Hugo de Groot ou Huig de Groot, dit Grotius, né le 10 avril 1583 à Delft et mort le 28 août 1645 à Rostock, est un humaniste, diplomate, avocat, théologien et juriste néerlandais des débuts de la république des Provinces-Unies (1581-1795), issue de l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II.
Jeune prodige intellectuel, il étudie à l'université de Leyde et fait ensuite partie des cercles dirigeants de la province de Hollande. Mais en 1618, il est victime du conflit entre le stathouder Maurice de Nassau et le grand-pensionnaire Johan van Oldenbarnevelt, lié à un conflit religieux du calvinisme néerlandais, la controverse sur l'arminianisme. Alors que le grand-pensionnaire est condamné à mort, Grotius est seulement condamné à la prison perpétuelle. Mais il réussit à s'évader en 1621, caché dans un coffre à livres, et écrit ensuite la plupart de ses œuvres majeures en exil en France, où il vit d'abord comme réfugié, puis comme ambassadeur de Suède à partir de 1634.
Hugo Grotius est une figure majeure dans les domaines de la philosophie, de la théorie politique et du droit durant les XVIIe et XVIIIe siècles. Prolongeant les travaux antérieurs de Francisco de Vitoria, Francisco Suárez et Alberico Gentili, il jette les bases du droit international, fondé sur le droit naturel. Deux de ses livres ont un impact durable dans le domaine du droit international : le De Jure Belli ac Pacis (Le Droit de la guerre et de la paix) dédié au roi de France Louis XIII et le Mare Liberum (en) (De la liberté des mers). Grotius contribue également beaucoup à l'évolution de la notion de « droits ». Avant lui, les droits étaient avant tout perçus comme rattachés aux objets ; après lui, ils sont vus comme appartenant à des personnes, comme l'expression d'une capacité d'agir ou comme des moyens de réaliser telle ou telle chose.
Peter Borschberg suggère que Grotius a été fortement influencé par Francisco de Vitoria et l'École de Salamanque en Espagne, qui soutenaient l'idée que la souveraineté d'une nation ne réside pas simplement dans un dirigeant par la volonté de Dieu, mais qu'elle trouve son origine dans son peuple, qui consent à conférer une telle autorité à un dirigeant. On pense que Grotius n'est pas le premier à avoir formulé la doctrine de la société internationale, mais il est l'un des premiers à définir expressément l'idée d’une société unique d'États, régie non par la force ou la guerre, mais par des lois effectives et par un accord mutuel visant à faire respecter la loi. Comme le déclarait Hedley Bull en 1990 : « L'idée de la société internationale proposée par Grotius a été concrétisée par les traités de Westphalie. Grotius peut être considéré comme le père intellectuel de ce premier accord général de paix des temps modernes ».
De plus, ses contributions à la théologie arminienne contribuent à établir les fondations des mouvements arminiens ultérieurs, tels que le méthodisme et le pentecôtisme ; Grotius est reconnu comme une figure importante du débat arminien-calviniste. En raison du fondement théologique de sa théorie du libre-échange, il est également considéré comme un « économiste théologien ». Grotius est aussi un dramaturge et poète. Sa pensée est revenue sur le devant de la scène après la Première Guerre mondiale.
Hugo de Groot naît en 1583 à Delft au cours de la révolte des Pays-Bas commencée en 1568, alors que les États généraux viennent de proclamer la déchéance de Philippe II de ses droits aux Pays-Bas (acte de La Haye, 1581), ce qui est considéré comme l'origine d'un nouvel État, les Provinces-Unies.
Hugo est le premier enfant de Jan de Groot et d'Alida van Overschie. Son père, bourgmestre, est un érudit qui a étudié avec l’éminent Juste Lipse à Leyde. Traducteur d'Archimède et ami de Ludolph van Ceulen, il donne à son fils une éducation humaniste et aristotélicienne traditionnelle.
Enfant prodige, Hugo entre à 11 ans à l’université de Leyde, où il étudie avec certains des intellectuels les plus acclamés du nord de l’Europe, dont Franciscus Junius, Joseph Juste Scaliger et Rudolph Snellius.
À 13 ans, il entreprend l'édition de l'œuvre de l'encyclopédiste latin Martianus Capella, auteur de l'antiquité tardive avec l'aide de son maître, Joseph Juste Scaliger ; publiée en 1599, cette édition, enrichie d'un commentaire sur les sept arts libéraux, Martiani Minei Felicis Capellæ Carthaginiensis viri proconsularis Satyricon... restera une référence pendant plusieurs siècles.
En 1598, à l'âge de 15 ans, il accompagne le grand-pensionnaire Johan van Oldenbarnevelt dans une mission diplomatique à Paris. À cette occasion, le roi Henri IV l'aurait présenté à sa cour comme « le miracle de la Hollande ». Durant son séjour en France, il obtient un diplôme de droit de l'université d'Orléans.
Au service de la province de Hollande
De retour en Hollande, Grotius est nommé avocat à La Haye en 1599, puis historiographe officiel des États de Hollande en 1601. Les Hollandais le chargent d'écrire leur histoire pour mieux se démarquer de l'Espagne, contre laquelle les Provinces-Unies sont encore en guerre.
La première occasion qu'il a d'écrire systématiquement sur des questions de justice internationale date de 1604, lorsqu'il intervient dans une procédure judiciaire à la suite de la saisie par les marchands néerlandais d'une caraque portugaise et de sa cargaison dans le détroit de Singapour[réf. nécessaire].
Les traités sur le droit maritime (1604-1609)
Au début du XVIIᵉ siècle, les Provinces-Unies sont engagées dans la Guerre de Quatre-Vingts Ans contre l’Espagne. Le Portugal, bien qu’unifié dynastiquement à l’Espagne depuis 1580, n’est toutefois pas formellement en guerre avec les Provinces-Unies. Dans ce contexte, la capture d’un navire portugais pouvait soulever des difficultés juridiques, la saisie d’un bâtiment neutre étant susceptible d’être assimilée à un acte de piraterie ou à une provocation de guerre.
En 1603, le capitaine Jacob van Heemskerk, au service de la Compagnie unie d’Amsterdam — intégrée en 1602 à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales — s’empara de la caraque portugaise Santa Catarina au large de Singapour. Bien que cette prise fût d’une valeur considérable et largement acceptée par les actionnaires, sa légalité au regard du droit néerlandais demeurait contestée, et le Portugal en exigea la restitution. L’affaire donna lieu à des débats juridiques et à une controverse publique d’envergure internationale.
C’est dans ce contexte que les dirigeants de la Compagnie confièrent à Grotius la rédaction d’une défense juridique de la saisie. Entre 1604 et 1605, celui-ci rédigea un vaste traité demeuré inédit de son vivant, connu sous le titre De Indis ou De iure praedae (« Du droit de prise »), dans lequel il fondait son raisonnement sur les principes du droit naturel et de la justice de la guerre.
Un chapitre de ce traité fut publié anonymement en 1609 sous le titre Mare liberum (« La mer libre »). Grotius y soutenait que la mer, par nature, ne pouvait faire l’objet d’une appropriation exclusive et devait rester ouverte à la navigation et au commerce de toutes les nations. Cette argumentation visait principalement à contester les prétentions portugaises à un contrôle exclusif des routes maritimes et du commerce en Asie, fondées sur la doctrine du mare clausum.