Ce Jour-là

Incendie du 5-7

Incendie meurtrier dans une discothèque

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L'incendie du 5-7 est un violent incendie survenu le 1er novembre 1970, qui a ravagé une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont en Isère (France) et causé la mort de 146 personnes, sur près de 200 qui y étaient présentes.

La cause de l'incendie reste inconnue, mais son origine est vraisemblablement accidentelle. Le feu s'est rapidement propagé en raison de la présence de décors hautement inflammables. Les sorties de secours étaient bloquées pour éviter le resquillage, empêchant les danseurs d'évacuer les lieux une fois l'incendie déclaré. Les victimes, âgées de 14 à 25 ans, sont mortes par asphyxie ou brûlées vives. Seules les personnes qui sont parvenues à s'échapper dans les premières secondes de l'incendie ont survécu.

L'enquête a établi que les gérants du lieu avaient menti sur de nombreux points du permis de construire et relevé 68 infractions au code de sécurité. Les autorités chargées du respect de ces normes et les personnes impliquées dans le chantier ont toutes été condamnées à de courtes peines de prison avec sursis.

Cet accident, l'un des plus meurtriers depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a provoqué un choc dans l'opinion et entraîné l'application plus stricte des normes de sécurité existantes pour les établissements recevant du public en France et contribué à leur renforcement.

En 1967, Jean-Paul Reverdy achète un local au cœur de Saint-Laurent-du-Pont, une commune d'environ 3 700 habitants située à une vingtaine de kilomètres au nord de Grenoble, pour y installer un dancing, le « 5-7 ». Après deux années d'activité, les voisins se plaignent trop souvent de nuisances et le maire demande à Reverdy d'installer son établissement plus loin du centre-ville. De plus, la discothèque est touchée par un incendie en dehors des heures d'activité et sans victimes. Reverdy s'associe alors avec deux amis, Gilbert Bas et Jean-Louis Herbelin, pour monter un nouveau 5-7 ; ils ont tous les trois de 25 à 26 ans.

Ils déposent le 11 juin 1969, deux jours avant de créer la société d'exploitation du futur dancing, une demande de permis de construire, sur un terrain au bord de la route nationale 520 (devenue route départementale en 1972), à environ deux kilomètres du centre de Saint-Laurent-du-Pont et de la commune limitrophe de Saint-Joseph-de-Rivière. Il s'avère qu'ils ont déjà commencé les travaux depuis un mois. Leurs idées changeant avec le temps, le lieu terminé n'a plus grand-chose à voir avec le permis de construire qui a été accordé. Le maire Pierre Perrin ne contrôle jamais les travaux et le préfet n'envoie jamais de commission de sécurité sur place.

Cette discothèque est une des premières de la région et les jeunes y dansent sur du rock et de la pop, ce qui diffère des salles de bal traditionnelles sous chapiteau qui sont souvent la seule possibilité offerte jusque-là. Les fêtards ont plutôt tendance à se retrouver les uns chez les autres en raison du milieu rural local, tandis que les habitants des plus grandes agglomérations voisines restent en ville.

La boîte de nuit, ouverte au public depuis le 28 mars, est inaugurée en avril 1970. Elle n'a jamais reçu de certificat de conformité, et les autorités ne l'ont jamais inspectée pour y vérifier l'application des consignes de prévention d'incendie. Le 5-7 est une attraction très populaire à l'échelon local dès son ouverture.

La discothèque devient rapidement très populaire pour sa décoration originale et pour ses petites alcôves, qui permettent de flirter à l'abri des regards. Elle attire des jeunes venus des régions de Chambéry et d'Aix-les-Bains, de Vienne, de Lyon, de Voiron et de Grenoble, et elle affrète souvent des cars pour ses soirées à thème. Ces cars passent par différentes gares routières et sont gratuits.

Des grands tourniquets permettent de réguler l'entrée de nouvelles personnes dans l'établissement. Les tourniquets, prévus et approuvés dans le permis de construire, sont censés être placés en dehors du bâtiment et non directement à l'entrée. Un muret d'un mètre cinquante sépare les deux tourniquets ; l'un ne fonctionne que dans le sens de l'entrée, l'autre permet le passage d'une personne à la fois.

Ils donnent sur la pièce principale, décorée comme une grotte avec une sorte de mousse modelée contre les murs. Le décor est fabriqué en polyuréthane projeté sur du grillage et fourni par l'entreprise Sheby, basée à Bezons. Les murs sont en parpaing.

La scène donne sur la piste de danse, avec un bar et des petites tables au fond de la pièce pour boire et manger, ainsi qu'une zone de bar et de crêperie à côté du bâtiment principal. À l'étage, on compte deux petites loges, qui servent essentiellement à flirter à l'abri des regards. L'étage est accessible par un escalier en fer qui donne sur une passerelle longeant toute la salle, allant jusqu'au-dessus de la scène.

Pour la structure du bâtiment, ils achètent une armature métallique qu'ils modifient eux-mêmes en fonction de leurs besoins temporaires. Les installations électriques sont précaires, et c'est un ami qui s'occupe de concevoir les gaines de chauffage, qu'il fabrique en contreplaqué. Le mobilier est en plastique et carton compressé.

Les Postes, télégraphes et téléphones refusent l'installation d'un téléphone sur les lieux. Pour une discothèque de cette taille, les réglementations françaises imposent trois portes d'accès et deux sorties de secours ; si elles existent toutes, sauf une porte d'accès qui n'est jamais terminée dans le chantier, elles sont régulièrement fermées à clé par les gérants. Quant au polyuréthane utilisé (non ignifugé), non seulement il est très inflammable, mais il dégage également des vapeurs toxiques lors de sa combustion.

La soirée du 31 octobre au 1er novembre 1970 se déroule en présence des Storm, un groupe parisien à la mode. Ils commencent à jouer vers 22 heures. L'entrée est au tarif de douze francs, soit — compte tenu de l'inflation — l'équivalent en 2024 d'environ 15 euros. Le groupe étant très réputé, les resquilleurs viennent en nombre, et les gérants ferment à clé les issues de secours pour les empêcher de frauder. L'animateur Bernard Nicolet de Radio Alpes-Grenoble fait la promotion du groupe invité tous les jours dans la semaine qui précède ; lui-même est invité à la soirée, qu'il quitte avant minuit.

Les gérants prévoient des cars, qu'ils font affréter dans toute la région, pour permettre aux danseurs de venir faire la fête sans avoir besoin de leur propre véhicule. Les jeunes viennent nombreux de Chambéry, de Grenoble et de Vénissieux et 250 entrées sont vendues au total. De nombreux jeunes sont sortis sans autorisation de leurs parents, notamment parce qu'il était très mal vu de faire la fête la veille de la Toussaint.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1970, vers 1 h 35 du matin, alors qu'environ 180 personnes (voire 200) sont présentes dans l'établissement, le feu se déclare dans le recoin d'une loge située au-dessus du bar, au premier étage. À ce moment-là, les membres du groupe des Storm commencent à jouer la chanson Satisfaction des Rolling Stones. C'est ce qu'ils font d'habitude quand une bagarre éclate, pour calmer la foule.

Le barman, Christian Rota, voit des lumières rouges à l'étage et comprend qu'il s'agit d'un incendie : il rejoint sa fiancée, Odile, et appelle le plus possible de fêtards à le suivre. Le couple traverse toute la piste de danse en criant au feu, mais il n'est pas sûr que les gens aient entendu en raison du volume de la musique. Le feu se propage cependant très rapidement et effraie le public, d'après son témoignage du lendemain auprès des journalistes. Les personnes effrayées reculent vers la piste de danse et se retrouvent coincées dans la foule qui se précipite vers les tourniquets. Une vingtaine de personnes présentes l'entendent et parviennent à sortir de la pièce avant qu'il ne soit trop tard. Selon le témoignage de Pierre Montillo, un survivant, l'orchestre continue de jouer alors que le feu ravage déjà une partie de l'établissement : « il jouait Satisfaction des Stones, j'ai ce souvenir précis » dit-il. Pendant que l'orchestre joue Satisfaction, les amplificateurs se mettent à émettre un sifflement continu et des grandes flammes sortent du plafond au-dessus du bar. Un musicien crie « pas de panique » et le groupe continue à jouer.

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