Haroun Tazieff (en russe : Гарун Тазиев, Garoun Taziev ; en tatar : Harun Taciev, cyrillique : Һарун Таҗиев), né le 11 mai 1914 à Varsovie (Empire russe) et mort le 2 février 1998 à Paris (France), est un volcanologue, spéléologue, ingénieur des mines, écrivain, cinéaste et homme politique, né russe puis naturalisé successivement belge (1936) et français (1971).
Tazieff est considéré comme un des pionniers de la volcanologie moderne, qui prend son essor au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Grâce aux nombreuses expéditions qu’il mène sur les volcans du monde entier à partir des années 1950, il contribue à développer cette science, dont il défend une approche multidisciplinaire en collaborant notamment avec chimistes et physiciens. Ses travaux de recherche sont novateurs et concernent principalement le rôle moteur des gaz dans les mécanismes éruptifs ainsi que l'apport de la volcanologie à la confirmation de la théorie de la tectonique des plaques. Pendant toute sa carrière, il reste un adepte des mesures sur le terrain ; avec son équipe, il met au point de nombreux instruments, dont plusieurs deviennent des éléments de référence en la matière. Il développe également l'analyse des risques dus aux éruptions volcaniques et milite en faveur de la prévention auprès des populations. Son caractère reconnu comme difficile l'engage dans de nombreuses controverses scientifico-médiatiques, la plus célèbre étant celle liée à l'éruption de la Soufrière de Guadeloupe en 1976, et à la crise politique qui s'est ensuivie.
Sous la présidence de François Mitterrand, il est d'abord commissaire (1981-1983) puis secrétaire d'État (1983-1986) chargé de la prévention des risques naturels et technologiques majeurs en France. Il met en place le système d’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles ainsi que les premiers plans d'exposition aux risques naturels prévisibles.
Il se fait connaître mondialement par l'écriture et la réalisation de nombreuses œuvres de vulgarisation scientifique sur les volcans. Il fait partie des pionniers du long métrage documentaire, avec notamment Les Rendez-vous du diable (1958) et Le Volcan interdit (1966), films pour lesquels il obtient de nombreux prix.
Enfance et éducation (1914-1932)
Haroun Tazieff naît le 11 mai 1914 à Varsovie, capitale polonaise alors sous tutelle de la Russie tsariste. Tazieff aime à définir ses origines par l'expression « tutti frutti » : en effet, sa mère, une chimiste et docteure en sciences politiques polonaise, et son père, médecin russe, ont eux-mêmes des racines multiples.
Son père, Sabir Tazieff (1885-1914), est un Tatar musulman, né dans la steppe de l'Asie centrale russe, à proximité de Tachkent (dans l'actuel Ouzbékistan), le patronyme Tazieff étant la russification de Tadji, prénom d'un aïeul de Sabir. Sabir, officier médecin dans le corps dit « étranger » de l'armée impériale, qui deviendra la « Division sauvage » du grand duc Michel Alexandrovitch de Russie, est tué sur le front aux premiers jours de la guerre de 1914-1918.
Sa mère, Zénitta Illiassovna Klupta (1886-1984), naît à Daugavpils, ville balte de l'Empire russe (dans l'actuelle Lettonie), d'un père médecin juif, Illias Klupt, et d'une mère chrétienne orthodoxe, Sophie Arianoff, fille du gouverneur germano-balte de la forteresse locale, Sava Filipovitch von Arian. Zénitta devient docteure en sciences naturelles et chimie, et licenciée en sciences politiques de l'université libre de Bruxelles, où elle fait la connaissance de Sabir. Ils se marient dans cette ville en 1906. Ils ont un premier enfant, Salvator, qui ne vit que deux mois. En 1913, ils s'installent à Varsovie où naît leur second enfant, Haroun. La guerre ayant éclaté, Sabir étant parti au front, Zénitta décide de déménager avec son fils pour Petrograd, plus loin des combats. Zénitta Illiassovna Tazieva (de son nom complet une fois mariée) n'apprend la mort de son mari qu'en 1919, une fois la guerre terminée.
Sympathisante bolchévique, Zénitta profite de l'ordre nouveau instauré par la révolution russe pour être envoyée en 1919 par le parti à Tbilissi (Géorgie) où elle travaille au service administratif du recensement des populations. Mais rattrapée une fois de plus par la guerre, civile cette fois-ci, elle émigre de nouveau avec son fils, en 1921. Tout d'abord à Paris, où le jeune Haroun Tazieff désormais apatride (il le reste durant quinze ans, n'obtenant la nationalité belge qu'à sa majorité en 1936) fréquente l'école communale d'Asnières. C'est là que Zénitta rencontre Robert Vivier, un romancier et poète belge de renom. Robert Vivier et Zénitta Tazieva se marient à Neuilly-sur-Seine, en juin 1922. Vivier fait de Haroun son fils adoptif et son légataire universel. Tazieff avait coutume de dire de Vivier qu'il était son « plus que père ». Haroun Tazieff suit ensuite ses parents pour poursuivre sa scolarité à Bruxelles, en Belgique. Haroun, une fois adolescent, est élève tour à tour au lycée Montaigne de Paris puis à l'Athénée royal de Bruxelles. Il rêve alors d'explorations polaires sur les traces de Scott, Shackleton et Nansen.
Activités sportives (1932-1939)
Lycéen et étudiant, Haroun Tazieff pratique régulièrement de nombreux sports. Il est footballeur affilié au Daring Club de Bruxelles de 1930 à 1932, puis à partir de 1935 à Gembloux-Sport pendant ses études à la Faculté d'agronomie de la même ville. Il s'initie aussi à l'escalade sur les falaises des bords de Meuse et pendant ses vacances d'été ; il participe à des voyages de groupe de jeunes dans les Alpes suisses et françaises, où il s'adonne alors à l'alpinisme ainsi qu'à des excursions géologiques. Au cours d'un séjour en Angleterre, il découvre le rugby, qu'il pratique assidûment puis de façon sporadique tout au long de sa vie.
C'est cependant dans la boxe qu'il excelle. Il devient champion universitaire de Belgique, sélectionné pour les Jeux olympiques de Berlin en 1936. Il n'y va pas, sa mère lui ayant interdit de défiler devant Adolf Hitler. Il deviendra également champion du Katanga, province du Congo belge, à la fin des années 1940, alors qu'il y travaille comme ingénieur des mines. Sa carrière de boxeur compte 49 victoires en 53 combats.
Les années de guerre (1939-1945)
En 1938, Tazieff obtient le diplôme d'ingénieur agronome de la faculté des Sciences agronomiques de Gembloux, cursus au cours duquel il s'est spécialisé dans l'entomologie forestière. L'année suivante, il effectue son service militaire dans l'armée belge et, lorsque la guerre éclate, il est mobilisé dans une unité d'élite de l'armée belge, les chasseurs ardennais. Il est blessé par un éclat d'obus et passe plusieurs semaines à l'hôpital. Il s'engage ensuite dans la résistance tout en obtenant, en 1944, son diplôme d'ingénieur géologue et d'ingénieur des mines de l'université de Liège, où il s'était inscrit après la fermeture de l'université libre de Bruxelles sous l'autorité occupante allemande. L'inscription à ces cours lui permet ainsi d'échapper provisoirement au service allemand du travail obligatoire (STO) et lui procure une couverture. La journée, il étudie sur les bancs de l'université ; la nuit, il s'active avec les Partisans armés d’Ourthe Amblève (pr. Liège) ; il fait notamment dérailler des convois allemands sous le surnom de Kim. C'est au cours de cette période de la résistance qu'il se met en couple avec une amie d'enfance, Betty Lavachery (née Limbosch), directrice d'une maison d'enfants à Lasne, dans l'ancienne abbaye d'Aywiers, où elle cache de jeunes Juifs. Vers la fin de la guerre, Tazieff et Lavachery participent aux réseaux du Groupe G pour l'évasion de parachutistes venus d'Angleterre et de prisonniers soviétiques évadés des mines de charbon de Belgique et du nord de la France.
Assistant de faculté en entomologie (1938).
Assistant de minéralogie (professeur E.M. Denaeyer) à la faculté des sciences de l'université de Bruxelles en 1944.
Assistant de géologie appliquée et de géophysique professeur (professeur I. de Magnée) à la faculté des sciences de l'université de Bruxelles en 1945.