Henri Jacques Nompar de Caumont, duc de Caumont et pair de France (1698), puis 5e duc de La Force (1699), né le 5 mars 1675, mort le 20 juillet 1726, est un homme politique français. Sous la Régence, en 1716, il devient vice-président du conseil de finances. En 1718, il entre au conseil de Régence. Il est un fervent défenseur du système de Law.
Il est poursuivi en 1721 pour fait de monopole par la corporation des épiciers et apothicaires. Son procès, qui excite les passions, est une des grandes affaires de la Régence. Pour les observateurs, le délit de monopole n'est pas constitué. Le procès leur apparaît surtout comme une vengeance du Parlement de Paris envers le duc. La Force serait en outre une victime expiatoire offerte au public, après la fuite de Law.
Son père est Jacques Nompar II de Caumont (en) (1632-1699), 4e duc de La Force, « le seul grand seigneur […] resté protestant », persécuté pour sa religion. Ayant trois filles d'un premier lit, Jacques épouse en secondes noces en 1673 Suzanne de Beringhen, fervente calviniste. Le couple a trois garçons et quatre filles.
L'aîné, Henri Jacques Nompar, naît au château de La Force, en Périgord, le 5 mars 1675. Nompar, son troisième prénom, signifie « non pair ». Il rappelle les trois léopards figurant sur les armes des Caumont. Le troisième fut ajouté au XIIe siècle, pour commémorer l'exploit d'un ancêtre qui avait combattu seul deux Sarrasins. Nompar fut d'abord un surnom, puis devint un prénom de famille.
Trois mois après la révocation de l'édit de Nantes, en janvier 1686, sur ordre de Louis XIV, les enfants de Jacques de Caumont et de Suzanne de Beringhen sont enlevés à leurs parents. Henri et ses deux frères sont placés chez les jésuites du collège de Louis le Grand, où, dès le mois de mars, ils doivent abjurer.
Le 18 juin 1698, Henri épouse Anne-Marie de Beuzelin, fille unique, « extrêmement riche », de Jean Beuzelin, seigneur de Bosmelet, baron d'Auffay, conseiller du Roi en ses conseil d'État et privé, président à mortier au Parlement de Normandie, et de Renée Bouthillier de Chavigny. Son grand-père, Léon Bouthillier, comte de Chavigny, fut secrétaire d'État aux affaires étrangères du roi Louis XIII.
Elle meurt à Paris, paroisse Saint-Sulpice, le 16 novembre 1752. Son château de Bosmelet passe après elle par succession à la famille Thomas du Fossé, liée au jansénisme.
Jacques de Caumont se démet de son duché-pairie en faveur de ce mariage. Il continue d'être appelé « duc de La Force », tandis qu'Henri devient pair de France avec le titre d'attente de « duc de Caumont ». Lorsque son père meurt le 14 avril 1699, Henri prend le nom de La Force. Il est le 5e duc de La Force, comte de Mussidan, marquis de Fauillet, Agmé, Taillebourg, Born des Champs, baron de Castelnaud, de Caumont, de Tonneins, Samazan, Boësse, Cugnac, Roquepine, Maduran et La Boulaie, seigneur de la prévôté et du domaine de Bergerac et autres lieux.
En mai, sa mère, qui refuse d'abjurer, est contrainte de s'exiler en Angleterre. La princesse palatine accuse le duc d'avoir « laissé presque mourir de faim sa pauvre mère ».
La Force se montre un converti zélé. Il donne de fortes sommes pour le traitement de missionnaires œuvrant à convertir les calvinistes. Il paie des pensions à des convertis. Il accueille dans son château de La Force des missions de conversion, notamment celles de Daniel de Francheville, l'évêque de Périgueux. En 1701, selon Isaac de Larrey, il se livre à des atrocités sur les réformés près de Bergerac, en Saintonge et en Guyenne. La Palatine confirme : « Il a horriblement persécuté les pauvres réformés, ce qui lui fit obtenir une pension, avec l'appui du père La Chaise et de la Maintenon. » Saint-Simon confirme également : La Force a, dit-il, persécuté les protestants et en a « su tirer parti du feu roi ».
Il est colonel du régiment de Beauce. Il sert en Picardie. Il sollicite la charge de capitaine des gardes de corps du roi, et celle de gouverneur de Guyenne. Il ne les obtient pas. En 1705, durant la guerre de Succession d'Espagne, il est colonel du régiment d'infanterie de Caumont La Force. Il sert en Alsace.
Une Académie royale des lettres, sciences et arts est créée à Bordeaux le 5 septembre 1712. Elle choisit La Force comme protecteur. Il en est aussi le bienfaiteur.
Le 4 mars 1714, il achète rue Taranne, à Paris, l'hôtel de Selvois, où naquit en 1675 le mémorialiste Saint-Simon.
Il est reçu dans le cercle restreint des chevaliers de l'ordre de la Mouche à miel. Il participe aux salons littéraires et aux Grandes Nuits de Sceaux que donne la duchesse du Maine en son château de Sceaux (1714-1715). C'est ainsi que le 8 septembre 1714 il préside la huitième Nuit, qui, selon Adolphe Jullien, « ne fut pas des plus brillantes ». Il a lui-même écrit le premier des quatre intermèdes, une poésie mise en musique par Nicolas Bernier, Minerve et les hiboux, « qui n'avait rien de récréatif ».
Il est élu à l’Académie française le 19 janvier 1715, au fauteuil 7, en remplacement de Fabio Brulart de Sillery, évêque de Soissons. Dans son discours de réception, le 28 janvier, La Force rappelle qu'il ne saurait être regardé comme un écrivain : c'est en tant que fondateur de l'Académie de Bordeaux qu'il est admis.
« De tout temps attaché aux jésuites à l'occasion de sa conversion », et surtout pour plaire au roi et tenter de l'approcher, il est résolument du parti des défenseurs de la bulle Unigenitus. Il va le rester sous la Régence, où la bulle va susciter à nouveau de violentes querelles.
Louis XIV meurt le 1er septembre 1715. Le lendemain, au Parlement de Paris, son testament est abrogé. Mais, selon Saint Simon, Philippe d'Orléans s'enlise dangereusement dans une dispute sur le codicille avec le duc du Maine. La Force, par l'intermédiaire de Saint-Simon, le conseille avec beaucoup d'à-propos sur la conduite à tenir. Le duc d'Orléans suit le conseil. Le codicille est abrogé. Philippe, devenu régent, tient tout le pouvoir.
Le 23 décembre 1718, La Force est reçu comme membre honoraire de l'Académie royale des sciences.