Henri Lefèvre d'Ormesson, né le 8 mai 1751 à Paris, mort le 12 avril 1808 à Paris, 2e marquis d'Ormesson, est un homme d'État français.
Issu d'une famille d'officiers, il entre dès 1768 au service de la monarchie française. En 1783, il occupe pendant quelques mois le poste de ministre des Finances de Louis XVI, dans une période où les finances du royaume sont en grandes difficultés.
Durant la Révolution française, il participe au nouveau régime, se retirant seulement en mars 1793, après l'avènement de la Première République (septembre 1792) et l'exécution du roi (janvier 1793). Arrêté en décembre 1793, il échappe à la Terreur et est libéré en octobre 1794 après la chute de Robespierre (27 juillet).
Issu d'une dynastie parisienne de magistrats et d'intendants des finances, Henri IV François de Paule Lefèvre d'Ormesson (1751-1808) est le fils de Marie François de Paule Lefèvre d'Ormesson (1710-1775), premier marquis d'Ormesson, et d'Anne-Louise du Tillet (1718-1792).
Il épouse Louise-Charlotte Léonarde Le Peletier de Mortefontaine (1756-1840), fille de Louis Le Peletier de Mortefontaine (1730-1770), prévôt des marchands de Paris, et de Catherine Charlotte du Cluzel de La Chabrerie (1737-1756).
Leur fils, Henri V François de Paule Lefèvre d'Ormesson (1785-1858), troisième marquis d'Ormesson, épouse en 1807 Ernestine de Grouchy (1787-1866), fille d'Emmanuel de Grouchy (1766-1847), maréchal d'Empire, pair de France, et de Cécile Le Doulcet de Pontécoulent (1767-1827), dont postérité.
Débuts professionnels (1768-1783)
Henri Lefèvre d'Ormesson fait des études de droit : il devient bachelier en droit en septembre 1767 et licencié en droit en 1768. Inscrit au barreau de Paris le 4 juillet 1768, il est nommé conseiller d'État au Parlement de Paris, à l'âge de 17 ans.
Alors que couve la crise parlementaire qui aboutit en 1771 à l'exil de ses collègues, son père le retire du parlement et l'oriente vers la charge de maître des requêtes dans laquelle se sont succédé ses ancêtres : sa nomination à ce poste date du 21 novembre 1770.
Il succède à son père au poste d'intendant des finances peu après la mort du roi Louis XV (juin 1774). Il exerce, de surcroît, la fonction de chef du conseil temporel de la maison royale de Saint-Cyr. Cette année là, il est présenté au nouveau roi, Louis XVI, lors du traditionnel voyage de la cour à Fontainebleau.
Ministre des Finances (29 mars-2 novembre 1783)
Le projet avancé par le comte de Vergennes de nommer Henri d'Ormesson au poste de contrôleur général des finances le 29 mars 1783, alors qu'il n'a que trente-deux ans, est certainement inspiré par le Roi lui-même. L'intéressé, bien qu'il connaisse les risques liés au remplacement du ministre démissionnaire Jean-François Joly de Fleury, lui-même successeur de Necker, se résout en définitive à accepter cette mission hautement périlleuse, devant l'insistance du roi et de Vergennes.
À peine arrivé aux affaires, le nouveau ministre découvre une situation financière lourdement déficitaire. Confronté à la nécessité de trouver d'urgence des fonds pour rembourser les échéances liées à la guerre d'indépendance des États-Unis, Ormesson utilise la recette classique de l'emprunt à loterie, émis pour 24 millions de livres, le 5 avril 1783. Mais, au même moment, une crise des paiements de la Caisse d'escompte contraint le Trésor à la secourir à hauteur de 26 millions de livres, entre juillet et septembre 1783, ce qui anéantit le bénéfice de l'opération. Le besoin de numéraire du Trésor persistant, Ormesson décide le 24 août, sur les conseils du financier Marquet de Bourgade, d'emprunter en secret 24 millions auprès de la Caisse d'escompte. Lorsque cet emprunt est rendu public, en septembre, la Caisse doit suspendre ses paiements. Le contrôleur général fait ordonner le cours forcé des billets par un arrêt du Conseil du 27 septembre 1783 tandis qu'un autre arrêt du Conseil du 30 septembre 1783 interdit les exportations d'espèces métalliques. Ces mesures ne font qu'aggraver la situation et portent une atteinte terrible au crédit public. En définitive, deux arrêts des 3 et 4 octobre mettent un terme à la crise en prescrivant de vérifier les comptes de la Caisse d’escompte, qui est contrainte de reprendre ses remboursements à concurrence de 10 millions par jour.
Pour subvenir aux besoins du Trésor, Ormesson décide d'émettre un nouvel emprunt à loterie de 24 millions, plus coûteux que le précédent (arrêt du Conseil du 4 octobre 1783) et de précipiter son projet de réforme de la ferme générale, qui n'aurait normalement dû s'appliquer qu'à l'échéance du bail de la ferme en 1786. Un arrêt du Conseil du 24 octobre 1783 casse le bail de la ferme générale, dont l'activité est confiée à une régie intéressée. Cette mesure lui aliène définitivement la finance.
Le marquis Henri Lefèvre d'Ormesson reçoit le dimanche 2 novembre 1783 la visite du comte de Vergennes qui lui apporte une lettre du roi exigeant sa démission, lettre à laquelle il joint un mot d'estime. Ormesson s'exécute en rédigeant sa lettre de démission accompagnée des documents comptables du trésor. Il est remplacé par Charles-Alexandre de Calonne.
Après son éviction, Ormesson conserve la direction de la maison de Saint-Cyr.
Il est promu conseiller d'État ordinaire le 14 avril 1785 et devient membre du Comité contentieux des départements créé en 1787.
Au mois de décembre 1788, il participe à la rédaction du règlement électoral pour la convocation des états généraux, qui doivent se réunir en 1789, pour la première fois depuis 1614.