Saint Hilarian d'Espalion, né vers 760 à Lévinhac, hameau de la commune de Saint-Côme-d'Olt, près d'Espalion dans l'Aveyron en France, enterré à la chapelle de Perse, est un martyr chrétien. Il est fêté le 15 juin.
La légende le présente comme un enfant très pieux qui, après avoir été élevé au sacerdoce au palais de Charlemagne, roi des Francs, futur empereur, aurait renoncé aux honneurs pour revenir dans son pays natal. Ceci dans le but de desservir l'église de Perse et, ajoute la légende, par amour pour sa mère et pour son lieu d'origine. La légende dit encore qu'il aurait été le confesseur de Charlemagne. Mais un martyrologe gallican du XVIIe siècle en fait un missionnaire venu évangéliser les populations du Rouergue.
Lorsque la rive gauche du Lot fut envahie par les Sarrazins, il se rendait, comme il le faisait habituellement, de Lévinhac, lieu où habitait sa mère, à l'ancienne chapelle de Perse, pour dire la messe. Il traversait le Lot sur son manteau étendu sur l'eau en s'en servant comme d'une barque, notamment lorsque les eaux tumultueuses rendaient la traversée impossible. Une croix, portant le nom et la représentation du saint, marque l'emplacement où il abordait la rive.
Martyre et miracle de Fontsange
Selon la tradition, les Sarrazins s'emparèrent de lui alors qu'il officiait, le 15 juin 793, dans l'église de Perse, et lui tranchèrent la tête. La légende dit qu'il prit sa tête dans ses mains et, après l'avoir lavée à la source de la Fontsange (source sainte ou, selon l'abbé Servières, voir bibliographie, fontaine de sang), la rapporta à sa mère, selon la promesse qu'il lui avait faite d'agir ainsi s'il devait être décapité par ses adversaires. Cette source, qui a donné son nom au quartier de la ville actuelle d'Espalion qui a été construit à cet endroit, était réputée, selon la tradition et divers témoignages, pour son eau aux vertus miraculeuses ou, du moins, tout à fait remarquables. Ces vertus seraient dues au fait que la tête tranchée du saint aurait été lavée là.
Joseph Vaylet, dans un texte en occitan, Lou martire de Sant-Hilarian, donne une information supplémentaire : cette fontaine où le saint aurait subi son martyre était « la source sacrée des païens ».
Représentation traditionnelle du saint
Sur l'une des faces de la croix mentionnée plus haut, le saint est représenté de cette façon (tenant sa tête entre ses mains, et revêtu de ses habits sacerdotaux), ainsi que sur une statue du parvis de l'église paroissiale d'Espalion, et dans un tableau conservé au musée Vaylet (dans cette même ville). Une autre statue du même type se trouve sur le côté droit du maître-autel de cette église. Ainsi, Saint Hilarian fait-il partie des saints céphalophores (c'est-à-dire qui portent leur tête entre leurs mains après avoir été décapités, caractéristique de la vie de certains saints désignée sous le nom de céphalophorie).
Bases de l'histoire de saint Hilarian
Parallèlement à la tradition orale qui s'est perpétuée de génération en génération, au moins jusqu'au début du XXe siècle, et à l'iconographie (statues, bas-reliefs, vitraux, peintures), il semble que l'histoire du saint a été essentiellement connue à partir d'un ancien document manuscrit, un livre en parchemin appelé Office de saint Hilarian, daté entre les XIe et XVe siècles, dont l'original semble perdu, mais dont il aurait existé deux copies, l'une datant d'avant la Révolution, l'autre de juin 1860 (cette dernière ayant été, d'ailleurs, établie d'après la précédente), selon l'abbé Servières. Cet office est composé de textes relatifs à la vie du saint et d'hymnes liturgiques.
Après son martyre, saint Hilarian fut enterré à Perse où les premiers pèlerins de Compostelle viendront se recueillir sur ses reliques. L'église romane de Perse a été construite à l'emplacement d'une chapelle primitive, et a été placée sous son vocable, alors qu'à l'origine elle était dédiée à sainte Foy de Conques. Il semble que, jusqu'au XVIe siècle, on ne trouve pas d'évocation de ses reliques. Mais son culte était bien réel.
Au cours d'une cérémonie en 1524, l'évêque de Rodez, François d'Estaing, a procédé, dans l'église de Perse, à l'ouverture du tombeau et à l'exhumation des restes du martyr pour placer ses reliques dans une châsse considérée comme plus digne de les accueillir. (D'après le procès-verbal de la visite de l'évêque, retranscrit dans l'ouvrage du chanoine Servières).
La chapelle actuelle de saint Hilarian
Dans l'actuelle église paroissiale Saint Jean-Baptiste d'Espalion, datant de la fin du XIXe siècle, ses reliques, quelques restes osseux, sont conservées, depuis 1893, à l'intérieur d'une châsse, dans la chapelle qui lui est consacrée. Un vitrail de cette chapelle le représente en train de traverser le Lot sur son manteau, comme le rapporte sa légende. On peut aussi y voir un bronze de Denys Puech, représentant la décollation du martyr, et, sur le devant de l'autel, un bas-relief où l'on voit le saint remettant sa tête tranchée à sa mère.
D'autres lieux ayant possédé des reliques du saint
D'après des documents des Bollandistes et des procès-verbaux de visites épiscopales, d'autres églises de la région auraient possédé des reliques du saint : ancienne église paroissiale Saint-Jean-Baptiste d'Espalion (aujourd'hui musée Vaylet et musée du scaphandre), Flaujac, abbaye Notre-Dame de Bonneval, Thérondels.
La période révolutionnaire a été certainement néfaste pour les reliques du saint. En effet, celles-ci ont, semble-t-il, disparu ou ont été dispersées, sans que l'on puisse déterminer si elles ont été jetées, perdues ou cachées pour être préservées puis oubliées. Ce que l'on sait, en revanche, c'est que la châsse qui les contenait fut transportée à Saint-Geniez, chef-lieu du district révolutionnaire, pour être vendue. Cependant, il semble bien que quelques fragments ont été retrouvés, à plusieurs reprises, au XIXe siècle, et on pensa alors, grâce aux informations écrites qui les accompagnaient dans certains cas, qu'elles appartenaient à saint Hilarian. Ce sont ces fragments qui sont aujourd'hui conservés dans la châsse actuelle.
Une tradition remise en question