Henri Breuil, aussi connu comme l'« abbé Breuil », né le 28 février 1877 à Mortain (Manche) et mort le 14 août 1961 à L'Isle-Adam (Seine-et-Oise), est un prêtre catholique et préhistorien français.
Surnommé le « pape de la Préhistoire », il s'est illustré par son travail de pionnier pour l'établissement d'une chronologie de la Préhistoire avec la classification des industries paléolithiques, et l'étude de l'art pariétal préhistorique à l'acceptation duquel il a grandement contribué.
Ses grands-parents paternels sont Édouard Breuil, conseiller à la Cour d'appel d'Amiens, mort le 20 juillet 1901 à Paris à 87 ans, et Cécile Palmire Millon de Pomeroy, morte à Amiens le 29 septembre 1883 à 64 ans. Dans le faire-part de décès sont cités un Ernest Breuil, attaché au ministère des Affaires étrangères ; Edmond Breuil, ancien consul de France ; M. Limperani, ancien député ; Fernand Limperani, vice-consul de France au Costa Rica. Également noté par M. Ansard, est un certain Guillain Joseph Auguste Breuil, né à Amiens en 1811, membre de la Société des antiquaires de Picardie.
Ses grands-parents maternels sont le baron Prosper Joseph Antoine Morio de l'Isle, nommé sous-préfet de Compiègne le 8 mars 1860, mort le 11 septembre 1906 au château de Vauxcastille (2 km à l'ouest de Vierzy dans l'Aisne) à 84 ans.
Son père est Albert Joseph Édouard Breuil, né à Amiens (Somme) le 17 juillet 1843 et mort à Clermont le 13 avril 1922. D'après H. Breuil, son père Albert Breuil a fait ses études au collège Saint-Vincent de Senlis et ses études de droit à Paris ; il est ensuite nommé juge suppléant à Rouen, substitut à Pont-Audemer puis à Louviers. Il est ensuite procureur de la République en 1877 à Mortain (Manche) et à Clermont (1878-1883). Il prend sa retraite de la magistrature en 1883, « pour une cause politique et pour une question d'honneur » selon sa fille (peut-être à cause de la loi du 30 août 1883 sur l'organisation judiciaire de la France, qui va à l'encontre du principe d'inamovibilité ?).
Il est président de la Caisse d'épargne de Clermont de 1900 à 1922.
Il est aussi membre de la Société des antiquaires de Picardie et naturaliste amateur.
Sa mère est Cécile Morio de L'Isle (1855-1923), fille du baron Prosper Joseph Antoine Morio de l'Isle nommé sous-préfet de Compiègne le 8 mars 1860, mort le 11 septembre 1906 à Vauxcastille à 84 ans, petite-fille du général Annet Morio de L'Isle ; elle épouse Albert Breuil en 1875.
Henri est leur premier enfant. Il a un frère, Michel, né le 21 février 1879 à Clermont, mort à Nice en octobre 1955, docteur en droit et avocat ; et une sœur, Marguerite, née en 1884, morte en 1978 à 94 ans, qui épouse Robert de Mallevoüe (les Mallevoüe partagent un appartement dans le 15e arrondissement de Paris avec Henri Breuil, souvent parti en voyage). Aucun n'a d'enfant.
Né à Mortain le 28 février 1877, Henri Breuil entre au séminaire Saint-Sulpice en 1895 en même temps que Jean Bouyssonie (1877-1965, futur découvreur avec ses frères du célèbre homme de Néandertal de la Chapelle-aux-Saints). Ce séminaire est à l'avant-garde de la « reconquête intellectuelle de la France par l'Église catholique » et est donc orienté vers « la formation de nouveaux prêtres, des prêtres savants ». Là, il suit les cours de sciences naturelles de Jean Guibert, auteur d'un traité intitulé Les Origines, questions d'Apologétique sur les rapports de la science et de la religion. L'enseignement de Guibert fait une large place aux idées évolutionnistes alors relativement nouvelles. Il fait un certain nombre de rencontres cruciales qui confortent son intérêt pour la science préhistorique naissante : Geoffroy d'Ault du Mesnil, Louis Capitan en 1896, Édouard Piette en 1897 - chez qui il peut admirer des chefs-d'œuvre de l'art mobilier préhistorique -, ou encore Denis Peyrony.
Ordonné prêtre le 9 juin 1900 à Saint-Sulpice, Henri Breuil obtient de ne pas être attaché à une paroisse après plusieurs tentatives infructueuses, grâce à l'évêque de Soissons que connaît bien son grand-père maternel qui fut sous-préfet. Il peut ainsi se consacrer entièrement à ses travaux de préhistorien dans un but d'apologétique catholique. Il obtient sa licence d'histoire naturelle en 1904.
Dès 1905, il enseigne la préhistoire à l'université de Fribourg en tant que privatdozent, puis à Paris l'ethnographie préhistorique à l'Institut de paléontologie humaine en 1910, ce qui fait de lui le premier préhistorien professionnel de France. En 1929 le Collège de France crée pour lui la première chaire de Préhistoire ; il y enseigne jusqu'en 1947. Il est nommé membre de l'Institut de France en 1938. Bien que détestant l'enseignement, il construit paradoxalement sa carrière dans ce domaine afin de se faire reconnaître et financer par l'université et la Caisse des monuments historiques et préhistoriques.
Il fait partie de l'équipe constituée par Marcellin Boule au Laboratoire de Paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et à l'Institut de paléontologie humaine (IPH). À ce titre, il forme Pierre Teilhard de Chardin à l'étude des outillages lithiques.
Il meurt le 14 août 1961 à L'Isle-Adam (Seine-et-Oise, actuel Val-d'Oise). Il est enterré à Belleu (Aisne).
Henri Breuil et l'art pariétal
En 1901, avec Louis Capitan et Denis Peyrony, il participe à la découverte de deux grottes ornées majeures de Dordogne, les Combarelles et Font-de-Gaume. Il commence à réaliser des relevés des gravures de la première et des peintures et gravures de la deuxième. En 1902, Émile Cartailhac le convie à étudier les peintures de Marsoulas et d'Altamira. Dès lors, il va participer à l'étude de nombreux sites ornés, en France (les grottes du Tuc d'Audoubert, des Trois-Frères et de Saint-Cirq dite grotte du Sorcier), en Espagne (Castillo, Tajo de las Figuras) mais aussi en Afrique du Sud. Il sera notamment le premier préhistorien à visiter et décrire sommairement la grotte de Lascaux, avant de gagner l'Afrique.
Il noue une relation amicale avec le Dr Jean-Gaston Lalanne, préhistorien et psychiatre médecin-directeur de la maison de santé de Castel d'Andorte, une clinique psychiatrique au Bouscat à proximité de Bordeaux. A partir de 1908, Lalanne finance des fouilles à Marquay (Dordogne) dans les abris de Cap Blanc et de Laussel. En 1911, Lalanne et Breuil mettent à jour dans l'abri de Cap Blanc une frise sculptée de chevaux, bisons et autres animaux. Breuil séjourne à plusieurs reprises à Castel d'Andorte, et entreprend de trier et classer la collection de 30 000 pièces préhistoriques du musée constitué par Lalanne, qui occupe plusieurs pièces de l'établissement.
Dès 1912, il écrit Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification (qu'il révise en 1937), un long article qui synthétise avec brio les connaissances acquises dans les multiples fouilles pratiquées en Europe et au Proche-Orient.