Ibn ‘Arabī (nom complet: Muhyī al-dīn Abū ‘Abd Allāh Muhammad bin ‘Alī bin Muhammad bin Ahmad bin ‘Abd Allāh bin al-‘Arabī al-Tā’ī al-Hātimī al-Andalusī — en arabe : محيي الدين أبو عبد الله محمد بن علي بن محمد بن أحمد بن عبد الله بن العربي الطائي الحاتمي الأندلسي), né le 26 juillet 1165, à Murcie, et mort le 16 novembre 1240, à Damas est un ouléma, théologien, juriste (faqīh), poète, soufi, métaphysicien et philosophe (faylasûf) arabo-berbère-andalou, auteur d'environ 850 ouvrages.
Son œuvre domine la spiritualité islamique depuis le XIIIe siècle, et il peut être considéré comme le pivot de la pensée métaphysique de l'islam. Il est le plus grand penseur de la doctrine ésotérique du Wahdat al-wujud (« Unicité de l'Être »). Il eut quelques ennemis dans le domaine exotérique. Dans l'ésotérisme islamique, il est considéré comme le « sceau de la Sainteté ». Selon certains auteurs, Dante Alighieri, dans la Divine Comédie, aurait été influencé par son œuvre.
On emploie en général le nom Ibn 'Arabī plutôt que Ibn al-'Arabī, alors que ce dernier est plus exact. Deux raisons à cela : d'une part, son enseignement s'est répandu dans les mondes turc et persan, où on laissait volontiers de côté l'article arabe « al » quand on reprenait un nom ; d'autre part, cela permet de le distinguer de son contemporain andalou Abû Bakr Muhammad Ibn al-'Arabî (m. 1148), également bien connu.
Il porte le titre de Muhyī al-dīn, « vivificateur de la religion », et il est également appelé « al-Sheikh al-Akbar » (« le plus grand maître », en arabe). Dans l'Europe médiévale, il est connu comme le Doctor Maximus. On le surnomme aussi Ibn Aflatûn, « fils de Platon ».
Mohammed Ibn Arabi est né à Murcie, dans la taïfa de Murcie, le 26 juillet 1165 (ou le 6 août selon d'autres sources), dans une des plus anciennes familles arabes de l'Espagne musulmane. Ses ancêtres et son père étaient membres de la tribu yéménite de Tayy, dont les premiers à venir en Andalousie arrivèrent avec la vague de conquêtes de 712 ; par ailleurs, Ibn Arabi relève dans plusieurs poèmes qu'il descendait, du côté de son père, du poète de l'Arabie préislamique Hatem at-Ta'i. Il semble acquis aujourd'hui que le père d'Ibn Arabi « était d'une famille de militaires au service de ceux qui gouvernent le pays ». Sa mère venait d'une noble tribu berbère avec des liens forts avec le Maghreb plus précisément dans l’actuelle Algérie. Arabi mentionne son oncle maternel, Yahya ibn Yughman, qui était à un moment donné un riche prince de la ville de Tlemcen, mais avait quitté cette position pour mener une vie de spiritualité après avoir rencontré un mystique soufi.
À Murcie, le père du petit Muhammad (qui est son unique fils) exerce des charges militaires. En 1172, les Almohades conquièrent la ville, et le père émigre bientôt à Séville, où il se met au service de cette dynastie. Dès lors, Ibn Arabi dit connaître une enfance heureuse, d'après ses propres mots. Il aime chasser et jouer au soldat, et son avenir semble clair : il embrassera la carrière des armes.
Alors qu'il a environ quinze ans, une expérience très forte pousse le jeune homme à quitter l'armée et entrer dans la Voie : il rapporte avoir vu à la mosquée de Cordoue un prince prier et se prosterner avec beaucoup d'humilité. Il lui apparaît alors que « si un tel personnage, qui n'est pas moins que le souverain du pays, se montre soumis, humble et se comporte de la sorte avec Dieu, c'est que le monde n'est rien ! Je le quittai le jour même — jamais je ne le revis — et m'engageai dans la Voie. » Si l'on ne peut déterminer le nom exact du prince et la date précise de cet événement, il n'en reste pas moins que l'épisode constitue un point de rupture dans la vie tranquille du jeune homme : désormais, il choisit Dieu.
À cela va s'ajouter un nouvel événement important (postérieur à l'épisode la mosquée): son père organise une rencontre entre son fils et le philosophe aristotélicien Averroès (Ibn Rushd) à Cordoue. Au cours de cette entrevue, Ibn Rushd reconnaît la réalisation spirituelle du jeune homme. Dans Les Illuminations de La Mecque, Ibn Arabi raconte avoir à nouveau rencontré Averroès lors d'une vision. En 1198, il assistera à ses funérailles, à Cordoue.
Ce choix de Dieu se traduit par le renoncement à tout ce qui faisait la vie d'Ibn Arabi : l'armée, ses compagnons, ses biens. Il quitte le monde et se retire, selon un de ses biographes, dans une grotte au milieu d'un cimetière. Il y restera plus d'un an. C'est donc un retournement complet dans lequel il se retrouve désormais face à face avec Dieu : « Je me suis mis en retraite avant l'aurore et je reçus l'illumination avant que le soleil ne se lève (...) Je demeurai en ce lieu quatorze mois et j'obtins ainsi les secrets sur lesquels j'écrivis ensuite; mon ouverture spirituelle, à ce moment, fut un arrachement extatique. » Il y a là une rupture radicale, qu'Ibn Arabi souligne vigoureusement en qualifiant sa vie antérieure de jâhiliyya (ce mot jâhiliyya désigne l'état d'ignorance dans lequel se trouvaient les Arabes avant la révélation de l'islam fait à ce peuple par Mahomet).
Ibn ʿArabi se forme lui-même aux différentes formes des sciences islamiques et acquiert des connaissances considérables par la lecture des œuvres de plusieurs maîtres. Adolescent, il suit l'enseignement de l'amie de sa mère, Fatima bint al-Muthanna, qu'il considère comme sa « mère spirituelle » et il est particulièrement marqué par une autre femme soufie, Shams Umm al-Fuqarâ (« Shams la mère des pauvres »).
Son érudition ainsi que le rang de son père lui permettent de devenir secrétaire à la chancellerie de Séville. Il épouse alors une jeune fille d'une famille andalouse renommée, Maryam bint 'Abdun qui représente pour lui « l'idéal de la vie spirituelle ».
À l'âge de 25 ans, il est frappé par une maladie qui le conduit au bord de la mort. Il renonce alors à son existence de lettré et de haut fonctionnaire et s'oriente vers la voie spirituelle (tariqa). Cette transformation débute par une retraite de neuf mois sous la direction du maître spirituel Abu Djaʿfar al-'Urayni. Ibn ' Arabi oriente dès lors sa vie vers l'approfondissement des études métaphysiques, et il rencontrera plusieurs maîtres spirituels.
En 1196 à Fès, âgé de 31 ans selon la tradition, il a la révélation du « sceau de la sainteté muhammadienne ». Il dit avoir reçu les « Gemmes de la sagesse » d'un trait, réveillé une nuit par Mahomet. La sagesse est représentée par une pierre dont la forme représente la Tradition ; alors que la pierre est la même pour tous, elle est taillée différemment selon les formes prophétiques dictées à Abraham, Jésus ou Mahomet.
En 1200, Ibn ʿArabi quitte définitivement l'Andalousie et entame un périple oriental, qui durera jusqu'en 1223, date à laquelle il s'installe à Damas. Éric Geoffroy note que pour Ibn Arabi, la pérégrination permet de se rapprocher de Dieu.
En 1202, il arrive à La Mecque. Il connaît une théophanie en la personne de Nizhâm (« Harmonie »), fille de la famille qui l'accueille. D'après Henry Corbin, « la jeune fille fut pour Ibn ʿArabi ce que Béatrice fut pour Dante ; elle fut et resta pour lui la manifestation terrestre, la figure théophanique de Sophia aeterna ([Sagesse éternelle]) ». En 1203, il écrit la première version des Illuminations de La Mecque (ou : Illuminations mecquoises : Futûhât al-Makkiyâ), son maître ouvrage.
En 1204, il quitte les lieux saints et entame « une longue errance à travers l'Orient », en compagnie de Majd al-Dîn Rûmi, le futur père de Sadr al-Dîn al-Qûnawî (1207 (?) - 1274) qui sera le principal disciple d'Ibn Arabi. En chemin vers l'Anatolie, il fait étape à Bagdad et à Mossoul, où il suit l'enseignement du maître soufi ʿAlî ibn Jâmiʿ. Il reçoit de celui-ci le manteau, jadis reçu de Khezr lui-même. Il arrive à Konya en 1205, mais reprend bientôt son errance à travers l'Égypte, l'Irak, la Palestine et le Hijâz. C'est ainsi qu'il est au Caire en 1207, où il est arrêté par les docteurs de la Loi (oulémas). Libéré grâce à ses relations, il quitte la ville pour retourner à la Mecque, où il retrouve Sophia aeterna.