard halluciné. »
Marinus van der Lubbe est un communiste internationaliste originaire des Pays-Bas. En 1932, il participe à la fondation du journal Werkloozenkrant (Journal des chômeurs) avec certains de ses camarades à Leyde et est proche du Linksche arbeiders opposite (parti communiste anti-stalinien). En janvier 1933, il se fait opérer des yeux et reste de longues semaines à l’hôpital. Sa vision est alors réduite à « un quart de la normale ». Peu après sa sortie de l’hôpital, il part à pied pour l’Allemagne. En février 1933, il se rend à Berlin et tente d'incendier plusieurs bâtiments. Dans la nuit du 25 au 26, il met le feu à un Bureau des chômeurs ainsi qu'à la Mairie mais chaque fois le feu est rapidement maîtrisé. Après l'incendie du Reichstag, il se laisse arrêter sans résistance et passe immédiatement aux aveux, affirmant que l'incendie est un geste de protestation et qu'il a agi seul.
Exploitation politique par les nazis
« C'est un signe de Dieu, Herr Vice-Chancelier ! Si ce feu, comme je le crois, est l'œuvre des communistes, nous devons écraser cette peste meurtrière d'une main de fer ! »
— Hitler au vice-chancelier von Papen, le 28 février 1933.
Rudolf Diels, chef de la police prussienne, arrivé immédiatement sur les lieux, est alors persuadé que Marinus van der Lubbe a agi seul.
Les nazis décident d'exploiter immédiatement l'événement, et présentent l'incendie comme le signe avant-coureur d'un vaste « complot communiste ». Dès l'annonce de l'incendie et avant tout début d'enquête, la radio affirme que les communistes ont mis le feu au Reichstag. Cette thèse est immédiatement reprise par Hermann Göring et Adolf Hitler ; elle sert de prétexte pour suspendre, via une législation d'exception, les libertés individuelles et elle constitue une base au procès qui s'ouvre à Leipzig le 21 septembre 1933. « Göring, dont la première réaction en apprenant l'incendie semble avoir été pour s'inquiéter des précieuses tapisseries du bâtiment, se laissa facilement convaincre par les autorités sur place que l'incendie était le fruit d'un complot communiste. Hitler, qui arriva vers 22 h 30, soit une heure environ après Göring, se laissa rapidement persuader de tirer la même conclusion. Göring lui expliqua que l'incendie était sans conteste l'œuvre des communistes. L'un des incendiaires avait déjà été arrêté, tandis que plusieurs députés communistes se trouvaient dans le bâtiment quelques minutes à peine avant l'embrasement. »
Dès le lendemain de l'incendie, le 28 février, Hitler soumet à Hindenburg un projet de décret présidentiel pour la protection du peuple et de l'État, généralement connu sous la dénomination de Reichstagsbrandverordnung, qui suspend sine die l'essentiel des libertés civiles et politiques. Selon Johann Chapoutot, cette réaction immédiate s'explique par le fait que le décret avait déjà été rédigé par le prédécesseur de Hitler à la chancellerie, Kurt von Schleicher : pour Chapoutot, ce texte fait partie d'un corpus que l'on appelle les Schubladen Verordnungen (ordonnances du tiroir), que l'on n'avait qu'à utiliser en cas de besoin et dont les nazis font un usage opportuniste. « Les nazis, au pouvoir depuis environ un mois, réagissent très vite et cela conduit tout le monde à imaginer que ce sont eux qui ont mis ce crime en scène »