Hocine Aït Ahmed (en kabyle : Ḥusin At Ḥmed, en tifinagh : ⵃⵓⵙⵉⵏ ⴰⵜ ⵃⵎⴻⴷ, en arabe : حسين آيت أحمد), né le 20 août 1926 à Aït Yahia (Ain-El-Hammam), dans l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou, en Algérie, et mort le 23 décembre 2015 à Lausanne, en Suisse, est un homme politique algérien.
Il était issu d'une famille religieuse, son grand-père, le cheikh Mohand El Hocine, était un marabout (un saint soufi) de l'ordre soufi Rahmania. Hocine Aït Ahmed est descendant des oulémas qui s'étaient installés dans la région pour enseigner l'islam aux Berbères et leur apprendre le saint Coran. À l'âge de quatre ans, il entra à l'école coranique (kuttab) de sa ville natale pour mémoriser le saint Coran
Dès l'âge de 16 ans, il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), dont il devint rapidement un des dirigeants les plus en vue. Membre fondateur de l'Organisation spéciale, qu'il pensa et dont il prit la direction à la mort de Mohamed Belouizdad. C'est à ce titre qu'il présente au Comité Central du parti réuni à Zeddine le rapport du même nom, où il démontra l'inéluctabilité de la lutte armée et définit les meilleurs moyens pour la réussite de celle-ci. Exilé au Caire, il fait partie des 9 dirigeants du Front de libération nationale historique dont il sera le fer de lance de la diplomatie durant toutes les années de lutte pour l'indépendance. Hocine Aït Ahmed démissionne du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et de tous les organes du nouveau pouvoir au lendemain de l'indépendance lors de la crise dite de l'été 1962, mais garde son mandat de député à l'Assemblée constituante où il mène un travail acharné pour le pluralisme et la démocratie. Mis en minorité, il crée en septembre 1963, le Front des forces socialistes (FFS), qui réclame le pluralisme politique face au verrouillage de la vie politique imposé par le système du Parti unique.
À la suite de la rébellion du Front des forces socialistes, il est arrêté et condamné à mort en 1964, il s'évade de la prison d'El-Harrach le 1er mai 1966. Exilé en Suisse, il ne retourne en Algérie qu'après les émeutes de 1988 mais quitte de nouveau son pays après l'assassinat du président Mohamed Boudiaf, en 1992.
Il revint par la suite à plusieurs reprises en Algérie, notamment à l'occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération (1er novembre 1954), et lança plusieurs initiatives politiques de sortie de crise qui seront rejetées ou simplement ignorées par le pouvoir en place.
Premier engagement politique et début de la lutte armée
À 16 ans, encore lycéen, il adhère au Parti du peuple algérien.
A 22 ans, Il prend l’initiative de rédiger et de présenter au Comité central élargi du PPA à Zeddine en décembre 1948, un rapport politique et éthique décisif sur les formes et la stratégie de la lutte pour l’indépendance. Il dévoilera par la suite son contenu à l’État-major. Désigné par le comité central du PPA au Bureau politique, il se voit confier la direction de l'Organisation spéciale (OS) en remplacement de Mohamed Belouizdad, atteint de tuberculose.
Durant deux ans, il met en place – à l’échelle nationale – les structures de formation politique et militaire pour mener à bien la guerre de libération.
C’est dans ce contexte qu’il organise le braquage de la poste d’Oran, qui permit, en mars 1949, de s’emparer d’une importante somme d’argent. Le caissier Gustave Barreau s'évanouit, mais le jeune aide Raphael Fabre résiste. Belhadj Bouchaïb, dit Si Ahmed, lui fracasse le crâne avec la crosse de son pistolet-mitrailleur Sten. Il devra subir une trépanation effectuée par le Dr Sicard et conservera des séquelles graves. Quant au Dr Moutier, séquestré dans une grotte de Gambetta pour voler sa Citroën, il sera assommé par Bouchaib, gratuitement, ligoté et frappé à coups de pied, avant de parvenir à se libérer lui même. C’est son confrère le Dr Bergalt qui pansa ses plaies. Il y eut donc effusion de sang, contrairement aux dires des acteurs.
Fin 1949, au prétexte d’un « complot berbériste », Hocine Ait Ahmed est écarté et remplacé par Ahmed Ben Bella à la tête de l’OS, dont il était le responsable en Oranie.
La découverte de l'organisation par les services de renseignement français précipite la dissolution de l'OS en mars 1950.
Tournée diplomatique pour une reconnaissance internationale
Le 1er mai 1952, Aït Ahmed s'installe au Caire en Égypte. Recherché par les autorités françaises, il est désigné membre de la délégation du PPA-MTLD, en exil au Caire. Aït Ahmed insiste sur l'importance de la diplomatie pour donner une visibilité politique au niveau international du « mouvement de libération ».
Il assiste à la première Conférence des partis socialistes asiatiques, réunie en janvier 1953 à Rangoun en Birmanie. L’une des premières résolutions adoptée par cette organisation d'inspiration marxiste consiste à soutenir la lutte de libération du Maghreb. La Conférence met en place un bureau anticolonial dont le rôle, notamment, est de suivre les luttes anticoloniales auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU).
Aït Ahmed se rend au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des comités de soutien à la cause de l'indépendance algérienne.
En avril 1955, il dirige la délégation algérienne à la conférence de Bandung. Les résolutions prises par cette conférence en faveur du droit à l’autodétermination et à l’indépendance des trois pays du Maghreb ont été préparées par les trois partis nationalistes (Tunisie, Maroc, Algérie) qui ont su mener une action commune sur la base d’un « Mémorandum maghrébin ».
En avril 1956, il ouvre et dirige le bureau de la délégation du Front de libération nationale (FLN) à New York. En septembre 1956, le problème algérien est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce qui provoque le retrait retentissant de la délégation française, présidée par le président du Conseil Antoine Pinay.