Hippolyte (vers 170 – 235), connu sous le nom d'Hippolyte de Rome, est un prêtre de l'Église de Rome, d'expression grecque, mort martyr avec le pape Pontien en Sardaigne sous l'empereur romain Maximin Ier le Thrace, et honoré avec lui comme martyr par l'Église catholique et par les Églises orientales. Sa fête est célébrée à Rome le 13 août depuis le temps de l'empereur Constantin.
Les œuvres attribuées au martyr qui a fait l'objet d'un culte à Rome sont une théorie du comput pascal et une brève chronique dont les titres sont gravés sur la statue d'Hippolyte retrouvée en 1551. Cependant, l'analyse archéologique du monument remet en question le peu de certitudes de l'histoire au sujet de ce personnage : la statue se révèle être composite et le lieu de sa découverte est mis en doute, de sorte que sa valeur documentaire est incertaine.
Hippolyte est identifié par beaucoup avec l'auteur de l'œuvre appelée Philosophoumena ou Réfutation de toutes les hérésies, fondateur d'une secte schismatique au temps du pape Calixte Ier puis rallié à l'orthodoxie sous l'un de ses successeurs, Urbain ou Pontien, peut-être à la suite de leur exil commun en Sardaigne. Le livre 9 de ce traité contient en effet des attaques très vives contre le pape Calixte qu'il traite d'hérétique et d'imposteur de façon appuyée. On s'accorde aujourd'hui à penser que l'auteur de cette oeuvre appartenait à la colonie des Grecs ou d'Orientaux hellénisés qui ont joué longtemps un rôle prédominant à Rome. Il s'exprime au moment où le latin remplace le grec comme langue officielle ou plutôt dominante de la communauté chrétienne de Rome.
Selon la doxa historiographique ecclésiastique, Hippolyte de Rome serait l'écrivain chrétien le plus prestigieux de son temps, en tout cas dans la partie occidentale de l'Empire romain. Selon un historiographe byzantin du IXe siècle, Photios Ier de Constantinople, Hippolyte, auteur d'un traité contre les hérésies, serait un Grec, originaire d'Alexandrie, et ancien élève d'Irénée de Lyon. Ce témoignage, pollué par les confusions anciennes aujourd'hui mises à jour, n'est plus reçu comme crédible. Il s'explique en partie par le fait qu'Irénée est lui aussi l'auteur d'un traité analytique des hérésies, l'Adversus Hereses. L'auteur du Philosophoumena accepte mal la qualité qu'il estime médiocre des deux papes (évêques) précédents, Zéphyrin et surtout Calixte Ier.
S'il se contente de critiquer Zéphyrin, il s'oppose avec force au pape Calixte Ier, qu'il accuse d'introduire de nouvelles coutumes dans l'Église. Il rejette totalement la volonté de Calixte d'autoriser les unions entre esclaves et patricien(ne)s. Il s'agit pour lui d'un concubinage pur et simple, totalement inadmissible.
Il est plausible que ce conflit soit aussi un conflit de « castes », entre un pape d'origine modeste (ancien esclave et affranchi) et un Hippolyte de plus noble lignée et imbu de sa supériorité intellectuelle. Il veut aussi garder le grec de la koinè, langue commune à Rome jusqu'au IIIe siècle, alors que le latin est alors en passe de le supplanter à Rome.
Certains auteurs supposent, sans document à l'appui, qu'un groupe de ses partisans l'a élu évêque de Rome en 217, concurremment à Calixte Ier. Le Liber pontificalis qui évoque son martyre ne parle cependant de lui que comme d'un prêtre (presbyter), ce qui impliquerait soit que son ordination n'ait jamais été reconnue par l'église romaine, soit qu'on ait préféré la taire, soit qu'il n'ait jamais réussi à réunir des consécrateurs adhérant à ses thèses et que, bien qu'élu, il n'ait jamais été ordonné évêque. Le prologue du livre 1 des Philsophumena se présente effectivement comme le discours programmatique de quelqu'un qui annonce ce qu'il a l'intention d'entreprendre : « Nous qui sommes leurs successeurs (des apôtres), qui participons à la même grâce, à leur suprême pontificat et à leur magistère, nous qui sommes considérés comme les gardiens de l’Église, nous ne nous assoupirons pas. »
Le schisme se serait poursuivi sous les règnes d'Urbain Ier, puis de Pontien, mais on prétend[Qui ?] qu'il établit le comput de Pâques à la demande d'Urbain et de Pontien. Regrettant sa longue opposition à Calixte Ier, il se serait réconcilié avec le pape Pontien, exilé avec lui en Sardaigne vers 235, lors d'une nouvelle persécution déclenchée par l'empereur romain Maximin Ier le Thrace, au cours de laquelle il meurt peu après[pas clair], ainsi que Pontien. L'Église catholique le considère comme un martyr. Fabien, pape depuis 236, obtient des autorités que son corps et celui de Pontien soient rapportés à Rome. Tous deux sont inhumés le même jour, en signe de leur réconciliation, le 13 août 236, dans la « crypte des papes » des catacombes de Saint-Calixte.
Hippolyte a donc été présenté pour la première fois en 1853, dans le contexte polémique de l'ultramontanisme, comme le premier « antipape » de l'histoire par le théologien catholique allemand, bientôt excommunié, Ignaz von Döllinger, l'un des destinataires du Syllabus, au moment où il commence à s'opposer frontalement à Pie IX. La critique a aujourd'hui écarté l'idée qu'Hippolyte martyr soit l'auteur de la Réfutation des hérésies. Or c'est ce seul document qui justifiait qu'on considère son auteur comme le chef d'une communauté dissidente opposée aux évêques de Rome. Il n'y a donc plus de raison de le considérer comme évêque de Rome et moins encore de le qualifier d'antipape.
Au sujet d'Hippolyte, les historiens ont longtemps mélangé des traditions qui concernent des personnages historiques homonymes différents.
Des traditions, tardives et difficiles à conjuguer, réunissent sous la figure du même personnage des données disparates qui en ont fait tour à tour un prêtre martyr, un historien, un philosophe, un commentateur de la Bible, un théologien, un évêque de Rome, qualifié d'antipape depuis le milieu du XIXe siècle. Les martyrologes ont confondu plusieurs martyrs romains du nom d'Hippolyte.
La littérature ecclésiastique orientale de langue grecque, syriaque, arabe, arménienne, copte, éthiopienne et en slavon a conservé sous forme fragmentaire des commentaires bibliques et des compilations liturgiques attribuées à un certain Hippolyte qualifié soit de « martyr de Rome », soit d'« évêque de Rome martyr », mais tous les manuscrits de ces commentaires sont postérieurs au Xe siècle, pollués par le brouillard historiographique qui enveloppe le personnage romain, en partie ostracisé par la mémoire de son opposition à l'autorité légitime, et en partie oublié à la suite de la perte de mémoire collective qui a accompagné la latinisation de l'Église romaine au IIIe siècle.
La plus grande prudence s'impose donc. Le terrain est miné par les présupposés idéologiques et ecclésiologiques des historiens à chaque époque. Certains attribuent le silence et la confusion des sources au besoin de protéger les textes d'Hippolyte de la mise à l'écart et de l'opprobre associés à sa dissidence. Mais alors comment expliquer que la réconciliation finale supposée et l'auréole du martyre n'aient pas au contraire conduit à une réhabilitation au moins partielle ? L'épuration a pu intervenir de son vivant déjà entre son arrestation et sa mort en captivité. D'autres estiment que sa mémoire a été victime de la latinisation radicale de l'Église romaine au cours du IIIe siècle, cause de la perte et même de la destruction des archives antérieures à Constantin. On ne peut ici que renvoyer aux textes et à la bibliographie suscitée par chacun d'entre eux, en prenant garde de contextualiser chaque pièce du dossier et de classer les pièces de chaque dossier dans l'ordre chronologique.
Le consensus semblait néanmoins se faire, même avec les historiens partisans d'un Hippolyte unique (Marcel Richard, Victor Saxer) pour reconnaître que l'Hippolyte des commentaires exégétiques, en particulier de Daniel, du De Christo et Antichristo, du Traité sur la Pâque et de la Réfutation de toutes les hérésies, serait un évêque oriental, peut-être de Palestine, de la deuxième moitié du IIIe siècle, différent du martyr romain, dont les oeuvres correspondraient à celles qu'Eusèbe de Césarée attribue à celui qu'il appelle Hippolyte.