Harmonium est un groupe de folk rock québécois, formé en novembre 1972 à Montréal par Serge Fiori et Michel Normandeau. Ils sont rejoints par Louis Valois en 1973 et, à partir du deuxième album, par plusieurs autres musiciens.
Groupe phare de la musique québécoise, Harmonium était l'un des plus populaires au Québec dans les années 1970 et reste au début du XXIe siècle considéré comme l'un des plus emblématiques et influents de la province.
En 1972, Serge Fiori étudie en communications et gagne sa vie comme musicien au sein de l'orchestre de son père Georges en plus de jouer dans quelques bars de Montréal. Michel Normandeau, journaliste au journal Forum de l’Université de Montréal, mais passionné de théâtre, projette de faire la mise en scène d'une pièce de son ami et colocataire Claude Meunier. Normandeau demande à Fiori de composer une musique pour cette pièce de théâtre, « l’embryon des Voisins », mais le projet est finalement abandonné. Meunier décide de déménager et Normandeau invite alors Fiori à loger chez lui. Comme tous deux jouent de la musique, pour s'amuser ils commencent à écrire des chansons en anglais. Intéressés par une carrière musicale, ils enregistrent une démo et rencontrent celui qui deviendra leur premier gérant, Yves Ladouceur, programmateur à la station radio CKVL-FM, qui leur propose de chanter plutôt en français. Début 1973, ils invitent le bassiste Louis Valois, qui étudie en optométrie, à compléter la formation. Avec un répertoire embryonnaire, ils se produisent quand même dans des boîtes à chansons de Montréal (Chez Dieu, l'Évêché, l'Iroquois et surtout le Patriote) où leur son se peaufine et où ils trouvent un public fidèle.
Le 25 juin 1973, ils participent au spectacle de la St-Jean présenté dans le Vieux-Montréal devant 300 000 personnes et diffusé en direct sur les ondes de CKVL-FM. En novembre, ils sont invités à participer à l’émission Son Québec de CHOM-FM où ils interprètent Pour un instant, Un musicien parmi tant d’autres et une chanson qui ne sera jamais éditée en disque ou cassette, Un refrain parmi tant d’autres.
Entretemps, Ladouceur approche les maisons de disque Capitol, Barclay, London, Columbia et Warner pour produire le premier disque du groupe, mais tous refusent, trouvant les pièces trop longues et sans intérêt commercial. Enfin, en 1973, la formation signe un contrat avec la compagnie ontarienne Quality Records (dont l'étiquette québécoise est Célébration). L'année suivante, avec « Bob » Morten comme producteur et Michel Lachance comme ingénieur du son, ils enregistrent en six jours leur album homonyme, un disque folk à saveur progressive. Il comprend principalement des harmonies vocales, les guitares et la basse mais s'y mêlent aussi du piano, de la flûte, des percussions, un peu de batterie (jouée par Réjean Émond) et un solo de bugle (Flugelhorn) (joué par Alan Penfold sur la pièce Harmonium). Ayant quitté le petit appartement qu'il partage avec Normandeau, Serge Fiori emménage avec sa conjointe sur la rue Outremont face à l'école primaire Lajoie. Il s'inspire du son des enfants qui jouent dans la cour de récréation pour écrire Aujourd'hui, je dis bonjour à la vie. Il enregistre ces voix d'enfants enjoués qu'on peut entendre en ouverture de la chanson pendant les improvisations d'harmoniques.
L'image qui apparaît sur la pochette, qui deviendra en quelque sorte le logo du groupe, est une gravure intitulée Habit de musicien de l'artiste français Nicolas II de Larmessin (1632-1694), tirée du recueil Les Costumes grotesques et les métiers paru en 1695. Durant l'hommage à Fiori en juillet 2025, Louis Valois explique que le groupe débutant se sert de ce personnage, qu'ils baptisent Harmonium, pour présenter, sur leur affiche, les trois musiciens. Le groupe prend alors rapidement ce nom.[réf. nécessaire]
Le groupe remporte un succès considérable au Québec, comme en témoignent tant la vente de 125 000 exemplaires du disque que le nombre de concerts donnés par celui-ci. Les titres Un musicien parmi tant d'autres, Harmonium et surtout Pour un instant en sont les plus populaires. De plus, certaines chansons évoquent les aspirations souverainistes de plus en plus populaires à cette époque : « Des inconnus vivent en rois chez moi / Moi qui avais accepté leurs lois » (extrait de Pour un instant). En fait, le groupe a plusieurs fois pris la scène avant les discours de René Lévesque.
Si on avait besoin d'une cinquième saison
Le deuxième album, communément appelé Les cinq saisons, est plus progressif et beaucoup plus complexe musicalement. Peter Burns agit, cette fois, comme producteur et ingénieur de son. Pierre Daigneault (flûtes, saxophones et clarinettes) et Serge Locat (piano et synthétiseurs) se greffent au groupe en plus de Marie Bernard, invitée spéciale aux ondes Martenot. Le groupe y raconte comment Montréal survit tant bien que mal aux quatre saisons et en invente une cinquième avec Histoire sans paroles, pièce instrumentale épique de 17 minutes, qui clôt l'album et sur lequel on entend des vocalises interprétées par Judi Richards. L'une des pièces de l'album ayant une faveur particulière de la critique et du public est sans aucun doute Dixie, chanson joyeuse et colorée dans le style dixieland et qui représente l'été. Fiori y inclut aussi un bref conte, La cinquième saison, qui apparaît sur la pochette entouré des illustrations de Louis-Pierre Bougie. En moins de deux semaines, 15 000 exemplaires de l’album sont vendus et on en écoulera jusqu'à 100 000 copies.
Le groupe participe à OK nous v’là !, le spectacle de la Fête Nationale québécoise de 1976 sur le Mont Royal, partageant la scène avec Beau Dommage, Octobre, Contraction, Raôul Duguay et Richard Séguin. Sur cette scène, ils joueront Comme un fou, chanson du prochain album qui n'avait pas encore de paroles.
L'album sera choisi, en 2015, par le magazine musical américain Rolling Stone pour occuper la 36e position de sa liste des « 50 meilleurs albums de rock progressif », le désignant comme étant « le summum de l'ensemble du mouvement folk-prog ».
Le troisième et dernier album du groupe, L'Heptade, prend une ampleur sans précédent et le concept repose sur les sept niveaux de conscience de la vie d'un personnage à travers son quotidien explorés par ses sept chansons. Celui-ci est enregistré à la maison de campagne de Fiori à St-Césaire en Montérégie, avec le studio mobile new-yorkais utilisé pour l'émission Saturday Night Live qui est en pause estivale.
Paul Dupont-Hébert devient le nouveau gérant et Michel Lachance reprend sa place derrière la table de mixage. Peu après le début de l'enregistrement de cet album-concept, Lachance, à la demande de Fiori, doit annoncer à Michel Normandeau, qu'il devra laisser sa place lors des enregistrements. Bon guitariste, la musique de ce nouveau disque demande maintenant l'apport de virtuoses et on juge que celui-ci peine à jouer convenablement ses partitions. On lui offre de rester dans l'entourage et de continuer à participer à la création du disque ; il a déjà substantiellement contribué à l'écriture des chansons. Blessé, il décide de quitter le groupe. Ce départ laisse donc Fiori et Valois seuls membres de la formation originelle avec Locat, toujours aux claviers. La sonorité de ce disque est très différente de celle des précédents en raison de l'arrivée de Denis Farmer (batterie), Monique Fauteux (chant et piano électrique), Robert Stanley (guitare électrique), Libert Subirana (Instruments à vent en remplacement de Pierre Daigneault) et surtout de l'Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction de Neil Chotem (chef d'orchestre et arrangeur). Pierre Bertrand de Beau Dommage, Estelle Sainte-Croix du groupe Ville Émard Blues Band et Richard Séguin sont invités comme choristes. Au coût de 90 000 $, cet album devient, à l'époque, la production la plus coûteuse de l'histoire du disque québécois. En 1976, les musiciens reçoivent une nomination aux prix Juno dans la catégorie « groupe de l'année ».
Malgré des ventes qui atteindront, en moins d'un an, plus de 100 000 copies, cet album double se vend moins bien que les précédents, probablement à cause de la longueur des pièces (une dizaine de minutes en moyenne) qui se prêtent mal à la diffusion radiophonique ; aucun 45-tours n'en sera tiré. Par contre, une énorme tournée de 110 représentations suit la sortie de l'album. Le groupe se produit partout au Canada, dont dix soirs au Théâtre Outremont à Montréal, six soirs au Massey Hall de Toronto et un concert à Vancouver qui sera enregistré en juin 1977. Cet enregistrement sera lancé en 1980 sous le titre Harmonium en tournée par la Société Radio-Canada mais rapidement retiré du marché et ne sera plus disponible, sauf en versions piratées, jusqu'en 2002 où une réédition officielle sera enfin publiée sur disque compact. Cette prestation se démarque musicalement à plusieurs égards et ce, de manière notable, du disque original et, comme l'affirme Olivier Cruchaudet du magazine Big Bang, transforme « cette œuvre tellement intime, presque introvertie, en même temps fragile et intense, en une fastueuse splendeur, rutilante, débarrassée de son étouffante gangue orchestrale au profit d’un son électrique, puissant et envoûtant, incroyablement dynamique ».