Hayat Tahrir al-Cham ou HTC (en arabe : هيئة تحرير الشام (hayʼat taḥrīr aš-šăm)), parfois appelé Organisation de libération du Levant en français et souvent désigné par le sigle HTS (abréviation de l'anglais Hay'at Tahrir al-Sham), était un groupe rebelle islamiste de la guerre civile syrienne. Il est dirigé par Abou Jaber, puis par Abou Mohammed al-Joulani.
Hayat Tahrir al-Cham est fondé en 2017 par la fusion du Front Fatah al-Cham — ex-Front al-Nosra — et de plusieurs autres groupes rebelles syriens. Rival de l'Armée nationale syrienne soutenue par la Turquie, Hayat Tahrir al-Cham devient en 2019 la faction rebelle dominante dans le gouvernorat d'Idlib. Il forme également une administration civile : le Gouvernement de salut syrien.
En novembre-décembre 2024, HTC prend la tête d'une coalition de rebelles et lance une offensive, qui aboutit à la chute du régime de Bachar al-Assad en seulement douze jours. Le groupe prend alors le pouvoir. Le 29 janvier 2025, à l'occasion de la conférence de la victoire de la révolution syrienne (en), le porte-parole de la coalition et commandant des troupes d'assaut de HTC, Hassan Abdel Ghani, annonce la dissolution de « tous les groupes armés », dont sa propre formation et que celles-ci feraient désormais partie des « institutions de l'État » dont l'Armée syrienne.
En juillet et décembre 2025, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada révoquent respectivement leur désignation de Hayat Tahrir al-Cham comme organisation terroriste étrangère.
Hayat Tahrir al-Cham est formé le 28 janvier 2017 par la fusion de six groupes rebelles islamistes syriens : le Front Fatah al-Cham, le Harakat Nour al-Din al-Zenki, le Front Ansar Dine, le Liwa al-Haq, Jaych al-Sunna et Jaych al-Ahrar. Cette fusion est opérée alors que de violents combats ont été déclenchés entre groupes rebelles dans le gouvernorat d'Idlib et l'ouest du gouvernorat d'Alep. Hayat Tahrir al-Cham est alors en conflit avec les Ahrar al-Cham et les groupes de l'Armée syrienne libre.
Dans les semaines qui suivent sa formation, le Hayat Tahrir al-Cham bénéficie encore de nombreux ralliements. Un grand nombre de membres des Ahrar al-Cham font défection pour rejoindre ce nouveau mouvement. Le 7 février 2017, Ansar al-Cham rallie à son tour le groupe.
Pendant toute l'année 2016, le Front Fatah al-Cham, ex-Front al-Nosra, cherche à se dissoudre dans la rébellion syrienne. En janvier 2016, il fait une offre de fusion aux Ahrar al-Cham. Abou Mohammed al-Joulani propose alors de changer le nom de son groupe mais exclut de rompre avec Al-Qaïda. Cependant, les Ahrar al-Cham ne tiennent pas à se lier avec Al-Qaïda et rejettent l'offre.
Le 28 juillet 2016, le Front al-Nosra annonce finalement qu'il rompt avec Al-Qaïda et qu'il prend le nom de Front Fatah al-Cham. Cette rupture se fait avec l'accord du chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. Abou Mohammed al-Joulani apparaît pour la première fois à visage découvert dans un enregistrement diffusé par la chaîne Al Jazeera, il affirme que la décision « d'arrêter d'opérer sous le nom de Front al-Nosra et de recréer un nouveau groupe » s'est faite pour « protéger la révolution syrienne » et pour « faire ôter les prétextes avancés par la communauté internationale » pour viser le groupe classé « terroriste » par les États-Unis. Avec cette séparation, le Front al-Nosra veut se rapprocher des autres groupes de la rébellion et se présenter comme un mouvement strictement syrien.
La décision du Front al-Nosra de rompre avec Al-Qaïda est saluée par les Ahrar al-Cham et le 22 août 2016, des négociations s'ouvrent de nouveau entre les deux groupes en vue d'une fusion. Cependant le projet bloque. La question divise les Ahrar al-Cham, entre d'un côté les partisans du jeu politique, favorables à des négociations et qui souhaitent garder le soutien des pays du Golfe et de la Turquie, et de l'autre ceux, plus proches des thèses d’Al-Qaïda, qui privilégient l'insurrection armée. Au cours de ces négociations, le Front Fatah al-Cham comme les Ahrar al-Cham font l'objet de défections de la part de leurs éléments les plus radicaux. Le 20 septembre 2016, le conseil religieux des Ahrar al-Cham annonce apporter son soutien à l'intervention militaire turque, ce qui provoque quelques tensions avec le Front Fatah al-Cham, hostile à cette intervention.
Mais en janvier 2017, alors que des négociations de paix s'ouvrent à Astana, la situation se dégrade dans le gouvernorat d'Idlib. Le Front Fatah al-Cham est exclu des pourparlers et subit une intensification des frappes aériennes de la coalition. Il crie alors au complot et accuse les autres groupes rebelles de complicité avec les Américains et d'avoir conclu un accord contre lui. Plusieurs groupes de l'Armée syrienne libre sont attaqués par les djihadistes, et décident alors de fusionner au sein des Ahrar al-Cham pour obtenir leur protection.
Trois jours plus tard, le Front Fatah al-Cham fusionne à son tour avec quatre autres groupes, formant ainsi Hayat Tahrir al-Cham. Selon le chercheur Romain Caillet, la formation de Hayat Tahrir al-Cham « est en fait l’aboutissement de la stratégie de "normalisation" de JFS [Front Fatah al-Cham]. Après avoir formellement coupé tous ses liens avec al-Qaïda, puis changé de nom, le mouvement jihadiste se dissout désormais dans une formation dirigée par des rebelles syriens. » Cependant malgré cette fusion, le régime syrien, la Russie et l'Iran continuent de désigner Hayat Tahrir al-Cham sous le nom de Front al-Nosra.
Cependant, si initialement les anciens membres du Front al-Nosra forment le noyau du Hayat Tahrir al-Cham, de nombreux Ahrar al-Cham font défection pour rejoindre le mouvement, au point, selon Romain Caillet, de devenir majoritaires au sein de l'organisation. Plusieurs anciens membres du Front al-Nosra font défection du Hayat Tahrir al-Cham et Abou Mohammed al-Maqdisi, un des principaux théoriciens du salafisme djihadiste, reproche à l'organisation de chercher à rompre avec Al-Qaïda.
Le 23 avril 2017, le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, appelle ses partisans à ne pas privilégier le contrôle et l'administration des territoires, mais à se concentrer sur la guérilla. Selon le chercheur Tore Refslund Hamming, fondateur du laboratoire d'idées MENA Analysis : « Zawahiri met clairement en garde Tahrir Al-Cham, car il craint que sa rupture formelle avec Al-Qaida et sa fusion avec d’autres éléments de la rébellion n’affectent la nature djihadiste du mouvement. »
Dans un message audio publié en novembre 2017, Zawahiri vilipende Hayat Tahrir al-Cham pour avoir rompu avec al-Qaïda. Début 2018, le journaliste Wassim Nasr, spécialiste du djihadisme, considère que Hayat Tahrir al-Cham ne peut plus être considéré comme étant affilié à Al-Qaïda.
En juillet 2017, de nouveaux combats éclatent dans le gouvernorat d'Idlib entre le Hayat Tahrir al-Cham et les Ahrar al-Cham. Plusieurs bataillons des Ahrar al-Cham font défection et préfèrent rejoindre Tahrir al-Cham. En revanche, le Harakat Nour al-Din al-Zenki annonce le 20 juillet qu'il se retire du Hayat Tahrir al-Cham et redevient indépendant. Il est imité par Jaych al-Ahrar le 13 septembre, puis par le Front Ansar Dine le 1er février 2018.
À partir de fin 2017, l'émir d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, commence à critiquer violemment Hayat Tahrir al-Cham et son chef, Abou Mohammed al-Joulani, après l'arrestation et le bref emprisonnement de plusieurs cadres d’Al-Qaïda. Al-Qaïda soupçonne également Hayat Tahrir al-Cham de développer un programme nationaliste, ce que ce dernier dément. Bon nombre de djihadistes préfèrent rester loyaux à Al-Qaïda et quittent Hayat Tahrir al-Cham.
Plusieurs petites formations pro-Al-Qaïda émergent ainsi, comme Jaych al-Malahim et Jaych al-Badiya qui font défection d'Hayat Tahrir al-Cham fin 2017, suivis par Jaych al-Sahel début 2018. En mars, ces trois groupes fusionnent avec Saraya Kabul, Djound al-Charia et Jound al-Aqsa et rallient Tanzim Hurras ad-Din qui prête officiellement serment d'allégeance à Al-Qaïda le 12 avril 2018.