Henri d’Astier de La Vigerie, né le 11 septembre 1897 à Villedieu-sur-Indre et mort le 10 octobre 1952 à Genève, est un résistant royaliste français, compagnon de la Libération.
Il est le frère de deux autres compagnons de la Libération, Emmanuel et François d'Astier de La Vigerie.
Henri d'Astier de La Vigerie est né au sein d'une famille originaire du Vivarais, titrée en 1845 sous la monarchie de Juillet par reprise d'un titre de 1825. Son père, le baron Raoul d'Astier de La Vigerie, ancien élève de l'École polytechnique, était officier d'artillerie. Sa mère, Jeanne, née Masson-Bachasson de Montalivet, était la petite-fille de Camille, comte de Montalivet, qui avait été ministre de l'Intérieur et ministre de l'Instruction publique de Louis-Philippe et arrière-petite-fille de Jean-Pierre de Montalivet, ami et ministre de l'Intérieur de Napoléon.
Il est engagé volontaire en 1915 et, en sa qualité d’admissible à Polytechnique, il est élève-officier à Fontainebleau et sert au 1er régiment d'artillerie coloniale (le 1er RAC). Trois fois blessé et trois fois cité, il termine la guerre comme lieutenant et chevalier de la Légion d'honneur, à titre militaire.
Il devient journaliste à la fin du conflit mondial.
Pendant l'entre-deux-guerres, Henri d'Astier est très engagé politiquement dans les milieux d'extrême-droite. Il apprécie peu le régime républicain et estime que la France serait plus forte sous l'autorité d'un monarque. Il n'est pas indifférent à la doctrine maurrassienne et milite au sein de l'Action française. Il passe pour avoir comploté contre les pouvoirs en place, dans les Ligues, et peut-être même d'avoir « trempé » dans la Cagoule.
Pendant la Seconde Guerre mondiale
Mobilisé en 1939, en qualité de lieutenant de réserve, il entre dans la Résistance dès septembre 1940, en métropole, avec Justin Fatigue du réseau Alibi. À l'instar de bien des résistants de la première heure, Henri d'Astier est mu par ses convictions patriotiques et nationalistes. Cependant, à la différence de la plupart des disciples de Maurras, il passe immédiatement à la lutte clandestine contre les Allemands. Ainsi parvient-il à s'introduire dans un camp de la Luftwaffe en Normandie pour y recueillir des informations secrètes qu'il destine aux Anglais. Dès juillet 1940 il fonde le réseau Orion. Son camarade Georges Piron étant arrêté, et étant lui-même pourchassé par la Gestapo, il passe en zone non occupée, d'où il rejoint l'Afrique du Nord en janvier 1941.
Il s'installe d’abord à Oran, et réengagé, se fait verser, en mars 1941, au 2e Bureau de l'Armée d’armistice. Puis il entre en contact avec le groupe de résistance fondé en septembre 1940 par Roger Carcassonne, jeune industriel juif et officier de réserve, qui l'accueille à bras ouverts. Tous deux s'orientent alors, à partir de décembre 1941, dans la préparation d'un débarquement allié.
Au début de 1942, Henri d'Astier se rend à Alger où il prend d'abord contact avec José Aboulker, cousin de Roger Carcassonne, qui y avait constitué, lui aussi depuis septembre 1940, un chapelet de groupes d'action clandestins parfaitement cloisonnés. Parallèlement, il entre aussi en rapport, grâce au commissaire de police résistant Achiary, avec un certain nombre de personnalités vichystes comme Jacques Lemaigre Dubreuil, son collaborateur privé Rigault, et le colonel Van Hecke, commissaire régional du mouvement maréchaliste des Chantiers de jeunesse.
Avec le soutien de ce dernier, Henri d'Astier se fait muter en juillet 1942 à Alger, où il entre comme cadre aux Chantiers de jeunesse, ce qui lui permet de bénéficier d'ordres de mission de Van Hecke. Ainsi a-t-il la possibilité de se déplacer sans problème en Afrique du Nord, où il étend son réseau.
L'établissement des contacts avec les États-Unis, la conférence de Cherchell
Un comité directeur de la Résistance à Alger composé d'Henri d'Astier de La Vigerie, Jacques Lemaigre-Dubreuil, Jean Rigault, Jacques Tarbé de Saint-Hardouin et Alphonse Van Hecke, se donne pour mission de préparer un débarquement allié en Afrique du Nord. Des contacts sont établis avec Robert Murphy, consul des États-Unis. En cas de débarquement, il est prévu que le général Giraud, que connait bien Lemaigre-Dubreuil, dirige l'entrée en guerre de l'Armée française. Il n'est pas question de De Gaulle : les Alliés considèrent en effet que l'affaire de Dakar — en septembre 1940 — avait montré que ce dernier n'avait pas la personnalité nécessaire pour rallier l'ensemble des Français. Au milieu de 1942, Murphy informe Henri d’Astier de la décision de Roosevelt et Churchill de débarquer en Afrique du Nord.
En octobre 1942, le général Clark, adjoint d'Eisenhower, rencontre clandestinement dans une villa de Cherchell les représentants de la résistance d'Algérie pour mettre au point, dans les derniers détails, l'action de la Résistance lors du débarquement et les accords garantissant le respect de la souveraineté française par les forces alliées.
Le 8 novembre 1942, à minuit, Henri d'Astier, secondé par José Aboulker, déclenche, avec l'aide du colonel Jousse, l'opération qui donne à leurs 400 volontaires civils la maîtrise de tous les lieux stratégiques d'Alger et permet la capture du général Juin, commandant en chef des forces militaires en Afrique du Nord, et de l’amiral Darlan, dauphin de Pétain et chef des armées françaises, qui se trouve inopinément à Alger. Ce coup d'État neutralise le XIXe corps d’armée d’Alger pendant 15 heures, permettant ainsi aux forces armées alliées de débarquer sans opposition, d'encercler Alger, et d'obtenir, le soir-même, la capitulation de la ville avec son port intact.
Le succès de l'opération Torch
Si, grâce à l'action des résistants, le débarquement est un succès à Alger, en revanche l'opération se déroule mal à Oran et au Maroc où l'armée de Vichy accueille les Alliés à coups de canon.
Sur ce point, le manque d'efficacité des résistants est tel que même le général de Gaulle, qui n'a pas été mis au courant de l'opération Torch, se serait écrié : « Eh bien ! j'espère que les gens de Vichy vont les foutre à la mer ! On n'entre pas en France par effraction. » D'autre part, Giraud — qui craignait pour la souveraineté française en Algérie et ne voulait pas que la France soit réduite au second rôle — avait demandé le commandement suprême de l'opération Torch et se l'était vu refuser : absent d'Alger le 8 novembre il était ce jour-là à Gibraltar pour discuter avec Eisenhower de ses prérogatives.