Ce Jour-là

Hyperinflation de la république de Weimar

Évènement économique en Allemagne (1921-1924)

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L'hyperinflation de la république de Weimar est la période de très forte augmentation des prix que connaît l'Allemagne entre juin 1921 et janvier 1924 et plus précisément durant l'année 1923.

L'inflation fait son apparition dès 1914 et accompagne l'endettement massif du pays au profit d'une économie de guerre, d'une monnaie parallèle, d'un marché noir et donc de privations. En 1919, le traité de Versailles démoralise l'opinion allemande, déjà fracturée par de violentes dissensions politiques internes majeures : la naissance de la république de Weimar est vue comme un « enfant de la défaite ». Aux montants réclamés par les Alliés dans le cadre des dommages de guerre, s'ajoutent, dans un premier temps, le chômage, un recours massif à l'emprunt et une incapacité manifeste de la part du gouvernement à réformer l'appareil économique. Tandis que certains analystes de l'époque parlent d'un « dépeçage de l'économie allemande par les Alliés », Hjalmar Schacht est appelé pour entreprendre des réformes structurelles ; il va notamment parvenir à dissoudre une partie de la dette publique. L'économie allemande retrouve sa pleine force à partir de janvier 1926 ainsi qu'une puissante monnaie revenue quasiment à son cours d'avant-guerre.

Par son ampleur exponentielle, cet accroissement du coût de la vie en Allemagne est un cas sans précédent dans l'histoire des États industriels modernes. Seule l'hyperinflation du pengő, la monnaie hongroise, après la Seconde Guerre mondiale, a été plus importante. Cette hyperinflation est due à un ensemble de facteurs. Ils sont complémentaires entre eux : l'endettement de l'Allemagne ce qui fait que le gouvernement allemand a enclenché la planche à billets c'est-à-dire créé de la monnaie plus vite que ce que l'économie ne nécessitait (cause monétaire), à cause de problèmes structurels de l'économie allemande, l'indexation des salaires sur le taux d'inflation (ce qui ne fait que le nourrir), etc.

La guerre et son impact sur l'économie et la société allemande

L'inflation, l'emprunt et le cours forcé

À l'instar du britannique Adam Fergusson, l’historien français Alfred Wahl souligne que l’inflation était significative en Allemagne dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale pour une raison très claire : le Reich a recours massivement à l'emprunt public pour financer cette entreprise militaire qui va en quelques mois prendre une ampleur au départ insoupçonnée. Entre septembre 1914 et septembre 1918, « [ces emprunts] furent émis – c’est-à-dire proposés à l’achat à la population – deux fois par an. C’est après que l’emprunt du début 1916, le quatrième de la guerre, n’eut pas donné les résultats escomptés, que la Reichsbank décida de réduire la durée de souscription à ces emprunts à trois ou quatre semaines. Pour en assurer le succès, on développa une propagande fondée sur des cartes postales, des calendriers, des films, des timbres et des affiches ». Au bilan, les dépenses de guerre furent financées de trois manières : « des impôts supplémentaires (6 %) ; des bons du trésor à court terme de la Reichsbank (34 %) et des bons du trésor à long terme proposés à la population (60 %) ». Non seulement l'épargne des ménages se transforme en bons obligataires mais le mark convertible en or fait place au mark papier (Papiermark) à cours forcé dès août 1914. L'Allemagne ne réussit pas à emprunter auprès des États-Unis, lesquels appliquent très tôt un principe de « neutralité préférentielle » favorable aux alliés du front de l'Ouest : seulement 23 millions sont accordés à l'Empire allemand en 1914-1915.

Cependant, des centaines de grosses entreprises nord et sud-américaines commercent avec l'Allemagne et lui fournissent des biens d'équipements et des denrées alimentaires : l'endettement grève lourdement le passif des entreprises allemandes d'import-export, bientôt pénalisées par le blocus maritime déclenché en réaction à une campagne militaire sous-marine extrêmement gourmande en capitaux. En septembre 1916, la balance des comptes courants allemande affiche subitement un déficit record de 2,1 milliards de marks et un an plus tard, il grimpe à 14,6 milliards pour finir à 40 milliards en novembre 1918. Durant cette même période, la dette publique cumulée se monte fin 1918 à 150 milliards (multipliée par 30 depuis 1914) et l'encaisse-or des principales institutions bancaires du pays (selon l'office du Reich au Trésor) ne couvre plus qu'à peine 10 % du service de cette dette (contre 90 % en 1914).

Ce glissement, longtemps minoré aux yeux de l'opinion, va être accentué par les sommes demandées après 1919 au titre des réparations aux dommages de guerre (132 milliards : la dette globale frôle donc les 300 milliards). Si les prix restent relativement stables durant cette période, le cours du mark sur le marché parallèle donne des signes d'affolement dès 1918. Toutefois, jusqu’à la fin 1922, l’économie allemande donne l'image d'un pays que l'économie de guerre ne semble pas avoir affecté : une moyenne de 500 000 chômeurs mais une croissance maintenue et des hausses des salaires puisque ceux-ci sont indexés sur l'inflation (mais avec effets négatifs dès 1920 sur la productivité), une situation qui contraste avec celle des pays voisins, où sévit une crise économique sérieuse en 1920-1921.

L’Allemagne parvient tant bien que mal à équilibrer le court terme, mais la majorité des entreprises et les ménages des classes moyennes détiennent une quantité de monnaie (sous forme d'obligations, de traites, de rentes) supérieure au total de la richesse productive du marché ; cette richesse se compose à plus de 90 % de monnaie fiduciaire et scripturale, c'est-à-dire que les espèces métalliques ont quasiment disparu de la circulation et des bas de laines (du moins en ville). Ce déséquilibre entre l’offre et la demande s’aggrave encore quand les acteurs économiques apprennent le montant réel de la dette nationale et vont alors chercher à liquider le plus vite possible leurs capitaux épargnés, à les transformer notamment en devises de plus en plus chères, ajoutant à la masse monétaire une nouvelle vague de papier, de plus en plus haute. C'est la « fuite devant le mark » qui est le déclencheur majeur de ce mouvement hyperinflationniste. Il y a un très fort déséquilibre entre offre et demande de monnaie : il y a trop de monnaie en circulation. À cela, comme c'est souvent le cas, viendront s'ajouter d'autres facteurs à l'hyperinflation.

L'impact de la spéculation sur le mark

Les Alliés ne prêtant pas à l’Allemagne (du moins, en théorie), elle doit recourir au marché monétaire international. Elle n’eut aucun mal à le faire. Selon Laursen et Karsten les spéculateurs avaient confiance dans le redressement de l’Allemagne. Ils prévoyaient un retour du mark à sa valeur d'avant août 1914. Mais, par prudence, les capitaux étaient prêtés à court terme. C’est ici que se trouve l'une des sources des plus ténues de l’inflation. Les capitaux se retiraient lorsque la situation économique ou politique se détériorait. Ce retrait faisait chuter la valeur du mark. Ils revenaient lorsque la situation s’améliorait et la valeur du mark remontait. Au total, et malgré les périodes de stabilisation, le cours du dollar exprimé en marks augmentait tendanciellement, ce qui grevait d’autant le coût des importations. Les ventes à découvert de devises par le jeu de la spéculation accentuaient la pression sur le cours du mark : certains vendeurs s'exposèrent à un risque de perte illimitée.

En 1916, les restrictions et la hausse des prix font leur apparition. Karl Helfferich, le responsable au Trésor, est renvoyé. L'indice des prix passe de 100 en 1914 à 250 en 1917. Fondé en mars 1916, le Spartakusbund se prononce contre la guerre, tandis que le Parti socialiste allemand rallie le centre et vote le 19 juillet 1917 en faveur d'une « paix d'entente ». La légende du « coup de poignard » dans le dos véhiculée par la droite militariste après 1919 n'est pas totalement infondée : l'opinion commence à manifester sa lassitude face à la guerre qui se prolonge, certes à cause des privations, mais surtout par le biais d'une majorité de députés désormais hostile à la poursuite des combats de peur qu'une victoire des Alliés n'entraine un démantèlement du pays, conviction que les succès militaires du printemps 1918 ne réussiront pas à entamer. La victoire des Bolcheviks en Russie donne parallèlement du poids aux mouvements spartakistes et de nombreuses grèves politiques viennent paralyser l'appareil productif allemand. Prenant place dans les grands centres urbains où plus de 50 % de la population allemande résident, la répression de ces mouvements fut terrible : l'opinion fut dès lors convaincue que seule l'armée – il s'agissait de Freikorps – était capable d'éviter à l'Allemagne une guerre civile.

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