Ce Jour-là

Hubert Beuve-Méry

Journaliste français

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Hubert Beuve-Méry, né le 5 janvier 1902 à Paris et mort le 6 août 1989 à Fontainebleau (Seine-et-Marne), est un professeur et journaliste français, fondateur du quotidien de référence Le Monde et du mensuel Le Monde diplomatique.

Hubert Beuve-Méry naît le 5 janvier 1902 dans le 5e arrondissement de Paris.

Son père, Hubert Beuve-Méry, né en 1870 à Pontivy (Morbihan), mort en 1908 à Paris (10e arrondissement) à l'hôpital Lariboisière, est horloger. Il épouse, en 1900, dans le 15e arrondissement, Joséphine Tanguy, née en 1876 à Quintin (Côtes-du-Nord), morte en 1944 à Mortagne-au-Perche (Orne), couturière.

Peu après sa naissance, ses parents se séparent. Le jeune Hubert ne rencontrera son père qu’une seule fois, à l’âge de six ans, lorsqu’il le voit sur une dalle de l’amphithéâtre de l’hôpital Lariboisière.

Hubert Beuve-Méry est élevé par sa mère et par sa grand-mère maternelle, Olive Tanguy (1841-1911), qui avait été cuisinière intendante de l’archiprêtre de Notre-Dame. La famille vit dans une grande pauvreté, résidant rue Chanoinesse à Paris. La mort de sa grand-mère en 1911 aggrave encore leur situation financière. Malgré ces difficultés, la famille bénéficie du soutien des gens d'église et notamment de la prieure des Augustines de l’hôpital de Bon Secours, qui leur permet d’obtenir un logement dans l'une des premières maisons ouvrières du treizième arrondissement de Paris.

En raison de sa santé fragile, Hubert Beuve-Méry est envoyé en Auvergne par le frère Firmin. Il y réussit brillamment au certificat d'agriculture et à la première partie du baccalauréat. De retour à Paris, il travaille d'abord comme livreur pour aider financièrement sa mère. En 1920, il devient employé aux écritures pour la compagnie des chemins de fer PLM à la gare de Lyon, puis employé d’assurance en 1921. En 1922, il obtient la seconde partie de son baccalauréat et commence des études de lettres et de droit, dont il devient licencié en 1925.

Hubert Beuve-Méry entame sa carrière de journaliste pour financer ses études en écrivant pour Les Nouvelles Religieuses, un journal catholique conservateur fondé en 1912 par le père Marie-Albert Janvier. En 1926, il intègre l’École d’officier de réserve à Saint-Cyr et effectue son service militaire en Allemagne. À son retour à Paris, il retrouve sa place au journal et soutient en 1928 une thèse de doctorat en droit intitulée La théorie des pouvoirs publics d'après Francisco de Vitoria et ses rapports avec le droit contemporain,. La même année, il épouse Geneviève Deloye (1903-1997), camarade de doctorat, dont il admire la discrétion et le dévouement. Le couple aura cinq enfants : une fille, Anne-Marie, et quatre garçons, Jean-Jacques, Paul, André et Pierre-Henry.

Un professeur journaliste à Prague

En 1928, il est nommé professeur de droit international et directeur de la section juridique et économique à l'Institut français de Prague. Il devient également conseiller technique au ministère des Affaires étrangères de la première République tchécoslovaque. Grâce au prestige dont jouit alors la France, il est introduit dans les cercles politiques et diplomatiques de la capitale.

Il rencontre régulièrement Édouard Benès, ministre des Affaires étrangères de 1918 à 1935 puis président de la République tchécoslovaque. Benès sollicite Beuve-Méry pour l’aider à mettre au point en français ses discours destinés à la Société des Nations ou à d’autres instances internationales. Beuve-Méry est également en contact avec Milan Hodža, chef du Parti agrarien slovaque et président du Conseil à partir de 1935, ainsi qu’avec Camille Krofta, successeur de Benès au ministère des Affaires étrangères en 1935. Ces relations régulières permettent à Beuve-Méry d’observer de près les débats stratégiques de la diplomatie tchécoslovaque et de mesurer la place du pays dans les équilibres européens.

Parallèlement à ses fonctions universitaires, il est correspondant de presse pour plusieurs quotidiens français : Le Matin, Le Journal, Le Petit Journal et, à partir de 1935, Le Temps, considéré comme le journal officieux du Quai d’Orsay. Ses enquêtes l’amènent à constater les compromissions et la vénalité d’une partie de la presse française, notamment lors de l’assassinat du président Paul Doumer en 1932, quand ses révélations sur l’assassin Paul Gorguloff furent déformées par Le Matin. Indigné, il démissionne du journal et prend conscience des pratiques douteuses de la presse parisienne.

À Prague, Beuve-Méry suit avec lucidité la montée du nazisme. Dès 1935, il alerte sur le fait que l’Allemagne hitlérienne « se prépare ouvertement à une guerre d’agression ». L’Anschluss de mars 1938 confirme ses craintes. À la fin de septembre 1938, il accompagne la délégation tchécoslovaque à la conférence de Munich, dont il rapporte la tension et la désillusion. Sollicité par Édouard Daladier et Georges Bonnet, il rédige alors un rapport confidentiel sur l’état d’esprit de la population tchécoslovaque et ses capacités de résistance. Dans le même temps, il dirige une émission radiophonique bilingue, La Voix de la France, destinée à soutenir le moral des habitants.

C’est à la lecture d’un article de Joseph Barthélemy, professeur de droit constitutionnel et chroniqueur au Temps, qui justifiait les accords de Munich, que Beuve-Méry décide de rompre avec le quotidien. Estimant cette position incompatible avec ses convictions et une compromission face à Hitler, il démissionne du journal en octobre 1938 pour protester contre l'abandon de la Tchécoslovaquie. La même année, il publie Vers la plus grande Allemagne, ouvrage qui analyse la politique expansionniste du Reich et dénonce l’idéologie nazie. Il assiste enfin, en mars 1939, à l’entrée des troupes allemandes à Prague et à l’occupation, événement qui confirme ses analyses et précipite son départ définitif de Tchécoslovaquie.

Mobilisé comme lieutenant, il est d’abord affecté à Metz, puis chargé d’une compagnie de territoriaux sur la frontière est, expérience qu’il décrit comme représentative de la « drôle de guerre ». Muté ensuite au Bureau central de renseignement (BCR) de Nancy, puis à Montpellier, il participe brièvement à l’organisation d’une unité de volontaires tchèques et slovaques réfugiés en France, avant de faciliter leur dispersion et leur exfiltration à l’approche des troupes allemandes.

Démobilisé à l’été 1940, il se replie à Lyon, capitale de la zone non occupée, où il retrouve Emmanuel Mounier et François de Menthon. Il diffuse des tracts lithographiés intitulés Poignées de vérités et collabore à la revue Esprit ainsi qu’à l’hebdomadaire Temps présent, rapidement interdits. Sous le pseudonyme Sirius, il signe aussi des éditoriaux de politique étrangère dans Temps nouveau.

Nommé par le Quai d’Orsay à l’Institut français de Lisbonne, il effectue en 1941 une tournée de conférences à Lisbonne, Coimbra et Porto, où il enseigne le droit international et observe la dictature salazariste. Il choisit cependant de revenir en France plutôt que de rejoindre Londres, estimant qu’il n’y aurait pas de rôle militaire à y jouer et invoquant aussi ses responsabilités familiales. Ce choix lui sera plus tard reproché par Charles de Gaulle, qui lui lance : « Vous n'êtes pas des miens »

À l’automne 1941, invité par Emmanuel Mounier et l’abbé de Naurois, il intervient à l’École des cadres d’Uriage, fondée par Pierre Dunoyer de Segonzac sous l’autorité de Vichy mais rapidement devenue un centre de réflexion indépendant. Convaincu par l’esprit de discipline collective et de formation civique qui y régnait, il accepte de rejoindre l’établissement comme directeur des études. Beuve-Méry considère Uriage comme une « école de caractère » et une forme de résistance intellectuelle, destinée à former une élite morale et politique pour la Libération.

À Uriage, il encourage le débat intellectuel et la liberté d’expression : l’école accueille des jeunes de toutes sensibilités – gaullistes, chrétiens sociaux, socialistes. L’établissement, soutenu un temps par le régime, est de plus en plus critiqué et finalement fermé par Pierre Laval en décembre 1942. Dès janvier 1943, les bâtiments accueillent une école de la Milice fondée par Joseph Darnand.

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