Augustus Charles Hobart, né le 1er avril 1822 et mort le 19 juin 1886, plus connu sous le nom de Hobart Pasha, est capitaine de la Royal Navy, forceur de blocus pendant la guerre de Sécession, et amiral de la marine ottomane.
Augustus Charles Hobart est né à Walton-on-the-Wolds, Leicestershire. Il était le 3e fils de Augustus Edward Hobart-Hampden, un pasteur qui devint 6e earl (comte) du Buckinghamshire à la mort de son frère ainé (1849). Il est élève de la public school (alors fameuse) du Dr Mayo, à Cheam (Surrey), mais, peu intéressé par les études, il abandonne l'école et entre en 1835 (à 13 ans) dans la Royal Navy.
Comme midshipman sur la Rover qui croise long des côtes du Brésil et chasse les navires négriers, le jeune Hobart s'endurcit pendant les huit années suivantes, et se signale par son courage. Il est sur le Dolphin au large de la Côte Sauvage, lors de la capture d'un négrier qu'il ramène comme prise dans le port de Démérara. En récompense de sa belle conduite, le jeune A.C. Hobart, qui a passé avec succès ses examens théoriques pendant ses permissions en Angleterre, est nommé à bord du yacht royal à vapeur Victoria and Albert, alors commandé par l'amiral Lord Adolphus FitzClarence, cousin de la reine Victoria.
En septembre 1845, cependant, il est en Mer Méditerranée sur le Rattler, puis sur le Bulldog, dont le capitaine le trouve « plein de zèle ».
Hobart est Ier lieutenant sur le HMS Bulldog lorsque débute la Guerre de Crimée. Le Bulldog est envoyé en Mer Baltique avec l'escadre franco-anglaise de Charles Napier (amiral) et Alexandre Ferdinand Parseval-Deschenes. Hobart est alors nommé capitaine du Driver, et se joint aux attaques franco-anglaises sur les forts de la côte finlandaise, en particulier la forteresse de Bomarsund dans les îles Åland. À Bomarsund, en août 1854, après un bombardement intense, les Alliés, qui comptent 20 000 marins et marines (troupes de l'infanterie de marine), débarquent 12 000 soldats sous les ordres du général Achille Baraguey d'Hilliers contre les 3 000 défenseurs finlandais. Les Alliés auront 17 tués, contre 1 700 pertes chez les Finlandais, dont 300 prisonniers qui seront déportés dans une petite ville du sud de l'Angleterre, Lewes (East Sussex).
En 1855, Hobart sert sur le Duke of Wellington, le vaisseau-amiral de Richard Saunders Dundas, qui a remplacé Charles Napier (amiral) tombé en disgrâce pour avoir, entre autres, refusé de bombarder des forts russes trop bien défendus. Dundas, lui, bombarde (massivement et inutilement) la forteresse de Sveaborg, devant Helsinki, ainsi que Kronstadt (devant Saint-Pétersbourg).
Sa carrière, jusque là brillante, connait ensuite une phase de stagnation. En 1855, A.C. Hobart, qui a presque 20 ans de service en mer, est nommé dans les garde-côtes à Dingle (comté de Kerry), puis est commandant d’une vieille coque, le Hibernia, qui garde le port de La Valette (île de Malte) et fait office de receiving ship (foyer des marins).
Mais fin 1861, Hobart est à nouveau en service actif : il commande la canonnière Foxhound en Méditerranée.
En mars 1863, Hobart est enfin nommé post-captain et mis à la retraite en demi-solde.
Pendant la guerre de Sécession
Hobart, sous le nom de Captain Roberts, prend le commandement d’un vapeur de 233 tons, un forceur de blocus taillé pour la vitesse, le Don.
Le 7 août 1863 Charles Maxwell Allen, vice-consul US à Nassau (Bermudes) signale par dépêche au US Secretary of State William H. Seward que le Don est arrivé de Manchester avec, selon son capitaine « mille paires de corsets, 500 boites de pilules Cockles contre l'indigestion, et une quantité de brosses à dents ».
Le 14 janvier 1864 le même vice-consul signale encore à Washington le passage du « même vapeur Don, venant de Wilmington, et chargé de 561 balles de coton ».
Hobart compte ainsi douze voyages de la Grande-Bretagne à Wilmington, et retour. Il cède ensuite le Don à son second, Fred Cory, mais le vapeur est capturé le 4 mars 1864 par le USS Pequot de la flotte de blocus atlantique, alors qu’il tente d’entrer à Wilmington après son escale à Nassau (Bermudes).
Interrogé en janvier 1893 par le journal The New York Times, le capitaine Grosvenor Porter, ex-commandant du forceur de blocus Phantom, déclara avoir rencontré Hobart à Londres après la fin de la guerre de Sécession ; Hobart lui aurait dit alors qu’il « avait arrêté momentanément le commerce avec la Confédération car son identité était presque mise à jour ». Le fait est que le 13 juillet 1864 C.M. Allen, le vice-consul US à Nassau (un homme généralement bien informé), avertit William H. Seward que le Falcon, un steamer de la compagnie Alexander Collie, est arrivé à Nassau, et il ajoute : « son capitaine est une personne qui commandait auparavant le Don, et qui se faisait appeler Roberts. On dit que c’est un officier de la Royal Navy, d’une famille noble ; c’est un ami intime du gouverneur des Bermudes. En cas de capture, cherchera à se faire passer pour un simple matelot… ».
Le Falcon, un steamer à roues, très rapide, fait deux voyages sans encombre (il ramène une fois 1 140 balles de coton) mais lors de la 3e traversée une épidémie de fièvre jaune éclate à son bord, et il doit retourner à Halifax. Hobart, atteint lui aussi, abandonne le statut de contrebandier. D’ailleurs la guerre de Sécession prend bientôt fin.
Combien de voyages transatlantiques Hobart at-il effectué ? Il compte douze traversées dans son livre Sketches of my life, chapitre sous-titré Never caught (Jamais pris), alors que d’autres parlent de 18… Ce qui est certain, c’est qu’il fut à la fois le plus audacieux et le plus chanceux des forceurs de blocus : Grosvenor Porter, dans son interview au New York Times dit que « le bateau de Hobart, le Don, prenait des risques impressionnants, plus grands que ceux que les Anglais prenaient d’habitude. Il fonçait souvent en plein milieu d’une flotte ennemie, comme par jeu, et il s’en sortait habituellement sans problèmes. »
Dans le chapitre XVII (intitulé I enter the Turkish navy) de ses mémoires, A.C. Hobart définit ce qui, selon lui, motive un forceur de blocus et quel doit être son code de conduite (voir infra).