Hergé (de son vrai nom Georges Remi), né le 22 mai 1907 à Etterbeek et mort le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert (aujourd'hui dans la Région de Bruxelles-Capitale), est un auteur de bande dessinée belge, principalement connu pour Les Aventures de Tintin, l'une des bandes dessinées européennes les plus populaires du XXe siècle.
Georges Remi se distingue très tôt de ses camarades par ses qualités de dessinateur. C'est dans une revue scoute Le boy-scout belge qu'il signe pour la première fois en 1924 sous le pseudonyme « Hergé », formé à partir des initiales « R » de son nom et « G » de son prénom. Quelques mois plus tard, il entre au quotidien Le Vingtième Siècle, dont le directeur l'abbé Norbert Wallez le charge en 1928 de concevoir un supplément hebdomadaire destiné à la jeunesse, Le Petit Vingtième. C'est dans ce périodique que débutent les aventures de Tintin au pays des Soviets le 10 janvier 1929, premier épisode de la série qui rencontre un grand succès et par laquelle Hergé devient rapidement l'homme providentiel de son journal. Il est l'un des premiers auteurs francophones à reprendre le style américain de la bande dessinée à phylactères.
Durant les années 1930, Hergé diversifie son activité artistique (illustrations de journaux, de romans, de cartes et de publicités), tout en poursuivant la bande dessinée. Il crée notamment Les Exploits de Quick et Flupke en 1930, diffusés sous la forme d'une planche de gag hebdomadaire dans Le Petit Vingtième, mais aussi Les Aventures de Jo, Zette et Jocko en 1935 pour le journal catholique français Cœurs vaillants. En 1934, le dessinateur rencontre Tchang Tchong-Jen, jeune étudiant chinois venu étudier à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, dont les conseils et l'amitié bouleversent la pensée et le style d'Hergé. Dès lors, il commence à se documenter sérieusement pour la conception de ses albums, ce qu'il ne faisait pas jusque-là, et crée Le Lotus bleu, considéré comme un album essentiel dans la carrière de l'auteur. Au fil des récits, son style s'affine, jetant les bases de ce qui est plus tard nommé la « ligne claire », de sorte qu'il est souvent considéré comme « le père de la bande dessinée européenne ».
La publication du Petit Vingtième est arrêtée lors de l'invasion de la Belgique en 1940, mais Hergé continue de développer ses créations dans Le Soir, alors contrôlé par l'occupant allemand. Dans le même temps, à la demande de son éditeur Casterman, il procède au remaniement et à la mise en couleurs des albums parus avant-guerre, un travail mené avec plusieurs assistants comme Edgar P. Jacobs. En acceptant de travailler pour le plus grand quotidien du pays par le tirage, Hergé assure le succès et la popularité des Aventures de Tintin, mais cela lui vaut d'être accusé de collaboration et d'être temporairement interdit de publication en 1944, à la Libération.
En 1946, il contribue au lancement du journal Tintin avec un ancien résistant devenu éditeur, Raymond Leblanc. Directeur artistique de cet hebdomadaire, dont le succès contribue à celui de la bande dessinée franco-belge, Hergé y impose son style, exerçant un certain regard critique envers les travaux de ses collègues, qui ne peuvent être diffusés dans le journal sans son accord. En 1950, il fonde les Studios Hergé, un atelier qui regroupe des artistes talentueux comme Bob de Moor, Jacques Martin et Roger Leloup, chargés de l'assister dans la réalisation de ses travaux. Pour autant, la décennie 1950 est marquée pour Hergé par une véritable crise personnelle, entamée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. En proie à de violentes dépressions, l'auteur interrompt plusieurs fois ses publications. En 1959, il quitte sa première femme Germaine pour s'installer avec sa jeune coloriste Fanny Vlamynck et entame une nouvelle vie.
Si le rythme de création des Aventures de Tintin ralentit dans les années 1960 et 1970, sa renommée est croissante et le héros devient une véritable icône internationale. Tout en se détachant peu à peu de son personnage, Hergé assouvit certaines de ses passions, notamment pour l'art contemporain et les philosophies orientales. Il meurt d'une grave maladie du sang en 1983, après avoir affirmé sa volonté que ses héros ne lui survivent pas. Depuis sa mort, le succès de Tintin ne se dément pas : le héros et son créateur font l'objet de nombreuses adaptations, publications ou rétrospectives, et certains dessins originaux d'Hergé atteignent des sommes records lors de ventes aux enchères, cependant ses ayant droit surveillent étroitement son héritage. Le musée Hergé, qui lui est entièrement consacré, est inauguré en 2009 à Louvain-la-Neuve.
Jeunesse bruxelloise (1907-1925)
Naissance et origines familiales
Georges Prosper Remi naît au no 25 de la rue Cranz à Etterbeek, commune de l'agglomération bruxelloise, le 22 mai 1907 à 7 h 30. Ses parents appartiennent à la classe moyenne bruxelloise : Alexis Remi (1882-1970) est employé dans la maison de confection pour enfants Van Roye-Waucquez à Saint-Gilles et Élisabeth Dufour (1882-1946), ancienne couturière, est sans profession au moment de sa naissance.
L'enfant est baptisé quelques semaines plus tard, le 9 juin, à l'église paroissiale de la commune. Sa marraine est sa propre grand-mère maternelle, Antoinette Roch.
L'origine d'Alexis Remi est mystérieuse. Le 1er octobre 1882, sa mère Léonie Dewigne, âgée de 22 ans, donne naissance à des jumeaux, Alexis et Léon, nés de père inconnu. D'après les recherches de Philippe Goddin, ce pourrait être Alexis Coismans, un ébéniste bruxellois qui refuse d'en endosser la paternité. Goddin s'appuie notamment sur le fait que Coismans se présente à la maison communale d'Anderlecht pour déclarer la naissance des enfants et que l'un des jumeaux porte le même prénom que lui. Mais Léonie Dewigne travaillant comme domestique auprès de la comtesse Hélène Errembault de Dudzeele dans sa propriété de Chaumont-Gistoux, dans le Brabant wallon, puis à Bruxelles, certains attribuent la paternité des jumeaux à un personnage illustre, qu'il s'agisse du comte Gaston Errembault de Dudzeele, diplomate de carrière, ou encore du roi Léopold II, qui venait parfois à Chaumont-Gistoux. De fait, la comtesse porte une certaine attention aux enfants de Léonie, leur offrant des vêtements ou finançant leur inscription à l'école jusqu'à l'âge de 14 ans.
En 1893, Léonie Dewigne épouse son voisin Philippe Remi, ouvrier dans une imprimerie. Celui-ci reconnaît aussitôt Alexis et Léon qui portent désormais son nom de famille. Après la mort de Léonie en 1901, les liens de la famille avec Philippe Remi se distendent, bien qu'il signe l'acte de mariage des parents d'Hergé ; aussi, celui-ci ne l'a jamais rencontré. L'identité de son véritable grand-père demeure donc une énigme et la possibilité d'une ascendance illustre laisse penser au psychanalyste Serge Tisseron que le poids de ce secret de famille influence l'ensemble de son œuvre.
Quant à Élisabeth Dufour, d'origine flamande, elle est née dans le quartier des Marolles à Bruxelles, ce qui fait dire plus tard à Georges Remi, son père étant wallon : « Je suis un Belge synthétique ». Après la naissance de Georges, sa famille ne cesse de déménager. Le 26 juin 1908, ils s'installent au no 34 de la rue de Theux à Etterbeek, chez les parents d'Élisabeth, Joseph Dufour (1853-1914), ancien plombier, et Antoinette Roch (1854-1935). De santé fragile, la jeune mère est victime d'une rechute de pleurésie durant l'hiver 1909-1910. Bien que souvent absent pour des raisons professionnelles qui l'amènent à voyager en France et en Italie, Alexis Remi est très affectueux et protecteur envers son épouse.
Une friction familiale conduit le couple à s'installer le 12 janvier 1912 au no 57 de l'avenue Jules Malou, dans la même commune, mais le loyer trop élevé les oblige à revenir rue de Theux, cette fois au no 91, pour la naissance de leur deuxième enfant, Paul Léon Constant Remi, le 26 mars 1912.
Enfance, entrée à l'école et occupation de la Belgique (1907-1918)
De son enfance, Hergé semble garder un souvenir terne :