Hau Pei-tsun (郝柏村, pinyin : Hǎo Bǎicūn), né le 13 juillet 1919 à Yancheng et mort le 30 mars 2020 à Taipei (Jiangsu), est un général de l'armée de la République de Chine, ministre de la Défense puis Premier ministre de Taïwan.
Membre du Kuomintang, Hau devient une figure importante de la lutte pour le maintien de l'existence de la République de Chine et du rejet de l'indépendantisme taïwanais dans les années 1980 et 1990.
Né le 13 juillet 1919 à Yancheng, dans le Jiangsu, dans une famille aisée, Hau grandit dans une Chine en pleine ébullition. Lorsqu'il a 8 ans, le mouvement nationaliste chinois, mené par Chiang Kaï-chek, prend le contrôle du Jiangsu et établit sa capitale à Nankin. Choqué par l'Incident de Mukden et par l'invasion japonaise subséquente de la Mandchourie en 1931, Hau se destine à la carrière militaire. À 18 ans, il s'engage à l'Académie de Huangpu, dont il sort diplômé en 1938.
Alors que la guerre contre le Japon bat son plein, Hau est nommé officier d'artillerie de l'Armée nationale révolutionnaire en 1938. Il participe à la bataille de Guangzhou, où il est blessé. Il sert ensuite à partir de 1942 dans les forces expéditionnaires chinoises en Inde, sous le commandement du général Sun Li-jen. Il participe à la reconstruction des forces chinoises réfugiées en Inde mais avant le déclenchement de la contre-offensive alliée en Birmanie, il est envoyé se former au collège de guerre de l'Université des Forces Armées (zh).
Diplômé en 1946, il devient officier supérieur, rattaché au général Gu Zhutong. Il participe ainsi à la Guerre civile chinoise qui éclate rapidement après la reddition japonaise. Il fuit, par Hong Kong, vers Taïwan en 1949 face aux armées communistes qui renverse la République de Chine sur le Continent. Il entre à l'état-major, après un entrainement à Fengshan sous la direction du général Sun Li-jen qui le remarque. Il est ainsi sélectionné pour participer au programme d'échanges avec les États-Unis et part étudier au Command and General Staff College en 1955. De même, il est formé par le Groupe Blanc (白團 ; pinyin: Báituán), des conseillers japonais invités par Chiang Kai-shek à Taïwan pour former les jeunes officiers nationalistes.
À son retour, il est nommé colonel d'artillerie de la Troisième armée. En 1958, il devient major-général de la 9e division d'infanterie et est chargé de la défense de l'île de Lieyu (Little Kinmen), l'une des îles les plus proches de la Chine continentale. Pendant la deuxième crise du détroit de Taïwan, il fait face au bombardement communiste de Kinmen et de Lieyu et coordonne l'échange de tirs d'artillerie pendant 44 jours. Son commandement est remarqué et il est décoré de l'Ordre du Nuage et de la Bannière, quatrième rang. Hau reste à Kinmen jusqu'en 1962, où il reste reconnu comme l'un des meilleurs généraux de la nouvelle génération nationaliste. La rumeur veut que, si le régime nationaliste avait mené une contre-offensive de reconquête de la Chine (en), Hau aurait été en première ligne et en charge de l'une des têtes de pont.
Il est nommé commandant de corps en 1960 et retourne à Taïwan, où il dirige le 3e Corps de 1963 à 1965. Il devient ensuite l'aide de camp présidentiel et garde du corps de Chiang Kaï-chek de 1965 à 1970. Le Généralissime Chiang aurait beaucoup apprécié Hau Pei-tsun, qui aurait suivi son mode de vie pendant cinq ans et aurait été un compagnon de discussion important pour le chef d'État vieillisant. Il a poursuit sa carrière dans l'armée en tant que commandant de la 1re Armée de campagne de 1970 à 1973, commandant en chef adjoint de l'armée de terre de la République de Chine de 1975 à 1977, chef d'état-major principal au ministère de la Défense nationale de 1977 à 1978, commandant en chef de l'armée de terre de la République de Chine de 1978 à 1981 et chef d'état-major au ministère de la Défense nationale de 1981 à 1989. Durant cette période, il se consacre au renforcement et à la modernisation de l'armée nationaliste, en particulier sur le plan balistique. Il est effectivement directeur de l'Institut national Chungshan de la Science et de la Technologie (en) entre 1982 et 1988, ce qui lui permet de diriger les efforts technologiques du pays. Il coordonne ainsi la recherche et le développement du missile à portée nucléaire Tianma (en), de l'avion de chasse AIDC F-CK-1 Ching-Kuo et du char CM-11 Brave Tiger (en), une variante du M48 Patton américain. Dans le même temps, il pilote aussi en partie le programme nucléaire militaire de la République de Chine, qui se poursuit jusqu'à la défection, en 1988, du scientifique Chang Sen-i. Les États-Unis interviennent pour faire cesser les expérimentations taïwanaises. Plus tard, Hau affirme que le pays était en passe de provoquer une réaction contrôlée et aurait pu devenir une potentielle puissance nucléaire.
En mai 1987, il est chargé par le président Chiang Ching-kuo d'enquêter sur le Massacre de Lieyu.
Hau devient membre du Comité central permanent du Kuomintang en 1984, un rôle qu'il conserve jusqu'en 1993. Entre 1984 et 1989, il multiplie les voyages internationaux alors que la République de Chine est de plus en plus isolée. Il visite le Paraguay du dictateur Alfredo Stroessner, un allié majeur de Taipei, en avril 1984 puis en 1987. Il est aussi envoyé quatre fois aux États-Unis entre 1982 et 1989 et en Europe, notamment en France, en mai 1989 pour maintenir les relations favorables entretenues entre Taïwan et d'autres pays du Bloc de l'Ouest. Déjà à l'époque, la CIA reconnaît le rôle potentiel de Hau et prédit son entrée probable dans l'administration civile alors que la santé du Président Chiang Ching-kuo se dégrade.
Le régime vit alors une période de crise. Chiang Ching-kuo vient de lever la Loi martiale et le pays voit la naissance d'un premier parti d'opposition, le Parti démocrate progressiste (DPP), radicalement indépendantiste. Chiang, qui a refusé qu'un autre membre de sa famille lui succède met en avant de jeunes politiciens du Kuomintang d'origine taïwanaise comme Lee Teng-hui, nommé Vice-Président et donc successeur légal et désigné en cas de mort en fonctions du Président. La montée de cette faction "localiste" mécontente cependant beaucoup de monde au sein du parti. À la mort de Chiang Ching-kuo, Lee doit ainsi faire face à l'ascension d'une faction conservatrice, nommée la "Faction du Palais", animée par le Premier ministre Yu Kuo-hwa, Hau et l'autre fils de Chiang Kai-shek, Chiang Wei-kuo, ainsi qu'une faction de "jeunes turcs" réformistes menée par Jaw Shaw-kong (en). Lee doit donc trouver un équilibre à l'occasion du XIIIe Congrès du Kuomintang (en) en juillet 1988 à l'occasion duquel il doit se faire confirmer dans ses fonctions de président du parti. Lee est aussi ostensiblement menacé par d'autres membres de la faction localiste, dont son propre Premier ministre, Lee Huan (en), dont les élans réformistes lui valent d'ailleurs le surnom de "Garde rouge". Le soutien stratégique de James Soong, un membre-clé de la Faction du Palais, permet à Lee de sortir victorieux , Soong appelant ses camarades à soutenir Lee et à mettre fin aux délibérations, "chaque jour de délai étant une insulte à Chiang Ching-kuo". À l'époque, Hau Pei-tsun se désolidarise des efforts des membres les plus radicaux de son groupe pour empêcher l'accession au pouvoir de Lee. La manœuvre se poursuit aussi lorsque l'Assemblée nationale doit élire le Président de la République en 1990 et Hau devient une pièce stratégique pour Lee dans son combat contre les ultra-conservateurs.
Premier ministre de la République de Chine
Après sa victoire au XIIIe Congrès, et en prévision de l'élection présidentielle, Lee décide donc de se rapprocher du général Hau. Il le nomme à la Défense nationale en fin d'année 1989. Loin d'être un poste placard, le ministère est une position avancée pour Taïwan, qui est de plus en plus menacée par les velléités réunificatrices de la République Populaire de Chine. Profitant des coudées franches qu'offrent les réserves de changes - parmi les plus importantes de la planète à l'époque -, Hau est chargé de trouver de nouveaux marchés d'armements. Ainsi, cette position lui permet notamment de suivre deux contrats qu'il avait commencé à négocier lors d'une visite en France en mai 1989, où il avait rencontré Jacques Lanxade, celui des frégates La Fayette et celui des chasseurs Mirage 2000. Hau est en particulier intéressé par le projet La Fayette de Thomson-CSF, vendus comme des navires furtifs, capable de disparaître des radars. Hau et sa délégation, à cette occasion, auraient reçus des pots-de-vin pour favoriser l'achat en France de 16 frégates et annuler les négociations en cours avec des armateurs navals sud-coréens. Les deux contrats (frégates et Mirages) deviennent par la suite le théâtre de deux tentaculaires affaires de corruption en France, en Chine, en Suisse et à Taïwan, émaillées par un grand nombre de morts suspectes, l'Affaire des frégates de Taïwan et l'Affaire des Mirages de Taïwan. L'approche des élections présidentielles déclenche, en février 1990, une lutte politique intense, surnommée la "Lutte de Février (zh)". Menacé par un potentiel ticket alternatif à sa droite mené par Lin Yang-kang (en) et Chiang Wei-kuo, Lee Teng-hui décide de nommer le continental conservateur Li Yuan-tsu au poste de vice-président et Hau Pei-tsun à celui de Premier ministre en mai 1990. Cette manœuvre lui permet de l'emporter d'à la fois éliminer Lee Huan et contenter la faction conservatrice. Cette décision provoque cependant une réaction paniquée de la société civile. Le Parti démocrate progressiste s'inquiète de l'entrée au gouvernement d'un militaire et organise une manifestation qui réunit quelque 2 000 personnes contre le retour de l'ordre militaire tandis que le journal d'opposition Capital Morning News publie une une marquée du caractère "幹" (pinyin: gàn), traduisible par "merde!" en rouge. En réaction, Hau est forcé de se retirer définitivement des forces armées et d'entrer au gouvernement en tant que civil. Il se déclare aussi ouvert à constituer un gouvernement avec des personnalités d'opposition, bien que cette annonce ne soit pas suivie d'effets.