Henri Verneuil, de son vrai nom Achod Malakian, né le 15 octobre 1920 à Rodosto (actuelle Tekirdağ, en Turquie) et mort le 11 janvier 2002 à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), est un réalisateur et scénariste de cinéma franco-arménien.
Sa famille est rescapée du génocide arménien et trouve refuge à Marseille où le jeune Achod Malakian grandit et se lance, après des études d'ingénieur et plusieurs années dans le journalisme, dans la réalisation de courts métrages. Accédant aux longs métrages grâce à Fernandel, il se fait connaître en dirigeant la vedette comique dans neuf films dans les années 1950, jusqu'au triomphe international de La Vache et le Prisonnier (1959).
Des années 1960 aux années 1980, il réalise des films, souvent à grand spectacle, devenus pour certains des classiques, notamment Des gens sans importance (1956), La Vache et le Prisonnier (1959), Le Président (1961), Un singe en hiver (1962), Mélodie en sous-sol (1963), Cent Mille Dollars au soleil (1964), Week-end à Zuydcoote (1964), Le Clan des Siciliens (1969), Le Casse (1971), Peur sur la ville (1975), I… comme Icare (1979) ou encore Mille milliards de dollars (1982). Il tire profit des plus fameux noms du cinéma français tels Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou Lino Ventura.
Cinéaste fasciné et influencé par les États-Unis, son succès l'amène à tourner deux films à Hollywood : La Vingt-cinquième heure (1967) et La Bataille de San Sebastian (1969). Il raconte son enfance en 1985 dans un livre intitulé Mayrig (« maman » en arménien), qu'il adapte ensuite dans les années 1990 avec le diptyque intimiste Mayrig et 588, rue Paradis, ses deux ultimes réalisations, menées par Omar Sharif et Claudia Cardinale.
Mésestimé par la critique pour son cinéma populaire, il est néanmoins nommé en 1956 à l'Oscar de la meilleure histoire originale pour Le Mouton à cinq pattes et en 1980 au César du meilleur film et à celui du meilleur scénario original pour I… comme Icare. Le César d'honneur lui est décerné en 1996 pour l'ensemble de sa carrière. Il est élu à l'Académie des beaux-arts en 2000.
Henri Verneuil demeure le réalisateur français ayant réuni le plus de spectateurs dans les salles, avec plus de 91 millions d'entrées en France.
Henri Verneuil naît le 15 octobre 1920 sous le nom d'état civil d'Achod Malakian (en arménien : Աշոտ Մալաքյան) à Rodosto (actuelle Tekirdag) en Turquie, dans une famille arménienne rescapée du génocide arménien perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs de l'Empire ottoman. Son père est Agop Malakian, sa mère Arazi Kirazian. Âgé de 4 ans, Henri Verneuil débarque avec sa famille réfugiée sur le quai de la Joliette à Marseille.
Après des études à l'École des arts et métiers d'Aix-en-Provence d'où il sort diplômé en 1943, il devient journaliste au magazine Horizons en 1944. Au moment de signer un document, il lui est demandé de prendre un pseudonyme. Sans idée particulière, il lève le nez pour regarder les murs autour de lui, observe une affiche mentionnant la ville de Verneuil, et choisit ce nom-là : Henri Verneuil a rapporté l'anecdote dans un entretien qu'il a donné au magazine Télérama, dans les années 1980, à la suite de la publication de son roman Mayrig.
En 1947 a lieu la première rencontre entre Verneuil et Fernandel, pour un court métrage sur Marseille intitulé Escale au soleil : Fernandel, célèbre depuis les années 1930, accepte de tourner avec un réalisateur inconnu.
En 1949, Verneuil « monte » à Paris, où il décroche un emploi comme assistant réalisateur sur le film Véronique de Robert Vernay. Parallèlement, il tourne plus d'une quinzaine de courts métrages, souvent dans une veine humoristique comme On demande un bandit ou L'Art d'être courtier, deux films dont le décorateur est le peintre Roland Berthon et l'acteur principal Jean Carmet.
Verneuil réalise son premier long métrage La Table-aux-crevés, adaptation d'un livre de Marcel Aymé avec Fernandel qui y interprète Urbain Coindet. C'est l'acteur, alors célèbre, qui impose le jeune cinéaste à la production : « Si ce n’est pas le jeune Verneuil, je ne fais pas le film », affirme-t-il.
Jusqu'en 1955, les deux hommes collaborent régulièrement. Ce sera Le Fruit défendu, Brelan d'as avec également Michel Simon, Le Boulanger de Valorgue, Carnaval, L'Ennemi public numéro un et Le Mouton à cinq pattes, film à sketches dans lequel Fernandel joue cinq rôles et où apparaît brièvement Louis de Funès. Grand succès commercial en France, Le Mouton à cinq pattes sera de plus nommé pour l'Oscar du meilleur scénario.
Henri Verneuil connaît la consécration nationale en 1956 avec Des gens sans importance, drame sentimental avec Jean Gabin et Françoise Arnoul d'après le roman de Serge Groussard. Première des cinq collaborations entre Verneuil et Gabin, ce film est un des rares de l'époque à aborder de front le thème de l'avortement. Le film est la seule œuvre de Verneuil saluée par les artistes de la Nouvelle Vague.
Suivent d'autres films comme Paris, Palace Hôtel, une comédie avec Charles Boyer et à nouveau Françoise Arnoul, Une manche et la belle, adaptation d'un roman noir de James Hadley Chase avec Henri Vidal et Mylène Demongeot, Maxime avec Michèle Morgan et Le Grand Chef qui marque ses retrouvailles avec Fernandel.
La consécration internationale
En 1959, toujours avec Fernandel, Verneuil tourne La Vache et le Prisonnier, comédie se déroulant durant la Seconde Guerre mondiale. Ultime collaboration entre les deux hommes, le film obtient un succès mondial.
En 1961, la MGM passe une commande de trois films avec le trio Henri Verneuil (à la réalisation), Jean Gabin (acteur principal) et Michel Audiard (au scénario). De cette collaboration naît d'abord, en 1961, Le Président, drame politique inspiré d'un roman de Georges Simenon. Suit, en 1962, Un singe en hiver, comédie dramatique adaptée d'un roman d'Antoine Blondin dont Gabin partage la vedette avec Jean-Paul Belmondo. Le contrat se termine avec Mélodie en sous-sol, lancé en 1963, « film de casse » où, cette fois-ci, Gabin côtoie Alain Delon. Ce dernier film offre définitivement au cinéaste sa réputation à l'échelon international.
Dès lors, Henri Verneuil acquiert le statut de réalisateur de superproductions avec des stars internationales. Malgré les critiques de la Nouvelle Vague, qui voient en lui un représentant du « cinéma de papa », Verneuil continue de tourner, enchaînant avec Cent Mille Dollars au soleil, film d'aventure se déroulant en Afrique et réunissant Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura et Bernard Blier. Suit le drame de guerre Week-end à Zuydcoote toujours avec Belmondo en 1964. Il part ensuite aux États-Unis tourner La Vingt-cinquième heure sorti en 1967 et La Bataille de San Sebastian sorti en 1969, tous les deux avec Anthony Quinn.