Hussein ben Talal (arabe : الحسين بن طلال), né le 14 novembre 1935 à Amman et mort le 7 février 1999 dans la même ville, est roi de Jordanie pendant plus de 46 ans, du 11 août 1952 au 7 février 1999. Membre de la dynastie hachémite, la famille royale de Jordanie depuis 1921, Hussein serait un descendant direct de Mahomet à la 40e génération.
Né à Amman, Hussein est l'aîné des enfants de Talal bin Abdullah et de Zein al-Sharaf bint Jamil. Talal était alors l'héritier de son propre père, le roi Abdallah Ier. Hussein a commencé sa scolarité à Amman et l'a poursuivie à l'étranger. Après que Talal soit devenu roi en 1951, Hussein a été nommé héritier présomptif. Le Parlement jordanien a contraint Talal à abdiquer un an plus tard en raison de sa maladie, et un conseil de régence a été nommé jusqu'à ce que Hussein atteigne sa majorité. Il est intronisé à l'âge de 17 ans, le 2 mai 1953. Hussein s'est marié quatre fois et a eu onze enfants.
Hussein, monarque constitutionnel doté de larges pouvoirs exécutifs et législatifs, a commencé son règne par ce que l'on a appelé une « expérience libérale », en autorisant en 1956 la formation du seul gouvernement démocratiquement élu de l'histoire de la Jordanie. Quelques mois après le début de l'expérience, il a forcé ce gouvernement à démissionner, déclarant la loi martiale et interdisant les partis politiques. Sous Hussein, la Jordanie a mené trois guerres avec Israël, dont la guerre des six jours en 1967, qui s'est soldée par la perte de la Cisjordanie par la Jordanie. En 1970, Hussein a expulsé de Jordanie les combattants palestiniens (fedayeen) qui avaient menacé la sécurité du pays lors de ce que l'on a appelé le « septembre noir » en Jordanie. Le roi a renoncé aux liens de la Jordanie avec la Cisjordanie en 1988, après que l'Organisation de libération de la Palestine a été reconnue internationalement comme le seul représentant des Palestiniens. Il a levé la loi martiale et réintroduit les élections en 1989 lorsque des émeutes provoquées par des hausses de prix se sont propagées dans le sud de la Jordanie. En 1994, il est devenu le deuxième chef d'État arabe à signer un traité de paix avec Israël.
Au moment de l'accession de Hussein en 1953, la Jordanie était une jeune nation et contrôlait la Cisjordanie. Le pays dispose de peu de ressources naturelles et d'une importante population de réfugiés palestiniens à la suite de la guerre israélo-arabe de 1948. Hussein a dirigé son pays pendant quatre décennies turbulentes marquées par le conflit israélo-arabe et la guerre froide, réussissant à équilibrer les pressions des nationalistes arabes, des islamistes, de l'Union soviétique, des pays occidentaux et d'Israël, et transformant la Jordanie, à la fin de son règne de 46 ans, en un État moderne et stable. Après 1967, il s'est engagé dans des efforts pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Il a joué le rôle d'intermédiaire conciliant entre les différents rivaux du Moyen-Orient et a été considéré comme l'artisan de la paix dans la région. Il était vénéré pour avoir gracié des dissidents et des opposants politiques et leur avoir accordé des postes de haut niveau au sein du gouvernement. Hussein, qui a survécu à des dizaines de tentatives d'assassinat et de complots visant à le renverser, est le dirigeant qui a régné le plus longtemps dans la région. Il est décédé à l'âge de 63 ans des suites d'un cancer en 1999 et son fils aîné, Abdullah II, lui a succédé.
Hussein est né le 14 novembre 1935 à Amman, capitale de la Jordanie. Il est le troisième souverain hachémite à avoir régné sur le pays. La famille hachémite prétend descendre de Hâchim, l'arrière-grand-père du prophète Mahomet.
Hussein est élevé à Amman jusqu'à ce que son grand-père le roi Abdallah Ier l'envoie étudier au collège Victoria d'Alexandrie en Égypte avant de l'envoyer en Angleterre au collège d'Harrow et à l'école militaire de Sandhurst. Cependant il fait de nombreux retours dans son pays natal pour apprendre la manière de gouverner. Le 20 juillet 1951, le roi Abdallah Ier se fait assassiner sous ses yeux à Jérusalem par Mustapĥa Ashu, âgé de 21 ans, de deux balles dans la poitrine et une dans la tête, et ce, sur ordre probable de Mohammed Amin al-Husseini (1895-1974, grand mufti de Jérusalem) via le colonel Abdullah Tal (en) (El Tell, 1918-1973, alors gouverneur de Jérusalem-Est). Hussein est lui-même blessé lors de l'attaque. Cet assassinat est lié à l'annexion de la Cisjordanie par Abdallah Ier lors de la première guerre israélo-arabe.
À l'âge de seize ans, le 20 juillet 1951, il devient l'héritier du trône jordanien lorsque son grand-père paternel, le roi Abdallah 1er meurt assassiné, et que son père Talal monte sur le trône. Il est officiellement fait prince hériter le 9 septembre 1951. Il perçoit à partir de ses 21 ans des paiements à titre personnel de la CIA, lui permettant notamment d'assouvir son goût pour les voitures de luxe.
Le 11 août 1952, le roi Talal, son père, poussé par le Parlement qui ne le considère pas à la hauteur, abdique, officiellement pour raisons de santé (il souffrait de schizophrénie) et Hussein monte sur le trône. Dans l'attente de sa majorité un conseil de régence est institué. C'est son oncle maternel, Chérif Nasser ben Djemil qui prend la présidence de ce conseil.
Entre occidentalisme et arabité
Le début de son règne paraît dans un premier temps difficile. En effet, bien qu'il soit parfaitement accepté par les autorités occidentales, notamment grâce à son interdiction en 1953 du parti politique communiste (créé en 1951), il semble que son propre peuple remette en cause sa légitimité à cause de l'influence des différents mouvements panarabes et de la propagande nassérienne qui s'oppose à l'Occident. Le Parlement jordanien forme rapidement une opposition. La famille hachémite semble alors trop en accord avec la politique britannique, ce qui va à l'encontre des idées des Palestiniens jordaniens, qui ne veulent plus de la tutelle des Occidentaux, et principalement des Britanniques.
Dans les années 1950, la carrière politique du roi Hussein prend une tournure totalement différente. Il rejette l'influence occidentale et l'alliance avec la Grande-Bretagne après la crise du canal de Suez en 1956 durant laquelle il se rapproche de l’Égypte de Nasser. Il se voit ainsi obligé d'accepter un gouvernement nationaliste progressiste pour ainsi disposer du soutien d'un Parlement élu en octobre 1957.
La mise en place d'un régime autoritaire
En avril 1957, à la suite des désaccords avec le gouvernement concernant l'appréciation du danger soviétique, Hussein renvoie le Premier ministre Sulaymân Nabulsî. Le 13 avril 1957, il est victime d'une confuse tentative de coup d'État militaire et résiste à la tête de ses troupes fidèles dans la ville de Zarqa. en avril 1958, il dissout le Parlement et instaure un régime autoritaire pour asseoir son autorité et limiter l'emprise des radicaux. Le 25 avril, la loi martiale est décrétée, et la constitution mise en place en 1952 — qui affirmait que « le royaume hachémite de Jordanie est un État souverain indépendant et son système de gouvernement est parlementaire avec une monarchie héréditaire » et qui mettait en place la répartition des différents pouvoirs sur le territoire jordanien — est suspendue.
Devant les instabilités externes, le roi Hussein fait appel aux Américains, pour notamment faire face à la menace syrienne dans le nord de la Jordanie.
L'union hachémite et la désillusion
En 1958, la République arabe unie (RAU) est créée entre les deux grandes menaces de la Jordanie : l’Égypte de Nasser et la Syrie de Shukri al-Kuwatli. Ainsi, pour faire face à ces pays, Hussein va essayer de trouver de l'aide et du soutien auprès de son cousin hachémite, Fayçal II, qui est à la tête de l'Irak.
Ensemble, ils mettent en place la Fédération arabe d'Irak et de Jordanie pour contrer une éventuelle attaque de la RAU. Mais en juillet 1958, la révolution en Irak menée par Abdul Karim Qasim met fin au règne de Fayçal II, qui est exécuté ainsi que toute sa famille. Hussein décide alors à nouveau de faire appel aux États-Unis, et parvient à sauver la monarchie de son pays.