Herbert von Karajan (/ˈhɛɐbɛɐt fɔn ˈkaʁaˌjan/ ), né le 5 avril 1908 à Salzbourg et mort le 16 juillet 1989 à Anif, près de Salzbourg, est un chef d'orchestre autrichien.
Il dirige notamment l'Orchestre philharmonique de Berlin de 1954 à 1989. Il est spécialiste du répertoire austro-allemand et d'Europe centrale de Bach à Bartók ainsi que de l'opéra italien. Il laisse près de six cents enregistrements chez Deutsche Grammophon, EMI et Decca, ce qui fait de lui le chef le plus enregistré du XXe siècle.
Son nom de naissance est Heribert, Ritter von Karajan (chevalier de Karajan). Karajan est né dans une famille de Salzbourg dont la lignée paternelle est originaire de Grèce : son arrière-arrière-grand-père, l'Aroumain Geòrgios Johannes Karajànnis, né à Kozani en 1743, part pour Vienne en 1767 puis pour Chemnitz en Saxe. Ce dernier et son fils sont anoblis par l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste III, le 1er juin 1792, en reconnaissance de leur contribution au développement de l'industrie textile saxonne ; Karajànnis devient Karajan, auquel est ajoutée la particule von, marque de l'appartenance de la famille à la noblesse autrichienne. Herbert est le second fils d'Ernst, chirurgien et directeur du principal hôpital de Salzbourg, et de Martha Cosmac, issue d'une famille de notables de la région de Graz.
Son père, qui est clarinettiste au Mozarteum de Salzbourg, initie tôt ses enfants à la musique. Son frère aîné Wolfgang se révèle peu doué pour le piano mais Herbert, caché sous l'instrument, profite des leçons laborieuses de Wolfgang, avant même de recevoir des leçons et de devenir un interprète doué. De 1916 à 1926, il étudie au Mozarteum de Salzbourg. Le directeur du conservatoire local, Bernhard Paumgartner, le prend sous son aile et devient son mentor, lui conseillant de se concentrer sur la composition et la direction d'orchestre, cette conversion étant favorisée par une tendinite chronique qui affecte les doigts d'Herbert.
Il poursuit ses études musicales à l'Académie de musique de Vienne auprès du professeur Franz Schalk.
Herbert von Karajan fait ses débuts officiels de chef d'orchestre en 1929 en dirigeant Salomé de Richard Strauss à Salzbourg et devient, jusqu'en 1934, premier maître de chapelle de l'Opéra d'État d'Ulm. En 1933, il fait ses débuts au Festival de Salzbourg en dirigeant La Nuit de Walpurgis de Mendelssohn dans une production du Faust de Goethe par le metteur en scène Max Reinhardt. La même année, il présente à Salzbourg une première demande d'adhésion au Parti nazi, qui n'aboutit pas à cause des restrictions décidées au sein du parti nazi après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler ; mais il y adhère finalement deux ans plus tard, en mars 1935, notamment dans le but d'obtenir le poste ardemment convoité de chef de l'orchestre symphonique du théâtre d'Aix-la-Chapelle. Si, dans sa jeunesse, Karajan avait exprimé des sympathies vis-à-vis de l'extrême droite, pour autant il justifia son adhésion au parti nazi comme une nécessité pour mener sa carrière.
En 1935, il est le plus jeune directeur musical (Generalmusikdirektor) allemand et est invité à diriger à Stockholm, Bruxelles et Amsterdam. En 1937, il fait ses débuts à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin et de l'Opéra national dans Fidelio.
En 1938, il obtient son premier grand succès à Berlin en dirigeant Tristan et Isolde ; un critique berlinois titre alors son article « Das Wunder Karajan » (« Le miracle Karajan »). Il devient alors un pion utilisé contre Wilhelm Furtwängler dans la guerre culturelle interne qui oppose Joseph Goebbels à Hermann Göring pour le contrôle du monde musical allemand, Goebbels soutenant l'Orchestre philharmonique de Berlin et Goering l'Opéra national. Le 26 juillet 1938 il épouse la chanteuse d'opérette Elmy Holgerloef. Ils divorcent en 1942, Herbert se remariant le 22 octobre de la même année avec la jeune héritière d'une grande dynastie d'industriels allemands, Anna Maria (dite Anita) Gutermann.
En 1939, Karajan s'attire l'inimitié de Hitler lors d'un concert de gala donné en l'honneur des monarques yougoslaves : en raison de l'erreur du baryton Rudolf Bockelmann, il perd le fil des Maîtres Chanteurs du compositeur Richard Wagner — qu'il dirigeait sans partition, comme à son habitude —, les chanteurs cessent alors de chanter et, dans la plus grande confusion, le rideau tombe ; furieux, Hitler donne cet ordre à Winifred Wagner : « Moi vivant, Herr von Karajan ne dirigera jamais à Bayreuth ». Karajan demeure cependant à la tête de l'orchestre de la Staatskapelle de Berlin à l'Opéra national. Il dirige plusieurs concerts dans Paris occupé en 1941 et 1942 au Palais Garnier à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin.
Son procès en dénazification, le 15 mars 1946 à Vienne, l'innocente de toute activité illégale pendant la période nazie. En 1946, Karajan donne son premier concert d’après-guerre à Vienne avec l'Orchestre philharmonique de Vienne, mais les autorités d’occupation soviétiques lui interdisent de diriger davantage en raison de son adhésion au parti nazi. Cet été-là, il participe anonymement au Festival de Salzbourg.
Après la levée de l’interdiction de diriger, Karajan donne son premier concert public à Vienne le 28 octobre 1947 ; avec l'Orchestre philharmonique de Vienne et la Gesellschaft der Musikfreunde, il interprète Un requiem allemand de Johannes Brahms. En 1948, il est nommé par Walter Legge chef d'orchestre permanent du Philharmonia Orchestra à Londres ; il contribuera à en faire l'un des meilleurs orchestres du monde. Il participe aussi pour la première fois au Festival de Lucerne. En 1949, il devient directeur artistique de la Gesellschaft der Musikaters à Vienne. Il dirige également à la Scala de Milan. À la réouverture du Festival de Bayreuth en 1951, ainsi que l'année suivante, il est invité à diriger l'orchestre du festival, notamment dans un Tristan et Isolde devenu légendaire.
Le chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler meurt fin 1954. Karajan est nommé en 1955 chef à vie de l'Orchestre philharmonique de Berlin, ce qui lui permet de réaliser son rêve de toujours : devenir le successeur de l'illustre chef allemand. Sa nomination signe le départ de Sergiu Celibidache, chef associé du Philharmonique de Berlin. Karajan vouait une inimitié à Celibidache et raya son nom de la liste des chefs titulaires du Philharmonique. Ce dernier ne redirigera le Philharmonique qu'une seule fois, en 1992, après la mort de Karajan, et son nom ne fut rétabli parmi la liste des chefs titulaires que tardivement par Simon Rattle lors de sa prise de fonction à la tête du Philharmonique de Berlin en 1999.
Il est alors à la tête d'un orchestre considéré à l'époque, et depuis longtemps déjà, comme le plus prestigieux du monde, et Karajan peut se considérer comme l'héritier de la plus grande tradition allemande de direction orchestrale (Richard Wagner, Hans von Bülow, Arthur Nikisch et Wilhelm Furtwängler). La qualité de l'orchestre est telle que Karajan confia une fois à ses nouveaux musiciens qu’« il avait l'impression de s'appuyer contre un mur épais lorsqu’il les dirigeait ».
En 1955, après un premier concert à New York, il fait avec l'orchestre une grande tournée aux États-Unis, qu'il renouvelle l'année suivante. C'est dans ces années que se met en place le « système Karajan » très élaboré, qui consiste à faire travailler l'orchestre en studio avant d'enregistrer les opéras sur disque, de telle sorte qu'au moment des représentations sur scène l'orchestre est parfaitement rodé.
En 1956, Karajan prend la direction artistique du Festival de Salzbourg, qu'il ne quittera pas jusqu'en 1988. En 1957 il succède à Karl Böhm en tant que directeur artistique de l’Opéra d’État de Vienne, poste qu'il quitte en 1964 sur une brouille. En 1967, il crée le Festival de Pâques de Salzbourg, tout en restant à la tête du Festival de Salzbourg. C'est alors qu'il enregistre sur disque, jusqu'en 1971, un Ring qui fait date par son parti-pris de transparence sonore et de légèreté orchestrale.