Henri-Gatien Bertrand, né le 28 mars 1773 à Châteauroux (Indre) et mort le 31 janvier 1844 dans cette même ville, est un général du Premier Empire. Il fut le compagnon de Napoléon à Sainte-Hélène.
Issu d'une famille bourgeoise, « […] mais de ces bourgeois en route pour la noblesse et déjà vivant noblement », Henri-Gatien Bertrand naît au château Raoul à Châteauroux, logement de fonction de son père, Henry Bertrand, maître particulier des eaux et forêts, subdélégué de l'intendance de Bourges au département de Châteauroux. La mère de Bertrand, Henriette Boucher, est la fille d'un inspecteur général des Ponts et Chaussées.
Il est élève chez les pères de la Doctrine chrétienne au Collège royal de La Flèche, où Descartes l'a précédé. Le 11 septembre 1793, il entre comme sous-lieutenant à l'École royale du génie de Mézières, et il en sort major de sa promotion.
Lieutenant, il est promu capitaine le 21 mars 1795 et, à vingt-deux ans, il remplace pendant près d'un an (juin 1795-avril 1796) l'illustre Monge à la chaire de stéréotomie et de géométrie descriptive de l'École polytechnique, ce qui témoigne de sérieuses capacités en mathématiques.
Il sert d'abord dans la garde nationale de Paris. Le 10 août 1792, son bataillon se porte aux Tuileries pour défendre la royauté constitutionnelle. À ce moment-là, il sauve la vie du député Viénot-Vaublanc en s'interposant face à un coup de sabre.
Sous-lieutenant dans la guerre des Pyrénées en 1795 et 1796, il fait partie l'année suivante de l'ambassade envoyée à Constantinople. Le 21 mars 1796 il est attaché à la mission du général Aubert du Bayet, ambassadeur extraordinaire auprès de la Porte, afin d'aider les Turcs à organiser la défense des Dardanelles. Après bien des péripéties, la mission parvient à Constantinople où elle se heurte à une fin de non-recevoir des Turcs. Bertrand prend alors le chemin de l'armée d'Italie, qu'il atteint en 1797.
C'est alors qu'il rencontre Bonaparte, le suit en Égypte, où il se distingue aux Pyramides et reçoit alors le grade de chef de bataillon. Il est nommé sous-directeur des fortifications. Légèrement blessé à la tête à Aboukir le 25 juillet 1799, son cheval tué sous lui, le général en chef l'appelle pour remplacer son chef de brigade et Bertrand, la tête enveloppée d'un bandage, s'élance à l'attaque du fort d'Aboukir, prend un drapeau et est blessé à la cuisse. En récompense, il est promu chef de brigade. Le 6 septembre 1800, il est promu général de brigade et le 21 mars 1801, directeur des fortifications d'Alexandrie. Le 29 mars 1801 il est nommé à l'état-major de l'armée.
À partir du 3 septembre 1803 il commande le génie du camp de Saint-Omer, crée le port de Wimereux, ancre les forts de l'Heurt et de La Crèche.
Le 11 décembre 1803 il est nommé chevalier de la Légion d'honneur, et commandeur le 14 juin 1804. L'Empereur en fait son aide de camp le 7 mars 1805. Le 25 août 1805 il est envoyé en mission de reconnaissance du Rhin au Danube étudiant le terrain depuis Ulm jusqu'à Rastadt. À la suite de l'Empereur, il participe à toutes les grandes batailles de l'Empire : il est à Austerlitz, à Iéna, obtient la capitulation de Spandau le 25 octobre 1806. Il est à Eylau et au siège de Dantzig. Il est élevé au grade de général de division le 30 mai 1807, et il est nommé comte de l'Empire le 19 mars 1808.
Le 16 septembre de la même année, le général comte Bertrand, âgé de trente-cinq ans, épouse, à la mairie du Ier arrondissement, Élisabeth-Françoise Dillon, dite Fanny, âgée de vingt-trois ans, fille du général Arthur Dillon (guillotiné en 1794) et de Laure de Girardin de Montgérald (1764-1816), créole de la Martinique, petite cousine de l'impératrice Joséphine. Le mariage religieux a lieu le lendemain à Saint-Leu chez Hortense de Beauharnais, parente de la mariée.
Napoléon (1809-1881), 2e comte Bertrand, officier de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur ;
Hortense-Eugénie (1810-1889) qui épousera Amédée Thayer, sénateur du Second Empire ;
Henri (1811-1878), général de brigade, député de l'Indre, grand officier de la Légion d'honneur ;
Alexandre, né et mort à l'île d'Elbe ;
Arthur (1817-1871), né à Sainte-Hélène et dont sa mère annonça ainsi la naissance à l'Empereur : « Sire, j'ai l'honneur de vous présenter le premier français qui soit entré à Longwood sans la permission du gouverneur ». Il aura un fils Victor Gabriel Félix (26 janvier 1848 – 19 octobre 1888) de ses amours avec la tragédienne Mlle Rachel, qui servira dans la marine, participera à l'exploration du Congo et sera fait chevalier de la Légion d'honneur.
Alphonse (1823-1866), officier de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur.
Henri Bertrand est envoyé en Espagne, puis construit les ponts de l'île Lobau sur le Danube qui permettent à la Grande Armée de traverser ce fleuve et de remporter la bataille de Wagram. Sans l'active habileté de Bertrand, l'armée française renfermée dans Unter-Lobau (une île du Danube), ne peut se porter sur le champ de bataille de Wagram. Il est fait grand aigle de la Légion d'honneur le 14 août 1809. Le 9 avril 1811, il succède à Marmont comme gouverneur général des Provinces illyriennes. C'est un demi-échec, Bertrand, peu à l'aise dans ce rôle nouveau pour lui, semble hésiter à prendre des décisions. Le 2 décembre 1812, Napoléon doit lui retirer ses fonctions, mais il lui donne le commandement du IVe corps de la Grande Armée. Bertrand n'y fait pas merveille, notamment lorsque ses troupes sont battues par Blücher et Yorck devant Wartenburg le 3 octobre 1813. Le 18 novembre 1813, il est nommé grand maréchal du palais et s'installe aux Tuileries le 20.
C'est tout naturellement qu'il suit l'Empereur à l'île d'Elbe où il exerce les fonctions de ministre de l'Intérieur et gouverneur des affaires civiles. Il y est rejoint par son épouse Fanny, qui mit au monde un petit Alexandre, mort à quelques mois à la suite d'une erreur médicale.