Joseph Hilaire Pierre René Belloc (né à La Celle-Saint-Cloud le 27 juillet 1870 et mort à Guildford le 16 juillet 1953) est un écrivain et historien anglo-français, naturalisé sujet britannique mais conservant sa nationalité française en 1902. Il est l'un des écrivains britanniques les plus prolifiques des années 1920. Il se consacra tout autant à la satire et la polémique qu'à la poésie et au roman. Il était en outre très engagé en politique et fut un militant catholique opiniâtre, aux côtés de G. K. Chesterton. D'abord président de l’Oxford Union Society, il fut ensuite député de Salford de 1906 à 1910. Représentant du catholicisme social, il proposa une alternative au socialisme dans son livre L'État servile.
Belloc est passé à la postérité pour ses écrits poétiques, notamment ses contes moraux et ses poèmes religieux. Les plus connus sont : Jim, who ran away from his nurse, and was eaten by a lion et Matilda, who told lies and was burnt to death.
Sa mère, Bessie Rayner Parkes (1829–1925), petite-fille du célèbre chimiste Joseph Priestley, était elle-même écrivain. Elle avait épousé en 1867 l'avocat français Louis-Marie Belloc, lui-même fils du peintre Jean-Hilaire Belloc et de Louise Swanton Belloc. Louis Belloc, ruiné par des spéculations boursières, mourut le 19 août 1872 en sa demeure de La Celle-Saint-Cloud, et sa jeune veuve emmena alors ses deux enfants, Hilaire et Marie-Adélaïde en Angleterre. Belloc, de père français et de mère anglaise, passa son enfance en Angleterre à Slindon, village dont il garde pendant toute sa vie la nostalgie : on en retrouve l'écho dans certains de ses poèmes, tels West Sussex Drinking Song, The South Country, et le plus mélancolique de tous, Ha'nacker Mill. Sa sœur, Marie Belloc Lowndes, devint romancière.
Après des études auprès de John Henry Newman chez les Oratoriens à Edgbaston, Birmingham, Belloc choisit d'effectuer son service militaire en France, et fut affecté au régiment d'artillerie de Toul en 1891. Il entreprit ensuite des études d'histoire à Balliol College (Oxford) et y obtint les premières places ; ce furent pour lui des années exaltantes, qu'il célèbrera là encore dans ses poèmes : « Balliol made me, Balliol fed me, / Whatever I had she gave me again ».
Doué d'une excellente constitution et d'une énergie peu commune, il pratiquait volontiers la marche, et s'y adonna toute sa vie que ce soit en Grande-Bretagne ou sur le continent. Pour rallier le domicile de sa future femme, l'Américaine Elodie Hogan, dont il avait fait connaissance en 1890, Belloc n'hésita pas à traverser à pied une bonne partie du Midwest pour rejoindre le nord de la Californie, payant les fermiers qui l'hébergeaient de croquis et de déclamation de ses propres poèmes. Il épousa finalement Elodie en 1896, et en 1906 acheta la propriété de King's Land à Shipley, dans le Sussex de l'ouest, où il passa l'essentiel du reste de sa vie. Elodie Hogan eut cinq enfants avant de mourir de la grippe en 1914. Belloc ne se remit jamais de cette disparition, et conserva intacte la chambre de son épouse.
Belloc, licencié ès arts de Balliol College (Oxford) en 1895, était un personnage de l'université, qui fut même élu président de cette sodalité vouée aux débats tous azimuts qu'on appelle l'Oxford Union Society. Amèrement déçu par le refus de sa candidature au grade de fellow de All Souls College (1895), il opta pourtant pour la nationalité britannique afin de se lancer dans la politique.
Entre 1906 et 1910, il siégea en tant que député libéral de Salford South. Au cours d'un discours de campagne, comme un homme l'interpelait et lui demandait de justifier qu'il n'était pas un « papiste », il se saisit du chapelet qu'il avait dans sa poche et répondit : « Cher Monsieur, je m'efforce d'aller à la messe chaque jour et de prier à genoux, et je prie avec ceci chaque soir ; si cela vous offense, alors je prie Dieu de m'épargner l'indignité de vous représenter à la Chambre. » Sur quoi la foule l'acclama et Belloc remporta le scrutin.
Son fils Louis, qui servait dans le Royal Flying Corps, fut tué en service commandé dans le nord de la France en 1918. Belloc fit placer un ex-voto dans la cathédrale de Cambrai, dans la chapelle latérale où se trouve la célèbre icône de Notre-Dame de Cambrai.
Dans les années 1930, il pratiquait la voile autant que ses moyens le lui permettaient et devint un yachtsman réputé, remportant plusieurs courses. On lui fit don d'un cotre, le Jersey, avec lequel, aidé de coéquipiers plus jeunes, il fit pendant plusieurs années le tour des côtes de l'Angleterre. L'un de ses compagnons, Dermod MacCarthy, a donné un récit de souvenirs de ces navigations : « Sailing with Mr Belloc ».
Belloc fut frappé d'une attaque cérébrale en 1941, dont il ne se remit jamais véritablement. À la suite d'une chute dans sa propriété de King's Land, il fut interné à l'hôpital de Guildford où il mourut le 16 juillet 1953. Il est inhumé dans le chœur de Notre-Dame de la Consolation de West Grinstead, dont il était un paroissien assidu. Dans son homélie, Mgr Ronald Knox dit de lui : « No man of his time fought so hard for the good things. »
Vivant essentiellement de sa plume, Belloc n'eut d'activité salariée que pendant la Grande Guerre, en tant que correspondant du journal Land and Water. Ses revenus furent toujours modestes.
Son activité de pamphlétaire connut son apogée, dans les années 1920, lorsqu'il publia une critique véhémente de l'essai historique de H. G. Wells intitulé Outline of History. Il reproche notamment à l'auteur son parti-pris athée et dénonce l’évolutionnisme et la théorie de la sélection naturelle, à ses yeux profondément discréditées. Wells se plaignit que « débattre avec M. Belloc revient à lutter contre une tempête. » La pointe critique de Belloc à propos de Outline of History est restée célèbre : il concède que le livre de Wells est « inspiré et fort bien écrit jusqu'à l'apparition de l'Homme, c'est-à-dire autour de la page sept. » Wells répliqua par une brève apostille intitulée « Les objections de M. Belloc » (Mr. Belloc Objects) ; à quoi Belloc, pour garder la main, répondit par un « M. Belloc persiste et signe » (Mr. Belloc still objects).
Le médiéviste britannique G. G. Coulton critiqua ses conceptions dans un article intitulé Mr. Belloc on Medieval History (1920). À l'issue d'une longue joute littéraire, Belloc publia à son tour un pamphlet, The Case of Dr. Coulton (1938).
Le style qu'adopta Belloc à l'âge mûr est conforme au surnom de « sacré tonnerre » (Old Thunder) qu'on lui donnait dans sa jeunesse. Son ami Arthur Stanley, lord Sheffield, rappelait son tempérament impétueux dans une préface qu'il composa pour « La Croisière de la Nona »
Dans un de ses romans de voyage, « Les Quatre Hommes » (The Four Men), Belloc paraît doter les principaux personnages de différentes facettes de sa personnalité. L'un d'eux improvise pour Noël une chanson à boire, dont voici un extrait :
'May all good fellows that here agree
Drink Audit Ale in heaven with me,
And may all my enemies go to hell!