Hun Sen (en khmer : ហ៊ុន សែន, /hun saen/), né le 5 août 1952 (officiellement le 4 avril 1951) à Peam Koh Sna (district de Stoeung Trang, province de Kompong Cham), est un homme d'État cambodgien. Il est Premier ministre à deux reprises, entre 1985 et 1993, puis de 1998 à 2023, lorsqu'il transmet le pouvoir à son fils aîné Hun Manet. Il occupe, à partir du 3 avril 2024, le poste de président du Sénat.
De nombreuses organisations de défense des droits de l'homme lui reprochent d'avoir, dans la confusion de la période post-khmer rouge du pays, instauré un régime corrompu et dictatorial, reposant sur la répression, la violence et la cooptation, concentrant les pouvoirs dans les mains d'un petit groupe de dirigeants du Parti du peuple cambodgien et de riches hommes d'affaires participant au pillage des ressources nationales.
Sa longue période au pouvoir (38 ans) est caractérisée par un durcissement progressif du traitement des oppositions, jusqu'à la condamnation des principaux dirigeants et la disqualification de plusieurs partis à l'approche des élections.
Né sous le nom de Hun Bunal, Samdech Akka Moha Sena Padei Techo, Hun Sen est le troisième des six enfants d'une famille rurale. Il a deux frères aînés et trois sœurs cadettes. Son père, Hun Neang, était un ancien moine qui avait quitté la robe pour rejoindre les Khmers issarak en lutte contre les forces coloniales françaises. Les parents du jeune Nal étaient de riches propriétaires terriens qui avaient été ruinés quand Dy Yon, sa mère — décédée en 1998 — avait été enlevée et relâchée après paiement d’une forte rançon.
À partir de 1958, il fréquente l’école primaire de son village, où il aurait été considéré comme un bon élève, avant d’aller, en 1964, à Phnom Penh poursuivre ses études au lycée Indra-Dhevi. Il y apprendra à parler anglais[réf. souhaitée]. Il est hébergé au Wat Neakavoan, dans le quartier de Tuol Kork, par un religieux proche de la famille.
C’est là qu’il aurait aussi démarré des activités politiques dès 1965. Il devra interrompre sa scolarité en 1968 pour fuir la capitale et la répression qui s’abat sur les militants communistes après les émeutes de Samlaut. Il trouve alors refuge à Memot, à 80 kilomètres de Kompong Cham, et travaillera dans les plantations d’hévéas de Ton Luong. Il s’y livrera à des activités syndicales et devra même un temps fuir la police et se réfugier à Kratié.
Le 14 mars 1970, il répond à l’appel de Norodom Sihanouk, destitué de ses fonctions de chef de l’État, et entre dans la guérilla communiste qui lutte contre le régime de Lon Nol.
En 1972, il rejoint les commandos parachutistes et prend, en 1974, le commandement du 55e bataillon de la zone est. Bon soldat, toujours en première ligne, il sera blessé cinq fois et perdra l’œil gauche le 16 avril 1975 dans l'assaut final contre la République khmère, et restera hospitalisé jusqu’en octobre.
Il est par la suite, à moins de 25 ans, nommé à la tête d’un régiment de Khmers rouges basé dans la zone est du Kampuchéa démocratique. Toutefois, il n’existe pas de témoignages le mettant personnellement en cause dans l’exécution du génocide cambodgien.
En 1977, les incidents à la frontière vietnamienne se multiplient et amènent des ripostes des Bộ đội que les unités khmères ont bien du mal à contenir. Le haut commandement de Phnom Penh met la faible réactivité des troupes sur le compte du manque de loyauté de l’encadrement et ordonne une épuration massive visant à éliminer tous les éléments suspectés d’être à la solde de Hanoï. C’est pour échapper à ces purges que Hun Sen décide de franchir la frontière.
Refoulé en juin, il se réfugie dans la forêt avant de pouvoir enfin gagner le Viêt Nam en décembre 1977. Il est d'abord emprisonné plusieurs mois, puis libéré, et participe avec notamment Heng Samrin et Chea Sim à la formation d’une organisation politique destinée à renverser les Khmers rouges, le Front uni national pour le salut du Kampuchéa (FUNSK). Il accède le 2 décembre 1978 au comité central de cette organisation.
Retour au Cambodge et entrée au gouvernement
Le 30 décembre 1978, une armée vietnamienne de 110 000 hommes passe la frontière et occupe rapidement la presque totalité du territoire cambodgien. Profitant de la chute du régime khmer rouge, il revient à Phnom Penh en janvier 1979 où il intègre en tant que ministre des Affaires étrangères le gouvernement mis en place par les troupes de Hanoï.
À la suite des élections du 1er mai 1981 où il est élu député de Kompong Cham, il est confirmé aux Affaires étrangères et devient vice-président du Conseil.
Le 14 janvier 1985, Hun Sen accède, à moins de 35 ans, au poste de Premier ministre de la république populaire du Kampuchéa.
Dès les années 1980, il mènera les négociations avec Norodom Sihanouk qui aboutiront à la signature des accords de paix de Paris d’octobre 1991, mettant fin à plus de 20 ans de guerre civile et plaçant le Cambodge sous la tutelle de l'ONU jusqu'à la tenue d'élections libres.
Alors que le retour de la monarchie devient inéluctable, Hun Sen tente de profiter de sa progression politique rapide pour se présenter comme un de ces personnages « pourvus de mérites » dont regorge la mythologie cambodgienne et qui renversent les monarques en place si ceux-ci ne sont plus en mesure d’obtenir des divinités la protection du royaume. Il va ainsi rénover dès 1989 la pagode de Vihear Suor, dans le nord-est la province de Kandal (district de Khsach Kandal), connue pour abriter une statue de Neay Kan, un usurpateur pourvu de mérites qui au XVIe siècle avait disputé le pouvoir au roi Ang Chan Ier.
Il perd les élections de 1993, dont il conteste pendant un temps le résultat. Une nouvelle constitution rétablit Sihanouk sur le trône ; son fils Norodom Ranariddh est élu premier Premier ministre, et Hun Sen nommé second Premier ministre.