L'histoire de La Valette, capitale de la République de Malte, commence avec l'arrivée des Hospitaliers dans l'archipel maltais en 1530. La création d'une fortification sur la péninsule de Xiberras est pratiquement aussitôt envisagée par les grands maîtres de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte. Un certain nombre de projets sont conçus mais seule la construction du fort Saint-Elme est réalisée avant l'attaque ottomane de 1565.
Après le grand Siège de Malte les fonds affluent des cours chrétiennes européennes et les Hospitaliers vont faire construire une nouvelle ville fortifiée qui prendra le nom de son initiateur Jean de Valette.
Embellie et développée au fil des siècles, La Valette est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité (liste de l'UNESCO) depuis 1980 et sera capitale européenne de la culture en 2018.
Au XVe siècle et au début du XVIe siècle, l'archipel maltais appartient au royaume de Sicile, qui relève de la couronne d'Aragon, dont Charles Quint en est roi à partir de 1516. Le représentant du roi de Sicile, nommé « Capitan de Malte », réside à Medina, au centre de l'île, où se trouve l'Università, le pouvoir municipal, tandis que le « Castellan » réside au Castrum maris à Borgo le port. Borgo et Medina sont alors les deux principaux villages de l'île de Malte.
En 1530, Charles Quint cède la souveraineté sur l'archipel à l'ordre des Hospitaliers, chassé de Rhodes par la conquête ottomane en 1522. Les Hospitaliers s’installent à Borgo, site portuaire et seul lieu fortifié de l'île, le castrum de Medina ayant été détruit comme symbole du pouvoir royal oppressif.
Le grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est « prince de Malte » et les Hospitaliers, désormais « chevaliers de Malte », renforcent ensuite la défense du port en fortifiant la péninsule de Xiberras, qui fait face à Borgo. En 1552, le grand maître hospitalier Juan de Homedes fait construire à l’extrémité de la péninsule, le fort Saint-Elme à la place d'une ancienne tour de guet dédiée à Érasme de Formia (saint Elme), patron des marins.
Peu après son élection comme grand maître en 1557, Jean de Valette reprend l'idée de son prédécesseur Claude de La Sengle : la construction d'un ensemble fortifié sur la presqu'île, à la suite du fort Saint-Elme. Il demande à Marc Antonio Quinsani da Montalcino, d'établir les plans. Devant le refus de Quinsani, le duc d'Urbino envoie l'ingénieur militaire Bartolomeo Genga en 1558 mais celui-ci décède rapidement. Le projet, repris en 1562 par Baldassarre Lanci, est stoppé par l'attaque ottomane de 1565.
Après le Grand Siège de Malte qui a démontré l'importance stratégique de la presqu'île de Xibberas, le grand maître vainqueur des Ottomans, Jean de Valette, décide de la construction d'une puissante fortification en même temps qu'il faille relever les ruines du fort Saint-Elme.
Le projet de Francesco Laparelli
Après la victoire des Hospitaliers, leur défense héroïque leur ouvre la reconnaissance et un afflux de subsides de toutes les cours d'Europe. Les travaux de construction sont financés par le pape Pie IV et les princes chrétiens, les finances des Hospitaliers étant au plus bas. Le pape envoie à Malte un célèbre ingénieur militaire, ancien collaborateur de Michel-Ange, Francesco Laparelli, secondé par Gabrio Serbelloni, l'architecte du roi Philippe II d'Espagne et un architecte maltais Ġlormu Cassar. Laparelli est le concepteur du plan et des fortifications. Il fait par trois fois évoluer ses plans, passant d'une citadelle renfermant aussi le Collechio, quartier réservé aux chevaliers à l'écart de la population comme à Rhodes, à une fortification pouvant abriter la population, pour finir en ville fortifiée. La construction de la nouvelle ville commence le 28 mars 1566 par la pose de la première pierre de l'église Notre-Dame-de-la-Victoire par le grand maître et bénit par le prieur conventuel.
À partir du fort Saint-Elme, Laparelli entoure la colline d'une puissante fortification, fait creuser un profond fossé sec réunissant la baie de Marsamxett et celle de Grand Harbour, les pierres extraites servant à la construction des murailles.
Il était aussi prévu de niveler la colline, mais la menace d'une nouvelle invasion ottomane stoppe ce projet de sorte que les neuf rues tracées dans la longueur et les douze rues perpendiculaires suivent le dénivelé du terrain, imposant souvent la présence d'escaliers. Pour faciliter la circulation des troupes et des canons d'un bastion à un autre, la fortification est doublée d'une circulation interne. Compte tenu de la menace ottomane, le pape autorise le travail les jours fériés, le vice-roi de Sicile renvoie à Malte tous les maltais sans charge de famille ; au total plus de 8 000 personnes, y compris les nombreux prisonniers turcs, travaillent sur le chantier à la fin de 1566.
Laparelli avait aussi prévu un port pour les galères à l'intérieur des fortifications, le Manderragio. Les pierres produites par le creusement de ce port devaient servir à la construction des habitations, mais elles se révèlent inutilisables et ce projet est également abandonné.
Jean de Valette ne verra pas la fin des travaux, il décède le 21 août 1568 à l'âge de 74 ans. Son successeur Pietro del Monte reprend à son compte le projet de Laparelli demandant l'ouverture d'une deuxième porte dans les fortifications, la porta maritima permettant un accès direct depuis Birgu. Fin 1568, les fortifications sont terminées avec la douve sèche et les deux cavaliers encadrant la porte de la ville, toutes les rues sont tracées, le terrain est loti en parcelles vendues deux tarins la canne carrée, vingt-six citernes et neuf greniers à blé creusés dans les fonds.
En 1569, Laparelli, rappelé par le pape, quitte Malte en laissant la responsabilité des travaux à Cassar.
Les règlements d'urbanisme du grand maître Del Monte
En 1569, Del Monte voulant accélérer le lotissement de la ville fait paraître un premier règlement d'urbanisme :
Tout acquéreur d'un terrain doit commencer de le construire sous six mois et terminer la construction dans l'année au risque de perdre le bénéfice de la vente ;