William « Havergal » Brian (né le 29 janvier 1876 à Dresden, aujourd'hui faisant partie de Stoke-on-Trent dans le Staffordshire et mort le 28 novembre 1972 à Shoreham-by-Sea dans le Sussex de l'Ouest) est un compositeur et critique musical britannique.
Outre des œuvres de musique de chambre ou vocales, il est l'auteur de 32 symphonies. Il a également composé des opéras.
Comme critique musical, Brian cultive un style vif et acerbe qui n'est pas sans rappeler celui de George Bernard Shaw.
Havergal Brian naît dans une famille d'ouvriers potiers, au 35 Ricardo Street, à Dresden. Il est l'aîné de sept enfants dont quatre moururent en bas âge. Il commence sa formation dans le chœur de l'église Saint James de Longton, où il reçoit aussi l'enseignement de Theophilus Hemming pour l'orgue. Il quitte l'école à douze ans pour le poste d’assistant organiste. Se familiarisant avec les grandes œuvres chorales, il apprend aussi le violon, le violoncelle et le piano, jouant dans des petits orchestres locaux pour les soirées dansantes. Son frère Henry Havergal était lui aussi organiste d'église.
Baptisé William, il change son nom pour Havergal à vingt ans lorsqu'il cherche un poste. William Henry Havergal (en) (1793–1870) est collecteur d’hymnes victoriens et sa femme, Frances Ridley, une poétesse ; c'est en hommage à cette famille qu'il prend ce nom.
En 1896, l'audition de la Neuvième de Beethoven et de la cantate King Olaf d'Elgar décide de sa carrière. Après différents petits métiers – menuisier, commis de bureau, acheteur de bois – malgré ses origines ouvrières et sa mauvaise formation, il décide de devenir musicien professionnel : il veut jouer et composer. Il s'essaie d'abord à de nombreuses mélodies. Puis viennent les projets plus ambitieux avec chœur et l'orchestre.
Le 3 avril 1899, il se marie avec Alice Priestley. Ils ont cinq enfants : leur premier enfant, Sterndale Harold Benedict Brian (appelé plus tard Sterndale Bennett), naît en octobre et le second en 1901, nommé Hector William Brian, en hommage à Hector Berlioz. Il meurt l'année suivante de tuberculose. En septembre 1902, naît une fille, Margery Isabelle Brian. En décembre 1903, George Halford Brian, nommé en hommage au chef d'orchestre de Birmingham, George Halford (en). Enfin en 1907, naît Dennis Brian.
Dès 1905, il reçoit des encouragements d'Elgar, pour son Psaume 23, et de George Halford, et écrit les premières œuvres que nous connaissons. En 1907, Brian voit un tournant décisif dans sa carrière de compositeur lorsqu'Henry Wood donne les premières interprétations de deux œuvres pour orchestre, English Suite (1904) et For Valour, lors des Proms de Londres (12 septembre et 8 octobre 1907). Il devient l'une des figures de la jeune génération de compositeurs britanniques.
Herbert Minton Robinson, un riche industriel de la poterie de Stoke-on-Trent, lui offre de le soutenir pour qu'il puisse se consacrer entièrement à la musique, entre 1909 et 1913. Il se lie aussi avec les compositeurs ou les chefs d'orchestre tels Frederick Delius, Thomas Beecham – For valour à Birmingham, en février 1912 –, Henry Wood – Dr Merryheart (1912) à Londres, en octobre 1913 –, Ernest Newman et Granville Bantock, qui devient un indéfectible ami et promoteur de Brian. Ils font connaissance à l'occasion de la création de l'oratorio de Bantock, Omar Khayyam, en octobre 1906, à Birmingham.
Parallèlement, ses premières œuvres vocales et pour orchestre sont publiées par Breitkopf & Härtel, et il commence son activité de critique. D'abord pour The Musical World entre 1905 et 1908, puis pour des journaux de Staffordshire ainsi que pour The Musical Times.
Après un désastreux premier mariage, Brian s'installe à Londres en 1913, laissant femme et enfants derrière lui.
Pendant la Première Guerre mondiale, il est volontaire, mais il est congédié de l'armée en mai 1915 pour raison de « pieds plats ». Il est alors envoyé en France pour y inventorier les effets des troupes canadiennes tuées. Cette expérience nourrit son œuvre par l'opéra satirique The Tigers (1917–19). Il en écrit lui-même le livret, et le ton est entre le music-hall et l'ironie brechtienne.
Avant d'entreprendre l'orchestration complète de son opéra, Brian conçoit la composition d'une nouvelle symphonie. Toutefois, en 1921, il extrait six épisodes symphoniques et les orchestre pour une exécution indépendante qui a lieu à Bournemouth le 28 février 1924 sous la direction de Dan Godfrey, puis une autre le 4 mai, lors du festival.
La Symphonie Gothique (1919–27)
Sa Symphonie no 1, dite Gothique, en deux parties et six mouvements, est la plus longue du répertoire (115 minutes de durée), mais seuls les trois premiers mouvements (35 minutes de musique) sont purement instrumentaux ; la seconde partie est un colossal Te Deum pour chœurs, orchestre et orgue. Aussi, l'œuvre s'apparente plus à un oratorio, un peu à la manière de la 8e symphonie de Gustav Mahler.
La symphonie gothique est composée sur une période de huit années. Mais pour l'auteur, « cette œuvre a été en mon cœur toute ma vie, et elle renferme naturellement tous ceux qui m'ont été très chers, qui m'ont aidé et façonné ».
Malgré le résultat démesuré, Havergal Brian affirma à son ami Harold Truscott, compositeur et écrivain, qu'il voulait condenser l'œuvre dans une vingtaine de mesures, fruit d'un flash intense du créateur. Elle unit deux projets : l'un sur le Faust de Goethe, l'autre un Te Deum plus profane que religieux. Selon Reginald Nettel, le compositeur n'a rien moins que voulu décrire « La grandeur de l'univers et la place de l'homme dans celui-ci ». La partition porte en exergue deux vers du poète allemand, extrait de la dernière scène :
« Celui qui cherche de toutes ses forces,