Henry Bordeaux, né le 25 janvier 1870 à Thonon-les-Bains et mort le 29 mars 1963 à Paris, est un avocat, romancier et essayiste français, originaire de Savoie.
Henry Camille Bordeaux est issu d'une ancienne famille bourgeoise, catholique et royaliste qu'il décrit notamment dans La Maison (1912) et dans Le Pays sans ombre (1935). Son enfance est notamment bercée par l'espoir qu'a sa tante Dine de l'accession au trône du comte de Chambord (« J'appartiens à une famille qui a toujours marché à l'avant-garde du parti monarchique et conservateur »).
Dans ses Mémoires, il revient sur ses origines familiales. Son père, Lucien Bordeaux, était originaire de Saint-Girons (Ariège) ; plus généralement, la famille Bordeaux venait du Couserans, où ses ancêtres, membres de la bourgeoisie rurale de l'Ancien Régime, y sont qualifiés de bourgeois de Lacourt depuis le XVIIe siècle, faisant l'acquisition, avant 1781, du domaine de Maneyre à Rimont, où son grand-père naît en 1787.
Lucien Bordeaux, père d'Henry, arriva, en novembre 1860, en Savoie, peu de temps après l'union avec la France. En 1862, il y ouvrit un cabinet d'avocat qui, sans interruption, par lui ou ses fils, devait demeurer ouvert soixante-trois ans.
En 1862 également, il épousa Marie-Josèphe Fréchet dont la famille maternelle, famille de magistrats, cultivée et religieuse, était apparentée de loin à celle de Saint François de Sales. Les Bordeaux s'installèrent à Thonon où ils eurent neuf enfants, dont le premier ne survécut pas. Ils s'installèrent d'abord dans une maison qui appartint à Mlle de Charmoisy, la Philotée de L'Introduction à la vie dévote, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal y descendirent, puis dans « la Maison », bâtie par le père d'Henry Bordeaux, située sur l'actuel boulevard Carnot. Le couple possédait également une maison de vacances au hameau de Trossy, à une dizaine de kilomètres de Thonon.
Le couple Bordeaux eut, outre Henry, quatre fils et trois filles :
Albert, né le 8 mai 1865, ingénieur, qui « n'accepta que des missions et des explorations dans toutes les parties du monde » (Bosnie, Rhodésie, Transvaal, Sibérie, Mexique). Traducteur d'un roman de Stevenson, il publia également de nombreux ouvrages professionnels et traités géographiques ;
Paul-Émile, né le 3 août 1866, qui fit une carrière militaire (Saint-Cyr, Madagascar, Crète, Grèce). Retraité en 1914, « quand la guerre éclata, il réclama aussitôt un commandement ». Il fut successivement colonel puis général et exerça en Alsace, dans les Vosges, en Artois, en Lorraine, à Verdun, aux Eparges. Il publia des traités et articles historiques sur ses missions en Orient et sur ses souvenirs de la Grande Guerre ;
Marie, née le 18 août 1868, qui recopia les premiers vers de son frère Henry, fut visiteuse de prison bénévole à Montpellier et écrivit sur les prisonnières et les essais de réhabilitation ;
Valentine, née le 24 septembre 1871, à qui Henry Bordeaux consacre un chapitre de ses Mémoires. Elle entra, à vingt-trois ans, à la maison mère des Filles de la Charité à Paris, et partit, en 1903, dans une mission en Chine où elle mourut le 24 décembre 1917 ;
Marthe, née le 25 septembre 1873, qui se voua aux œuvres sociales catholiques et aux bibliothèques populaires. Elle signa (sous le pseudonyme de Jeanne Danemarie) des livres sur les enfants, les jeunes filles ainsi que sur les mystiques (Catherine Emmerich, Thérèse Neumann, Elisabeth Seton, La possédée de Vauverdane) ;
Jules, né le 25 août 1875, polytechnicien, il fit l'école de cavalerie de Saumur. Ingénieur, il travailla au Pérou, à Madagascar, en Indochine et publia, bien avant 1914, un Traité sur l'aéronautique ;
Louis, né le 28 novembre 1878, qui devint avocat et reprit le cabinet paternel. En 1914, il fut nommé administrateur de l'hôpital militaire fondé par le comité de la Croix-Rouge de Thonon. Après la guerre, il fut élu au conseil général de Haute-Savoie et publia des traités et des articles de législation.
Carrière littéraire et engagements
« Ma vocation littéraire se confond avec mes années de collège. » À l'âge de 16 ans, après avoir obtenu son baccalauréat à Chambéry, Henry Bordeaux part pour Paris afin d'y suivre des études de droit et de littérature. Il y rencontre notamment Alphonse Daudet et son fils Léon, François Coppée, Verlaine, Léon Bloy.
Avocat à la suite de son père, Henry Bordeaux fut inscrit, après ses études de droit à Paris, au barreau de Thonon (1889) et il ne tarda pas à se tourner vers l'écriture. Sa carrière d'écrivain se déroule de 1887 (premier poème publié Rebecca, récompensé par l'Académie de Savoie) à 1960, année de son dernier livre (Le Flambeau Renversé).
À la suite du ralliement officiel de l'Église à la République (1892) et de l'édification de la doctrine sociale de l'Église, Henry Bordeaux devient républicain. En 1893, à la demande du Comité de la droite républicaine de Savoie, il prend la direction du journal Le Réveil de Savoie destiné à défendre la candidature de Me François Descostes au poste de député de Chambéry, sans succès.
Les idées politiques d'Henry Bordeaux, au début de sa carrière, sont proches du catholicisme social de Frédéric le Play ou d'Albert de Mun, relais politiques du ralliement de l'Église à la République.