Ian Rankin, né le 28 avril 1960 à Cardenden, village de la région de Fife, est un auteur écossais de romans policiers, de nouvelles, de romans d'espionnage et de critiques littéraires. Il est surtout connu pour sa série policière ayant pour héros l'inspecteur de police John Rebus.
Ian Rankin naît à Cardenden, village minier de 7 000 habitants, situé à 35 km au nord d'Édimbourg. Pour plaisanter sur l'isolement de ce village, Rankin dit que ses habitants avaient coutume de l'appeler « Car Dead-end » (« Impasse pour voiture »). Rankin fréquente l'école d'Auchterderran, puis le Beath High School de Cowdenbeath, où un professeur d'anglais remarque ses aptitudes littéraires et l'encourage à poursuivre ses études, ce que personne de sa famille n'avait fait jusque-là. En 1978, à l'âge de 18 ans, il entre à l'Université d'Édimbourg, où il étudie la langue et la littérature anglaises, et où il obtient en 1982 son Master of Arts, spécialité littérature américaine. Entre 1982 et 1986, il travaille à sa thèse de doctorat sur la fiction moderne écossaise, plus particulièrement sur Muriel Spark, tout en s'investissant de plus en plus dans sa propre écriture.
Après l'université, et avant son succès comme romancier, il exerce un certain nombre de métiers, comme vendangeur, porcher, percepteur, chercheur en alcoologie, journaliste hi-fi, secrétaire de collège et musicien punk. Il donne aussi pendant quelque temps des cours de littérature à l'Université d'Édimbourg, où il participe au James Tait Black Memorial Prize.
En juillet 1986, il épouse Miranda Harvey, dont le nom de jeune fille lui servira un peu plus tard de pseudonyme. Le jeune couple vit quatre ans à Londres, où Rankin travaille comme secrétaire au National Folktale Centre de Tottenham. Puis il vit six ans, de 1990 à 1996, dans une petite ferme du Périgord, où il écrit sept romans policiers ayant pour héros l'inspecteur John Rebus (de Tooth and Nail à Hanging Garden), ainsi que tous ses romans écrits sous le pseudonyme de Jack Harvey. Pendant tout son séjour en France, ses livres ne sont pas traduits en français. Rankin souligne : « Quand je prenais un verre au bar du coin, et que je disais que j'écrivais des livres, mais qu'ils n'étaient pas encore traduits en français, on me prenait pour un aimable dilettante. » La naissance de leur second fils, souffrant du syndrome d'Angelman, la scolarisation de l'aîné, ainsi que les allers-retours de Ian six fois par an à Édimbourg pour effectuer des recherches ou promouvoir ses livres, finirent par rendre indispensable le retour de toute la famille à Édimbourg.
Il vit depuis avec sa femme et ses deux enfants, Jack et Kit, à Merchiston, banlieue résidentielle du sud-est d'Édimbourg, dans le « quartier des écrivains ».
Son premier roman, The Flood, publié en février 1986, est un Bildungsroman se passant dans un village minier sur le déclin. Un jeune homme y grandit tout en pensant partir pour Édimbourg.
L'année suivante voit la publication de L'Étrangleur d'Édimbourg (Knots and Crosses), le premier de la série des enquêtes de l'inspecteur John Rebus qui lui vaut une renommée internationale. L'écrivain ne se disposait pas alors à faire carrière dans la littérature policière, ni surtout que son héros deviendrait un personnage de série. Il pensait avoir écrit un roman et fut déconcerté de constater que les critiques littéraires des grands journaux avaient classé Knots and Crosses parmi les romans policiers, et que, dans les librairies, son livre se trouvait au rayon « Mystère » et non à « Fiction écossaise ». « J'étais consterné ! Je me disais, je suis en train de préparer un doctorat et je vais devenir un professeur d'anglais d'université, ... et j'ai écrit un roman de série noire. » À la recherche de son art, il écrit ensuite deux romans d'espionnage : Watchman (1988) « à la manière de John le Carré », et Westwind (1990), ce dernier publié après avoir été repris de nombreuses fois par l'auteur à la demande de son éditeur.
Ce n'est qu'après des demandes répétées, que Rankin reprend l'écriture de nouvelles enquêtes de l'inspecteur John Rebus. En 1991, et c'est d'abord la parution de Le Fond de l'enfer (Hide and Seek), quatre années après le premier Rebus. Mais, dit Rankin, « je n'étais toujours pas persuadé d'être un auteur de roman policier. Pour moi, je faisais des commentaires sur la vie présente en Écosse, sur ses manies et ses psychoses, sur les défauts de son caractère. Je disséquais une nation. »
En 2007, Rankin a écrit dix-sept romans de la série Rebus, traduits en 26 langues. Parmi eux, quatre ont été adaptés pour la télévision, John Hannah incarnant le personnage de Rebus. Rankin a également écrit trois romans sous le pseudonyme de Jack Harvey, et, sous son propre nom, un certain nombre de nouvelles, dont certaines mettent en scène l'inspecteur Rebus.
Devenu l'auteur de romans policiers le plus lu du Royaume-Uni, il fracasse les records de vente d'Irvine Welsh et de Iain Banks, en ayant six de ses titres figurant simultanément sur la liste des 10 best-sellers écossais.
Sa réussite littéraire est reconnue par les universités d'Abertay Dundee, de St Andrews, d'Édimbourg et de l'Open University qui lui ont décerné des diplômes honoris causa, respectivement en 1999, en 2001, en 2003 et en 2005. En outre, il est décoré en 2002 de l'Ordre de l'Empire britannique. Ses œuvres commencent à être étudiées dans certains départements universitaires de littérature, où sont soulignées la profondeur et la complexité inhabituelles pour ce type d'ouvrage.
Rankin est un collaborateur régulier du programme Newsnight Review de BBC Two.
Son documentaire en trois parties sur le sujet du mal a été diffusé sur Channel 4 en décembre 2002. En 2005, il a présenté un documentaire de 30 minutes sur BBC4, appelé Rankin on the Staircase (Rankin dans l'escalier), dans lequel il étudie les relations entre les crimes de fiction et les cas réels. La même année, il a aussi collaboré avec le musicien folk Jackie Leven pour l'album Jackie Leven Said.
On peut le trouver souvent au Oxford Bar à Édimbourg, que fréquente aussi son anti-héros de fiction, Rebus. Pour cette raison, certains circuits touristiques « littéraires » s'achèvent dans ce bar. Rankin commente : « Je pense que les gens sont terriblement déçus, quand ils arrivent dans le bar de ne pas trouver Rebus. Ce n'est pas moi qu'ils veulent : ce gars tranquille et équilibré, assis à une table du fond en train de faire des mots-croisés, ne les intéresse pas. »
L'action des romans de la série Rebus se déroule le plus souvent à Édimbourg et met en scène John Rebus, un inspecteur bourru, quelque peu porté sur la bouteille, accro de la cigarette, fan de musique rock des années 1970 et dont on peut suivre l'évolution de sa carrière au fil des romans.
L'image sombre d'Édimbourg, présente dans ce cycle policier, est très éloignée de celle que l'histoire et l'activité commerciale actuelle ont donnée de cette cité. À cela, Rankin répond : « Il y a véritablement deux Édimbourg. Il y a la cité que les touristes visitent, avec son château et ses joueurs de cornemuse, vêtus de kilts. Ça, c'est le côté Disneyland. Mais il existe aussi une cité, qui vit et qui respire sous cette apparence, et que les gens voient rarement. Dans les années 1980, Édimbourg avait de sérieux problèmes de drogue et le pire taux de Sida de toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pensé que quelqu'un devait écrire des romans traitant de ces choses de la vie réelle contemporaine. »
Pour cette raison, Rankin a toujours été plus intéressé par le roman noir américain que par le whodunit britannique. Il reconnaît que ses modèles furent « tous les James » : James Crumley, James Ellroy, James Lee Burke, et James W. Hall, avec une mention particulière pour le second, qui l'appela une fois le « James Ellroy écossais », et aussi le « roi du Tartan Noir. » Il a été aussi beaucoup influencé par le personnage ambivalent du Dr Jekyll et Mr Hyde de Robert Louis Stevenson, autant pour composer le caractère de son héros, John Rebus, que pour décrire l'Édimbourg de ses romans. « J'ai vu Édimbourg comme une cité « Jekyll and Hyde » (....) À travers Muriel Spark, j'ai été intéressé par Jekyll and Hyde (...) Pour Knots and Crosses, j'ai fait, en les actualisant, des emprunts conscients aux thèmes de Jekyll and Hyde. »