Heinrich Hartmann Wirz plus connu comme Henry Wirz (25 novembre 1823 - 10 novembre 1865) est un confédéré, médecin de formation, pendu après la fin de la guerre de Sécession pour « conspiration et meurtres » commis alors qu'il dirigeait le Camp Sumter, une prison militaire pour prisonniers de guerre nordistes située près d'Andersonville, un bourg du sud-ouest de la Géorgie.
Wirz est né à Zurich en Suisse. Il se marie en 1845 et a deux enfants avant le décès de son épouse. Il pratique quelque temps la médecine en Suisse, puis part pour les États-Unis en 1849 laissant ses deux enfants à ses parents, comme beaucoup d’Européens (les Forty-Eighters) qui fuyaient alors la guerre du Sonderbund ou la répression suivant le Printemps des peuples.
Il travaille un temps comme tisserand à Lawrence au Massachusetts avant de partir à Hopkinsville au Kentucky. Il ouvre ensuite un cabinet médical à Cadiz dans le Kentucky, où il épouse Elisabeth Wolfe, une veuve qui a deux filles. Ils ont une troisième fille, née en 1855. Ils partent ensuite pour la Louisiane dans la paroisse de Madison où il travaille dans la plantation Marshall où il soigne les esclaves. Payé 3 dollars par esclave et par an (112 dollars actuels) dans une plantation d'une centaine d'esclaves, Wirz mène une vie prospère.
Wirz exerce la médecine avec succès pendant une dizaine d’années lorsque la guerre de Sécession éclate le 12 avril 1861.
Wirz, interrogé sur ses antécédents lors de son procès, déclare s'être engagé dans les Louisiana Volunteers de l'Armée des États confédérés et avoir été gravement blessé au bras droit à Richmond, lors de la bataille de Seven Pines (31 mai et 1er juin 1862). Cependant, certains historiens émettent des doutes sur les raisons du handicap et privilégient l'hypothèse d'un accident de diligence.
Il déclare aussi qu’ayant pratiquement perdu l'usage de son bras droit, il devient ensuite gardien de prisonniers nordistes à Richmond, puis est nommé adjoint du général John H. Winder, le responsable des prisons militaires confédérées et commandant le département de Henrico.
Le 26 septembre 1862, Wirz est envoyé à Montgomery en Alabama pour retrouver les archives concernant les prisonniers de guerre capturés en 1861 et au début 1862 en vue de leur échange. Après avoir rempli cette mission, il prend le commandement de la prison de Tuscaloosa en Alabama. Il tombe malade et prend un congé maladie. Il revient à la mi-1863, quand Jefferson Davis l'envoie en Europe pour une mission spéciale de représentation à Paris et Berlin. Il revient en février 1864.
Il est envoyé au camp Sumter près d'Andersonville auprès du lieutenant-colonel Alexander Person et du 55th Georgia Infantry. Le commandement est alors séparé entre celui des troupes et celui de la prison.
Hartmann Heirich Wirz est chargé le 27 mars 1864 de diriger la prison d'Andersonville (Géorgie) qui reçut le nom de camp Sumter, un camp de prisonniers que le gouvernement confédéré a construit à la hâte en février 1864 pour contenir le nombre croissant de détenus. Il s'agit d'un enclos marécageux d’une vingtaine d'acres (8 hectares environ), entouré de palissades de 15 pieds (4,5 m) de haut (les fils de fer barbelés n’existaient pas encore), où les prisonniers nordistes sont entassés à ciel ouvert, sans aucune protection en dur contre les intempéries, dans des conditions de promiscuité, de malnutrition et d'hygiène effrayantes. Un ruisselet traverse le camp et sert à la fois de source d'eau potable, de latrines et d'égout à plus de 30 000 hommes qui n’ont comme abri que quelques toiles de tentes.
En mars 1864, lorsque le lieutenant général Ulysses S. Grant prend le commandement global des forces de l'Union, les échanges de prisonniers entre l'Union et la Confédération sont arrêtés. Cet arrêt aggrave les difficultés des deux parties dans la gestion des prisonniers.
Pendant l'été 1864, la population du camp monte à environ 32 000 hommes, ce qui en fait la cinquième agglomération de la Confédération. 45 000 prisonniers unionistes sont internés au camp Sumter en 14 mois, et 12 913 y meurent de faim, de dysenterie, de scorbut, des fièvres, de verminose (ankylostomose), de maladies infectieuses diverses - ou sont assassinés.
Alors que Sherman ne marche pas sur Andersonville lorsqu'il traverse la Géorgie, les échanges de prisonniers entre la Confédération et l'Union reprennent. Lorsque les prisonniers de l'Union reviennent chez eux, les journaux décrivent les conditions terribles de vie de la prison d'Andersonville. La pression est alors mise sur les autorités pour que le commandant de la prison soit jugé.
Wirz est arrêté en mai 1865 par un détachement de cavalerie unioniste : lors de la marche de Sherman vers la mer (novembre-décembre 1864), des prisonniers évadés de camp Sumter avaient pu rejoindre la colonne unioniste après la prise de Milledgeville et Gordon (Géorgie) ; les soldats bleus avaient ainsi appris l’existence du camp Sumter, et avaient été bouleversés et révoltés par l’état dans lequel se trouvaient leurs camarades.
Le jour de son arrestation, Wirz écrit au général Wilson pour lui indiquer qu'il partirait pour l'Europe si on lui donne un sauf-conduit et tente de se disculper de ce qui s'est passé dans le camp :
« Les responsabilités que j'avais à assurer étaient difficiles et désagréables, et je suis satisfait qu'aucun homme ne peut ou ne pourra me blâmer pour les choses qui sont survenues là-bas et qui étaient au-delà de mon pouvoir de contrôle. »
Il est placé en garde à vue à Macon du 6 au 23 mai 1864. Wirz est ensuite transféré par train à Washington D.C. et inculpé de « conspiration visant à attenter à la vie des soldats unionistes ».
De même que le premier tribunal international réuni à Genève pour régler en 1871 le problème des réclamations de l'Alabama, le procès de Wirz est le premier procès pour crimes de guerre et il établira un précédent.
Le tribunal militaire est présidé par le major général Lew Wallace, assisté de Gershom Mott, John W. Geary, Lorenzo Thomas, Francis Fessenden, Edward S. Bragg, John F. Ballier, T. Allcock, John H. Stibbs. Le JAG (Judge Attorney General) Norton P. Chipman, un légiste connu, est nommé procureur-général.