Henri Martin, né le 20 février 1810 à Saint-Quentin (Aisne) et mort le 14 décembre 1883 à Passy (Seine), est un historien, essayiste, romancier, homme politique français, premier président de la Ligue des patriotes, l'un des fondateurs de la Société des gens de lettres, dont il sera le président honoraire. Il est aussi le président de la Société d'anthropologie de Paris pour l'année 1878.
Henri Martin profita, dès son plus jeune âge, de la riche bibliothèque léguée par un parent de son père, juge au tribunal civil. La lecture assidue lui donna très tôt le goût de l’histoire mais, son père le destinant, suivant la tradition de sa famille, au notariat, l’envoya, à l’âge de dix-huit ans, après ses études au lycée de sa ville natale, à Paris comme petit clerc dans une étude de notaire de la rue de la Harpe. Mais, une fois à Paris, il retrouva son compatriote et ami Félix Davin, de trois ans son ainé, employé de commerce mais passionné, comme lui, de littérature.
Martin s’associa, sous le nom de plume d’« Irner », à Davin pour collaborer à un roman, paru dans les premiers mois de 1830, intitulé Wolfthurm ou la Tour du loup, roman dont l’action se passe à l’époque de l’invasion du Tyrol par les troupes françaises commandées par le général Lefèvre.
Lors de la Révolution de Juillet, il prit activement part aux évènements. Après Wolfthurm, Davin le présenta au Bibliophile Jacob, Paul Lacroix, qui l’accueillit à bras ouverts. La coopération entre ce dernier, polygraphe prodigieusement actif, et le jeune clerc de notaire, désireux de gagner suffisamment avec sa plume pour obtenir de son père la permission de quitter le notariat, fut extrêmement productive, d’autant plus que, marié, à vingt-et-un ans, avec la fille d’un commerçant de Saint-Quentin, le jeune ménage n’était pas riche. Il est difficile de trouver une revue littéraire, un magazine, un recueil quelconque, de 1830 à 1835, où Martin n’ait publié sa prose, et quelquefois ses vers. Le Bibliophile Jacob, qui dirigeait alors trois ou quatre journaux, le fit écrire dans le Mercure, le Gastronome, le Garde national, dont Émile de Girardin lui avait offert la direction, en 1830, mais qui dura trois mois à peine. Il écrivit également dans la Mode, le Journal des Demoiselles, le Livre de beauté, les Sensitives, album des Salons.
Henri Martin, à cette époque, se croyait surtout poète. Passionné de légendes, il allait en chercher partout, jusqu’en Orient, et étudia sérieusement les langues orientales, avant de les abandonner par la suite. Jusqu’à l’époque de sa grande Histoire de France, il mena courageusement une vie laborieuse et difficile. En 1832, dans le livre des Cent et Un de Ladvocat, il publia une Visite à Saint-Germain-en-Laye. À la même date, il écrivait Gad le forgeron pour les Cent et une nouvelles, et entreprenait une satire hebdomadaire, le XIXe siècle, dont deux ou trois numéros seulement ont paru ; il publiait encore Minuit et Midi, bientôt suivi du Libelliste, romans historiques ; la Vieille Fronde, scènes à la façon de Vitet. Enfin, toujours en 1832, il donnait à la Gaîté, avec Pixérécourt, un drame en trois actes et six tableaux : l'Abbaye-aux-Bois, ou la Femme de chambre. La même année, il donnait, cependant, la Vieille Fronde, ouvrage sur la Fronde parlementaire, qui donne un aperçu de son œuvre d’historien à venir. En effet, cette année-là, Alfred Mame s’adressa au bibliophile Jacob pour avoir une Histoire de France d’une certaine importance comme étendue, capable de devenir un livre de fonds, une source de revenus annuels pour la maison. Ce dernier conçut l’idée de composer ce livre avec les extraits des principaux historiens de chaque époque, reliés entre eux par des transitions et des compléments pour combler les vides pour les périodes manquantes, comme ce qu’avait fait Prosper de Barante pour son Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois.
Sollicité pour ce projet, Martin, après de longues hésitations, se décida à fournir à Lacroix une Histoire des Gaulois, qu’il avait particulièrement étudiés. Parue en 1833, en petit volume in-32, elle obtint un certain succès, le format primitif fut changé à celui de l’in-octavo pour ne pas allonger trop considérablement le nombre des volumes. L’Histoire des Gaulois fut réimprimée pour ouvrir l’édition nouvelle, et le résultat fut son Histoire de France en quinze volumes (1833-1836), qui porta d’abord le nom de Lacroix, qui en avait fourni l’idée et le plan général, en surveillait l’exécution, en prêtait les volumes de sa considérable bibliothèque, pour faire les extraits. Il en revoyait également le style de Martin dont le nom ne commencera à paraitre qu’à partir du treizième volume. Celui-ci approchait de sa fin et, le moment venu de prendre des arrangements pour les éditions subséquentes, Lacroix dit au libraire : « Ce n’est plus avec moi qu’il faut traiter ; c’est avec Henri Martin, le véritable, le seul auteur. » Le libraire n’y consentit qu’à contre-cœur, car l’ouvrage réussissait, mais c’est bien lui qui en était le véritable et à peu près le seul auteur. Il fut convenu d’éditer d’abord telle quelle une nouvelle édition de l’Histoire de France par les principaux historiens, enrichie d’images, pendant que Martin préparerait l’édition suivante refondue.
Martin fit une œuvre tout à fait nouvelle, où il ne restait pour ainsi dire pas une ligne de la première, et il ne cessa, par la suite, de transformer et de remanier cet opus magnum revu et augmenté (4e éd., 16 vol. plus un index, 1861-1865), lui valut, en 1856, le Premier Prix de l’Académie, et en 1869 le grand prix bisannuel de 20 000 francs ainsi que le Grand Prix Gobert de l'Académie française dès 1851 . En 1867, fut publiée une version abrégée en sept volumes destinée à un plus large public. Avec sa suite, l’Histoire de France depuis 1789 jusqu’à nos jours (8 vol., 1878-1883), elle donnait de la France un historique complet, et remplaçait l’Histoire des Français de Jean de Sismondi. Son Histoire de France est la plus diffusée de son époque avec celle de Jules Michelet.
À partir d’un certain moment, cette Histoire de France devenue célèbre, et où il a synthétisé ses qualités de poète et de notaire, a si bien rempli la vie de Martin, qu'elle a dépassé et éclipsé tous ses autres ouvrages. Ce travail souffre pourtant de quelques défauts : ses descriptions des Gaules subissent trop l’influence de Jean Reynaud et de sa philosophie cosmogonique, et se fondent davantage, sous ce rapport, sur la légende que sur l’histoire. Républicain libre-penseur, il avait adopté, en les racontant, les doctrines des druides, dont il admirait le spiritualisme, se consolant à leur croyance en une immortalité consciente. Il laisse souvent ses préjugés fausser son jugement sur la politique et l’histoire religieuse de l’Ancien Régime. Sa connaissance du Moyen Âge souffre de lacunes, et ses critiques ne sont pas pertinentes. Il n’en a pas moins donné une grande impulsion aux études celtiques et anthropologiques. Il a l’idée de remplacer les phases principales de l’histoire de France (notamment les dynasties) par des héros accompagnés de leurs mythes : Vercingétorix, Jeanne d’Arc, etc. Les six derniers volumes, consacrés aux XVIIe et XVIIIe siècles, sont supérieurs aux précédents. Parmi ses autres œuvres, on cite : De la France, de son génie et de ses destinées (1847), Daniel Manin (1860), La Russie et l’Europe (1866), Études d’archéologie celtique (1872), Les Napoléon et les frontières de la France (1874).
En 1848, Carnot, ministre temporaire de l’Instruction publique, le chargea d'enseigner un cours à la Sorbonne sur l’histoire diplomatique de la Révolution. Compte tenu des événements de l'époque, il ne remplit cette fonction que pendant six mois.
Les monuments néolithiques de la région de Carnac n'auraient peut-être pas été conservés sans la volonté d’Henri Martin d’en faire assurer la protection par l’État.
En 1855, dans la 4e édition de L’Histoire de France, Henri Martin ne consacre que quatre pages aux « pierres druidiques » (p. 48 à 52). Mais en 1864 il effectue un voyage en Bretagne pour s’informer des derniers résultats des recherches archéologiques sur les mégalithes. Au sujet des alignements de Carnac, il indique : « Ces monuments, sans rivaux dans leur genre, méritent mieux que de subsister provisoirement par tolérance ; ils valent bien que l’État les prenne sous sa protection directe, et il n’est assurément, parmi les monuments classés comme nationaux, rien qui les surpasse en importance historique ». En 1872, il rajoute dans une note : « Depuis 1864 rien n’a encore été fait pour assurer le salut des monuments de Carnac, et l’on nous a signalé de nouveaux actes de vandalisme ».