Une icône (du grec ancien εἰκών, eikôn, « image ») est une représentation de personnages saints dans la tradition chrétienne. L'icône possède un sens théologique profond qui la différencie de l'image pieuse. Elle est complètement intégrée dans la catéchèse orthodoxe mais aussi dans celle des Églises catholiques orientales qui ont préservé cette tradition ainsi que dans une partie de l'Église catholique occidentale et dans les Églises antéchalcédoniennes. En tant qu’images saintes, les icônes font partie intégrante de la liturgie pour les orthodoxes, et leur vénération est devenue un dogme de la foi depuis le septième concile œcuménique. Les icônes ont été soumises, dès le VIIIe siècle, par les Églises de la Pentarchie, à de sévères contraintes artistiques (sources d'inspiration stéréotypées, rigueur du trait, jeux des couleurs). Jusqu'à nos jours, ces canons se sont perpétués, assurant la continuité de cette peinture dédiée à la gloire de Dieu.
Dans l’Église orthodoxe, les icônes sont saintes et il est courant de voir des fidèles leur dédier des gestes de dévotion. Il est aussi important de vénérer l'icône que d'écouter la parole ou de lire les écrits. Les catholiques utilisent de plus en plus l'icône dans la liturgie, sans toutefois lui donner la même importance que dans l'usage orthodoxe.
Une icône est une œuvre peinte ou sculptée selon une tradition précise, représentant un sujet ou un thème de religion chrétienne, et plus spécifiquement orthodoxe. Sa dimension peut varier de quelques centimètres à plusieurs mètres. On appelle iconographie l'étude des sujets, des thèmes ou des attributs de cette tradition figurative. Les peintres ne peuvent représenter que des saints. Aussi n'y eut-il jamais de natures mortes. Les personnages sont souvent entourés d'un halo ou nimbe, communément appelé auréole, le tout sur fond uni. Ils sont empreints de paix.
Les icônes montrent un style déterminé par leur patriarcat d’origine (byzantin, grec, russe, éthiopien, arménien…) et leur école. Ces écoles d'iconographie étaient implantées dans les monastères. Chez les grands peintres, le trait est reconnaissable, bien que certaines icônes soient le fruit d'un atelier œuvrant autour d’un iconographe. Les plus connus sont Théophane le Grec, saints Andreï Roublev et Daniil Tcherny, Dionissi et surtout saint Luc. La tradition exige l'absence de signature car l’iconographe est seulement l’instrument de l’Esprit saint.
Le style varie selon la date de réalisation. Ainsi, les traits de caractère varient selon que l'icône appartient aux premiers siècles de la chrétienté, au Moyen Âge, à la Renaissance (où l’influence italienne est manifeste), au XIXe siècle (au caractère saint-sulpicien) ou encore au XXe avec le retour aux traits théologiques originels.
L'icône a connu son premier âge d'or à Byzance autour des XIIe et XIIIe siècles. La tradition s'étend ensuite à la Bulgarie, la Russie, la Serbie et la Roumanie où elle atteint son apogée du XIVe au XVIe siècle.
L’icône ne représente pas le monde réel. La transfiguration en est la clé, en particulier dans le visage des personnages. La lumière est signifiée de deux manières : celle matérielle, manifestée par l'éclairage des objets, mais surtout celle intérieure, en chacun des personnages. Cette dernière est figurée par la carnation (couleur de fond pour la chair) pure et assez claire. L'origine de cette représentation reste discutée. Le contraste entre ces deux lumières est mis en relief sur l’icône de crucifixion : saint Jean et Marie dégagent cette lumière intérieure alors que le Christ, mort à cet instant sur la croix, a la carnation plus sombre et éteinte, presque vert plombé.
D'autre part, le monde est représenté en perspective inversée afin que le contemplateur devienne le point convergeant de l’icône pour établir ainsi un lien intime avec elle. La perspective inversée prend le spectateur comme point de fuite. L'espace représenté sur l'icône s'affranchit de la vision terrestre en trois dimensions.
Comme les pays d'origine et les styles, les thèmes sont très nombreux et on les classe, en général, ainsi :
les personnages : Marie, le Christ, les apôtres, les martyrs, les saints, les anges, etc. ;
les fêtes commémorant des épisodes de la vie du Christ (Nativité, Résurrection…), de Marie (Entrée au Temple, Annonciation…), de l'histoire de l'Église (exaltation de la Croix, conciles de Nicée…) ;
les représentations historiées : les scènes de l'Ancien Testament, les miracles de Jésus, les vies de saints, etc. ;
les représentations théologiques : le chemin du moine, le Jugement dernier, etc. ;
Les icônes-calendriers appelées Menaions ou Ménologes.
Pour un même saint, les représentations sont aussi classées par thèmes. Ainsi, la Vierge est généralement représentée avec le Christ enfant dans les bras. Cependant, on parle de « Vierge de tendresse » si la joue de la mère et celle du Christ sont accolées, de « Vierge qui montre le chemin » (Odigitria) si la mère désigne le Christ, de « Vierge de Kazan » si le Christ semble debout à côté de sa mère, de la « Vierge du signe » si la mère est en Orante (les mains élevées en signe de prière), le Christ apparaissant en médaillon « en elle » (cette dernière représentation renvoie au texte du prophète Isaïe : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils qu'elle nommera Emmanuel… » Es. 7.14). Chacune de ces représentations suit des règles précises, la liberté de l'iconographe étant balisée pour éviter de s'écarter de l'enseignement de l'Église.
D'après l'historien Vitaly Petrenko, l'origine des icônes remonte aux premiers chrétiens qui traçaient leurs images sur les murs des catacombes, alors qu'ils étaient persécutés : elles expriment une pensée théologique et exégétique même lorsque les symboles chrétiens sont prudemment absents. La théologie de l'icône indique que ces images des saints et de la Vierge peuvent être vénérées pour ce qu'elles représentent, mais non adorées pour elles-mêmes.
Les premiers chrétiens considéraient les images comme une forme d'idolâtrie, d'un retour au paganisme. C'est devant les images de l'empereur que les premiers chrétiens furent martyrisés. Les artistes travaillaient pour le monde païen devaient rompre avec le monde pour travailler pour les chrétiens. Tertullien (qui se convertit au montanisme) les charge d'une faute s'ils se prosternent devant des images chrétiennes. La conception des images par les chrétiens et les païens sont fort différentes.
L'art des catacombes apparaît à une époque où les artistes cherchent à évoquer la vie intérieure de l'homme. Les lieux du culte sont encore petits, des catacombes ou des demeures privées. Mais les chrétiens utilisent encore les symboles païens en leur donnant une signification différente. Les saisons, par exemple, signe de vie et de mort chez les païens deviennent symbole de la résurrection. Le navire, signe de prospérité, devient le symbole de l'Église. Mais les symboles ne sont plus simplement des décorations mais des vérités de la foi. Certains sont issus de l'Ancien Testament mais d'autres sont typiquement chrétiens comme celui de la multiplication des pains symboles de l'eucharistie, l'utilisation du mot « i-ch-th-u-s » (Ichtus) dont chaque lettre se réfère au Christ et qui est très répandu dès le IIe siècle. Ces images sont d'une grande simplicité de moyens tant au point de vue du trait que des couleurs. Elles ne sont pas vénérées car elles restent dans la sphère du symbole. L'Église n'a pas encore élaboré les dimensions du mystère de l'Incarnation qui ne vont apparaître que lors des premiers Conciles.