Henriette Marie Charlotte Antoinette de Belgique, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe et, par son mariage, duchesse de Vendôme (titre de courtoisie), née le 30 novembre 1870 au palais du comte de Flandre, à Bruxelles (en Belgique), et morte le 28 mars 1948 à Sierre (en Suisse), est la fille de Philippe de Belgique, comte de Flandre, frère du roi Léopold II, et de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen.
Henriette est la sœur aînée du roi des Belges Albert Ier. Elle épouse, en 1896, Emmanuel d'Orléans, duc de Vendôme. Elle donne le jour à quatre enfants. Participant activement à la vie mondaine parisienne, elle reçoit à Neuilly-sur-Seine durant toute la Belle Époque, la noblesse, les artistes et les écrivains (dont Marcel Proust qui décrit ce microcosme dans ses œuvres littéraires).
La Première Guerre mondiale ne l'empêche pas de voyager : elle se rend à Londres, Cannes et même à La Panne, en Belgique, où son frère le roi Albert résiste à l'armée allemande. La duchesse de Vendôme joue un rôle important dans plusieurs centres de soins dispensés aux soldats blessés et veille à l'accueil et à l'amélioration des conditions de vie des réfugiés belges, que ce soit en Grande-Bretagne ou en France.
Durant l'hiver 1920-1921, elle effectue, avec son mari, un périple en Afrique du Nord qui lui offre l'occasion de donner libre cours à ses talents d'aquarelliste. En 1922, elle acquiert le château de Blonay (également appelé Tourronde) à Lugrin en Haute-Savoie. Politiquement, ses idées la rapprochent de Charles Maurras et de son mouvement l'Action française. Veuve en 1931, presque ruinée, la duchesse de Vendôme publie plusieurs ouvrages d'histoire et de voyages. Installée à Tourronde en 1940, elle y demeure jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Déçue par les siens, elle continue à fréquenter les membres du Gotha exilés. En raison de ses difficultés financières et de sa santé déclinante, la duchesse s'installe à Sierre, où elle meurt trois semaines après son arrivée, le 28 mars 1948.
La princesse Henriette naît, ainsi que sa sœur jumelle Joséphine de Belgique, le 30 novembre 1870, dans le palais que ses parents, Philippe (frère de Léopold II roi des Belges), comte de Flandre, et Marie, comtesse de Flandre, possèdent rue de la Régence à Bruxelles, à l'angle de la place Royale, abritant depuis 1982 la Cour des comptes. Les jumelles sont baptisées le 29 décembre suivant à la cathédrale Saint-Jacques-sur-Coudenberg. La sœur jumelle d'Henriette meurt à la suite de crises de convulsions un mois et demi plus tard, le 18 janvier 1871. L'année suivante, la comtesse de Flandre donne le jour à une troisième petite-fille prénommée comme sa sœur défunte Joséphine, en hommage à leur arrière-grand-mère la princesse Joséphine de Bade — elle-même filleule de l'impératrice des Français.
La princesse Henriette est la sœur cadette du prince Baudouin et l'aînée de la princesse Joséphine et du roi Albert Ier. La princesse Henriette compte parmi ses proches plusieurs princes et souverains européens. Côté paternel, la princesse est la nièce du roi Léopold II et de l'infortunée impératrice Charlotte du Mexique. Le roi Charles Ier de Roumanie, son oncle maternel, est membre de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen, tout comme son beau-frère le prince Charles-Antoine, époux de sa sœur cadette Joséphine. Henriette, filleule de son grand-père maternel Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen, porte le prénom de sa marraine, sa tante la reine consort des Belges Marie-Henriette.
Henriette, fillette énergique, bénéficie d'une éducation soignée dispensée dans la demeure de ses parents par des professeurs particuliers. Dès ses six ans, on lui donne une gouvernante irlandaise, Maria Mac Shane, qui lui apprend l'anglais, tandis que la gouvernante française de sa sœur Joséphine lui enseigne la littérature et l'histoire. Chaque année, les Flandre se rendent aux Amerois, une propriété de plaisance où les exigences pédagogiques sont moindres qu'à Bruxelles. Toutefois, certains cours sont maintenus, notamment l'allemand et le dessin. Immuablement, en septembre, les Flandre séjournent durant deux mois dans les propriétés des Hohenzollern, ses grands-parents maternels : au château de Sigmaringen, à celui de Krauchenwies ou à la Weinbourg. La princesse Henriette y tisse des liens solides avec ses parents prussiens. En revanche, les relations entre le roi Léopold II - qui délaisse sa propre famille - et les Flandre sont de plus en plus marquées par la froideur et une distance de plus en plus grande.
La princesse Henriette effectue sa première communion avec son frère Baudouin le 1er juin 1882. La religion tient une place prépondérante dans la vie de leur mère qui veille attentivement à la préparation de ses aînés en vue de leur profession de foi par des lectures pieuses et des sermons qui enthousiasment Henriette. Ensuite, durant tout le mois de juin, les enfants pratiquent quotidiennement des exercices de piété. La princesse Henriette possède un grand élan vital, prisant les leçons d'équitation. Elle suit également des leçons de piano, de danse et de gymnastique. C'est aussi à partir de 1882 qu'Henriette commence à écrire son journal intime qui témoigne de son caractère affirmé et lyrique. À l'automne 1883, l'adolescente traverse « une veine d'émancipation et de révolte. Nos programmes d'études étaient très chargés et ne nous laissaient guère de loisirs ; je négligeais mes préparations d'études [...] pour dessiner en cachette des illustrations de mes compositions. » C'est son frère aîné Baudouin - héritier du trône après son père - , auquel elle voue une grande admiration, qui tempère ses excès.
Lorsqu'elle fête ses dix-huit ans, en 1888, elle fait son « entrée dans le monde » : son goût pour les mondanités peut se concrétiser et s'épanouir. Elle aime beaucoup danser, arborer de somptueuses toilettes et s'amuser. Le jour de l'an en 1891, Henriette participe pour la première fois à la réception officielle au palais royal de Bruxelles. Quelques jours plus tard, elle tombe malade : elle est atteinte d'une pneumonie infectieuse, dont la gravité requiert l'administration des derniers sacrements. Un léger mieux s'ensuit. Son frère Baudouin veille constamment sur elle et contracte lui aussi la maladie qui l'emporte en quelques jours. Il meurt le 23 janvier 1891 et, afin de ménager la santé encore fragile de leur fille aînée, les Flandre lui dissimulent durant quelques jours la mort de son frère. La famille est effondrée. Les souverains comme le peuple belge déplorent la perte d'un prince qui semblait exemplaire. C'est au fils cadet des Flandre, Albert, 15 ans, d'assumer la tâche d'héritier en second du trône belge. Au printemps suivant, Henriette et sa mère effectuent un pèlerinage à Lourdes afin de respecter un vœu formulé pour la guérison d'Henriette.
Malgré le deuil de leur fils aîné, le comte et la comtesse de Flandre songent à "établir" leurs filles. En dépit des réticences exprimées par la famille royale Belge et surtout de son père Philippe qui espérait une situation plus brillante pour sa fille cadette, la princesse Joséphine épouse, en 1894, à 22 ans, son cousin germain, Charles-Antoine de Hohenzollern, . Quant à Henriette, il n'est pas aisé de lui trouver un mari en raison de la pneumonie qui l'a atteinte et du nombre restreint de princes catholiques en âge de convoler.
Henriette est amoureuse depuis 1890 du prince Philippe d'Orléans, le prétendant orléaniste au trône de France, mais cette union est inenvisageable car le roi Léopold II mettrait son veto à un éventuel mariage, afin de ne pas s'attirer les foudres de la Troisième République française. D'autre part, le duc d'Orléans ne paraît pas partager les sentiments que lui voue la princesse. En 1894, le comte de Flandre songe à unir sa fille à l'archiduc Léopold-Ferdinand, fils aîné du grand-duc de Toscane. Il prend des renseignements qui lui révèlent « la mauvaise réputation dont jouit l'archiduc. Il n'est pas aimé dans le monde de Vienne, ni dans la marine autrichienne, en plus il n'a aucune position ni fortune. ».