Jean-Henri-Auguste Pélissier, dit Henri Pélissier, né le 22 janvier 1889 à Paris (18e arrondissement) et mort le 1er mai 1935 à Dampierre (Yvelines), est un cycliste français. Vainqueur du Tour de France 1923, il s'est également classé deuxième de l'épreuve en 1914 et y a remporté dix victoires d'étape en huit participations. Il est aussi le seul vainqueur français du Tour entre 1911 et 1930.
Professionnel de 1911 à 1928, il est considéré comme l'un des meilleurs cyclistes français de la première moitié du XXe siècle, comme en témoigne son palmarès, riche de nombreux succès sur les classiques malgré cinq années de guerre. Il compte notamment deux victoires sur Paris-Roubaix, en 1919 et 1921, trois victoires sur le Tour de Lombardie, en 1911, 1913 et 1920, ainsi que des succès sur Milan-San Remo en 1912, Bordeaux-Paris en 1919, Paris-Tours en 1922, ou encore Paris-Bruxelles en 1920. Il obtient également un titre de champion de France en 1919. Ses frères Francis et Charles mènent eux aussi une carrière de cycliste professionnel, avec succès.
Champion hors-norme, irascible, orgueilleux et susceptible, Henri Pélissier jouit d'une immense popularité auprès du public mais s'attire également des ennemis dans le monde du cyclisme, au premier rang desquels se trouve Henri Desgrange, dont les critiques acerbes suivent les fréquents abandons du coureur dans le Tour de France. Les frères Henri et Francis Pélissier marquent également l'histoire du Tour en 1924. Leurs propos recueillis par le célèbre journaliste Albert Londres dans un café après leur abandon à Coutances donnent naissance à la légende des « forçats de la route ». Ils y dénoncent l'autoritarisme de Henri Desgrange, le manque de considération et de respect envers l'intégrité physique des coureurs et mettent au jour les pratiques dopantes qui courent alors dans le peloton.
Henri Pélissier meurt en 1935 après une dispute conjugale. Il est abattu par sa compagne, Camille Tharault, qui souhaite protéger sa jeune sœur, balafrée au visage par le couteau dont Henri s'est servi pour la punir d'une réflexion qui l'avait rendu furieux.
Jean-Henri-Auguste Pélissier naît le 22 janvier 1889 dans le 18e arrondissement de Paris. Il est le deuxième d'une famille de cinq enfants. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes, est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de 13 ans, où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au no 10 de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance ». Dès l'âge de 10 ans, Henri participe aux travaux de la ferme : il trait les vaches chaque matin puis assure la livraison des bouteilles de lait aux clients du quartier avant de se rendre à l'école. En 1900, il reçoit son premier vélo de la part de son père, une bicyclette de femme achetée d'occasion qui ne correspond pas à sa taille, mais qui témoigne de l'aisance de la famille : Henri est alors l'un des seuls enfants à posséder un vélo dans le quartier.
Il tombe malade peu après, atteint d'anémie, puis est envoyé chez sa grand-mère paternelle, à Polminhac, pour se soigner. Là-bas, il reçoit un nouveau vélo, plus adapté à sa morphologie et équipé de pneus démontables. Il rentre à Paris en décembre 1902, à l'âge de 13 ans, et son père décide qu'il doit quitter l'école. Dès lors, Henri se consacre pleinement aux travaux de la ferme, tandis qu'avec son frère Jean, ils occupent leur temps libre à faire du vélo avec des camarades du quartier, parmi lesquels Léon Comès et Maurice Schilles. Il économise peu à peu pour s'offrir en secret son premier vélo de course équipé de boyaux, de marque Labor, qu'il cache chez un ami. Avec Léon Comès, il dispute sa première course en décembre 1904 sur la piste du Parc des Princes, une épreuve organisée par le Club des Tout-Petits et réservée aux coureurs âgés de moins de 17 ans. Il est éliminé dès la première série. L'année suivante, il remporte son premier succès, une course disputée de Ville-d'Avray à Coignières et retour.
Cycliste amateur et apprenti électricien (1906-1910)
En 1906, Henri Pélissier intègre le club de l'Union Vélocipédique du 16e arrondissement, puis la France Athlétique et Sportive, mais n'obtient pas, dans un premier temps, de résultats notables. Il remporte sa première course interclubs en juin 1908, le Grand Prix de Clichy, en profitant du déclassement des douze premiers coureurs qui ont commis une erreur de parcours. Il reçoit en récompense un vélo de course qu'il revend aussitôt, pour un montant de 150 francs. La même année, en conflit avec son père qui l'élève de manière autoritaire, il quitte le domicile familial. Hébergé pendant plusieurs mois chez un cousin à Issy-les-Moulineaux, il est embauché comme apprenti électricien chez un artisan de la rue de la Tour puis, avec ses économies, loue une chambre de bonne de la rue Poussin. Dès lors, Henri Pélissier court de manière plus régulière, mais ses performances sont plutôt discrètes, hormis une deuxième place sur le Prix J.O.G. et une sixième place dans le championnat de France des 100 kilomètres, disputé entre Amiens et Beauvais.
Au début de l'année 1909, alors qu'il pose des fils électriques dans un bâtiment en construction, il est atteint d'un malaise. Les examens révèlent une congestion pulmonaire. Il passe plusieurs jours dans le coma, puis sa convalescence dure jusqu'au mois d'avril suivant. De retour à la compétition en mai, il se classe régulièrement dans les dix premiers tout au cours de la saison : troisième du Prix de Comte-Robert, de Paris-Maintenon et de Paris-Château-Thierry, septième du Prix de Lyon Républicain, huitième du championnat de Paris ou encore dixième de Paris-Dieppe. Pour la saison 1910, le président de son club décide de quitter l'Union vélocipédique de France et affilie sa société à une fédération concurrente, la Fédération cycliste et athlétique de France (FCAF). Le niveau des épreuves est sensiblement moins relevé et Henri Pélissier enchaîne les succès, notamment sur Villers-Meaux-Villers, Paris-Paris Plage et Paris-Le Havre, une épreuve organisée par la Société Sportive de Suresnes. C'est lors de cette dernière épreuve qu'il fait la connaissance de Henri Manchon, le secrétaire général du club, qui devient alors son soigneur personnel.
Le Tour de France des Indépendants (1910-1911)
Henri Pélissier prend la décision de quitter son emploi d'électricien et souhaite participer au Tour de France des Indépendants, organisé par Peugeot en quinze étapes d'août à septembre. Léopold Alibert, directeur sportif de Peugeot, refuse de l'engager, jugeant qu'il n'est pas assez solide physiquement. Il est finalement recruté par Alphonse Thomann, l'un des fondateurs de la Société Sportive de Suresnes et jeune constructeur de cycles qui monte une équipe de quatre coureurs pour cette épreuve, dont le Suisse Oscar Egg. Henri Manchon est alors désigné comme soigneur de l'équipe. Henri Pélissier se classe deuxième de la première étape entre Paris et Reims, remportée par René Guénot, puis connaît des difficultés lors des deux étapes suivantes, vers Nancy et Belfort. Il fait son retour au premier plan en se classant cinquième à Chalon-sur-Saône, troisième à Valence et deuxième à Marseille. Il se distingue plus tard en gagnant la neuvième étape entre Toulouse et Bordeaux, ce qui lui permet de remonter au troisième rang du classement général, établi au point.
Henri se dit victime d'une injustice lors de l'étape suivante à La Rochelle, visant à favoriser les deux premiers du classement général, René Guénot et Léon Valloton, tous deux équipés par Peugeot. Il conteste son classement, sans succès, et envisage d'abandonner. Henri Manchon le convainc de poursuivre et après une deuxième place dans la dernière étape à Paris, Henri Pélissier monte finalement sur la troisième marche du podium de ce Tour des Indépendants, derrière Guénot et Valloton. Ses gains sur l'épreuve sont importants et Henri, de retour chez ses parents, se réconcilie avec son père.