L'histoire de la Martinique commence dans sa protohistoire, de quelques millénaires, avec l'habitat intermittent de différents peuples amérindiens. Elle se poursuit avec la colonisation européenne, qui crée une rupture et entraîne la quasi-extermination des autochtones à la suite de l'installation des Français en 1635. À partir des années 1670, la déportation massive d'esclaves noirs africains bouleverse une nouvelle fois la composition de la population de l'île.
L'histoire de la Martinique est ensuite marquée par les guerres d’influence entre empires coloniaux européens, l’évolution des activités agricoles, les catastrophes naturelles, et une décolonisation par assimilation à la République française en tant que nouveau département.
Depuis 2015, la collectivité territoriale de Martinique est une collectivité territoriale unique, de 1 128 km2, avec une population en 2021 de 360 749 Martiniquais(es), parlant principalement français standard et/ou français martiniquais et/ou créole martiniquais. Elle est également une région ultrapériphérique de l'Union européenne.
Histoire précolombienne (avant 1500)
Éruption précolombienne de la montagne Pelée
Le peuplement de la Martinique est marquée par une rupture liée à l'éruption de la montagne Pelée en 295 apr. J.-C. qui aurait décimé, ou tout du moins forcé à l'exil, les populations de l'île.
Les populations Arawaks reviennent aux alentours de l’an 400, et ce serait vers 600 que les populations dites « caraïbes » seraient arrivées à leur tour dans l'île.
Ces populations plus récentes semblent s'installer, en revanche, préférentiellement dans la zone sud de la Martinique. Elles se rattachent à la culture suazoïde, du nom du site éponyme de Savane Suazey à la Grenade, et ont été pendant longtemps désignées sous l'appellation de « caraïbe ». Le site archéologique de la plage de l'Anse Trabaud, sur le littoral atlantique de la commune de Sainte-Anne, qui a été en partie fouillé par Louis Allaire, archéologue canadien, est un site de cette période finale, peut-être pratiquement contemporain de l'arrivée des premiers Européens aux Antilles. Le site de la plage de Dizac au Diamant est, quant à lui, daté du IXe siècle.
Ces populations ne sont pas des populations radicalement différentes des populations saladoïdes, comme on a souvent voulu le faire croire en suivant de trop près le témoignage de « chroniqueurs », premiers auteurs d'écrits sur les nouveaux territoires de l'Amérique. Ces chroniqueurs, souvent religieux, sont notre seule source écrite sur les premiers temps de la colonisation, les populations amérindiennes des Antilles ne possédant pas d'écriture.
Pour l'instant, on ne possède que peu de données sur les populations ayant occupé l'île entre le site de Vivé (vers 300) et l'occupation du Diamant (vers 800). La connaissance du néolithique antillais est encore très lacunaire, les études et les fouilles répondant aux critères modernes étant encore rares. Cependant, une thèse de doctorat a été soutenue en 2003 sur les premières occupations amérindiennes de la Martinique. Les tombes en conque de lambis dans les cimetières sont des témoignages amérindiens qui utilisaient la conque pour annoncer la mort.
Les petites Antilles auraient connu la présence de l'homme entre -10000 et -5000, mais il n'en existe aucune trace.[réf. nécessaire]. Les plus anciennes traces d'êtres humains des petites Antilles se trouvent sur le site de Norman Estate à Saint-Martin et sont datées d'entre 2400 et 1900 av. J.-C. Les premières traces de peuples autochtones d'Amérique (Amérindiens des Antilles) à la Martinique ont été archéologiquement attestées du Ier siècle.
Ces premiers habitants viennent d'Amazonie et sont de culture saladoïde, du nom du site éponyme vénézuélien de Saladero. Ils sont généralement qualifiés d'arawaks bien que ce terme imprécis désigne plus largement une famille linguistique à laquelle se rattachent de nombreuses populations amérindiennes d'Amazonie dont les populations Kali'na/Kalinago (Caraïbes : Karib).
Cette population produisant des céramiques extrêmement décorées a occupé surtout les contreforts de la Montagne Pelée. Ils pratiquaient l'agriculture, la pêche et la cueillette. Le site archéologique de Vivé, sur la commune du Lorrain, est caractéristique de cette première occupation de l'île. Ce site d'habitat sur le bord de mer a fait l'objet de fouilles entre 1996 et 2001. Il est également au cœur d'un projet de découverte et de recherche porté par la communauté des communes du Nord de Martinique.
Le niveau d'occupation saladoïde est scellé par une couche éruptive de la Montagne Pelée datée du IIIe siècle de l'ère chrétienne. La campagne de 1999 a fait apparaître une couche d'abandon en place recouverte par la cendre d'une éruption du volcan.
Premiers contacts avec les Européens (1500-1625)
On prête généralement la découverte de la Martinique par les Européens à Christophe Colomb lorsqu'il accoste sur le site de l'actuelle commune du Carbet le 15 juin 1502 au cours de son quatrième voyage vers les « Indes ». Néanmoins, c'est Alonso de Ojeda qui a découvert l'île en premier, sans y poser le pied, lors de son expédition de 1499-1500. Elle figure sur la carte établie par Juan de la Cosa en 1500 et on la retrouve ensuite sur la carte d'Alberto Cantino (1502) sous le nom de Ioüanacéra ou Joanacaera (formé du préfixe ioüana = iguane et du suffixe caéra = île) c'est-à-dire l'île aux iguanes.
Christophe Colomb avait entendu les Arawaks (Taïnos) parler de l'île lors de son passage à Hispaniola au cours de son deuxième voyage (ces propos sont rapportés par Pierre Martyr d’Anghiera). Pour les Amérindiens, l'île était peuplée exclusivement de femmes. Ils l'appelaient Matinino, nom que Colomb traduisit par isla de las mujeres , « l’île aux femmes » et non l'île aux fleurs ainsi que l'affirment l’Encyclopædia Universalis ou la Britannica. Comme Colomb avait, par décret, le monopole des découvertes des nouvelles Indes, il privilégia Matinino à Joanacaera.
Sur le planisphère de Johann Ruysch (vers 1507-1508) figure pour la première fois le nom de Matininia, que l’on retrouve sous la forme Matenino sur la carte anonyme (de 1519) de la bibliothèque de Wolfenbüttel. En France, la carte de Nicolas Desliens de 1541 porte Matinina. Outre ces noms adoptés par les cartographes, on trouve mentionnée, dans la cédule royale de 1511 « Real provision que los Indios Caribes se pueden tomar por esclavos », l’île de Matinino alors décrite comme habitée par les Kalinago.