Harald Hardrada, Harald Sigurdsson ou Harald III (vers 1015 ou 1016 - 25 septembre 1066) est roi de Norvège de 1046 à sa mort. Son surnom (Hardråde en norvégien, harðráði en vieux norrois) signifie « au commandement dur », ce qui est souvent traduit par « l'Impitoyable » ou « le Sévère ». D'autres surnoms, plus poétiques, lui ont été ultérieurement donnés, tels que « l'Éclair du Nord » ou « le dernier des Vikings ».
Fils d'un roitelet du Ringerike et demi-frère utérin du roi norvégien Olaf Haraldsson, Harald est contraint de s'exiler après la défaite d'Olaf à Stiklestad, en 1030. Il se réfugie d'abord en Rus' de Kiev, puis à Constantinople où il devient chef de la garde varangienne. De retour en Norvège en 1046, il s'allie avec le roi danois Sven Estridsen contre le nouveau souverain de la Norvège, Magnus le Bon, qui accepte de partager le pouvoir avec Harald en échange de l'abandon de l'alliance avec Sven. Magnus meurt l'année suivante, laissant Harald seul roi de Norvège.
Le règne de Harald est marqué par un renforcement brutal de l'autorité royale et plusieurs campagnes navales contre le Danemark, qu'il s'efforce en vain de conquérir. En 1066, il fait partie des candidats à la succession du trône d'Angleterre. Son invasion du Yorkshire est d'abord couronnée de succès, mais elle connaît un terme prématuré à Stamford Bridge, où Harald trouve la mort en affrontant Harold Godwinson.
Harald voit le jour dans le Ringerike en 1015 ou 1016. Il est le troisième fils d'Åsta Gudbrandsdatter par son second mari, Sigurd Syr, un roitelet du Ringerike qui compte parmi les plus importants et les plus riches seigneurs de la région. Par sa mère, Harald est le demi-frère d'Olaf Haraldsson, qui devient roi de Norvège en 1015. Il fait preuve très jeune de grandes ambitions, ce en quoi il se distingue de son père et de ses frères, de tempérament plus terre-à-terre.
D'après les sagas islandaises, en particulier la Heimskringla rédigée au début du XIIIe siècle par Snorri Sturluson, Harald est un descendant d'Harald à la Belle Chevelure par son père, comme l'est Olaf par son propre père Harald Grenske. En effet, d'après Snorri, Sigurd Syr serait le fils de Halfdan de Hadafylke, fils de Sigurd Rise, fils de Harald. La plupart des historiens considèrent que ce lignage est une invention ultérieure, liée au contexte politique et social de l'époque de la rédaction des sagas, plusieurs siècles après la mort de Harald Hardrada. Cette prestigieuse ascendance n'est jamais mentionnée du vivant de Harald, alors qu'elle aurait constitué un argument de poids en faveur de ses prétentions au trône de Norvège.
Olaf est chassé de son royaume par une révolte en 1028 et Knut le Grand, déjà roi de Danemark et d'Angleterre, ceint la couronne de Norvège. Olaf rentre en Norvège en 1030 afin de reconquérir le trône. En apprenant l'arrivée de son demi-frère, Harald, alors âgé d'une quinzaine d'années, rassemble six cents hommes avant de le rejoindre. Le 29 juillet 1030, l'armée d'Olaf affronte celle des nobles et paysans norvégiens fidèles à Knut à la bataille de Stiklestad, dans le Trøndelag. Harald se distingue sur le champ de bataille, mais il est grièvement blessé, tandis que son frère trouve la mort, ce qui permet à Knut de conserver le trône norvégien.
L'exil chez les Slaves et les Byzantins
Après la défaite de Stiklestad, Harald parvient à s'enfuir jusqu'à une ferme isolée de l'Est de la Norvège avec l'aide de Rognvald Brusason. Il y séjourne le temps de soigner ses blessures, puis repart vers le nord et entre en Suède. En 1031, il arrive en Rus' de Kiev et réside probablement quelque temps à Staraïa Ladoga. Le grand-prince Iaroslav le Sage, dont la femme est une lointaine parente de Harald, réserve un accueil chaleureux au prince exilé et à ses fidèles. En manque de chefs militaires, il reconnaît les capacités du jeune homme et le nomme capitaine de ses troupes. Harald participe ainsi à une campagne contre les Polonais en 1031, et il est possible qu'il ait également combattu d'autres adversaires de la principauté de Kiev, comme les Tchoudes d'Estonie, l'Empire byzantin ou les Petchénègues et autres nomades des steppes.
C'est probablement en 1033 ou 1034 que Harald et ses hommes se rendent à Constantinople, la capitale de l'Empire byzantin, pour rejoindre la garde varangienne. Bien qu'elle soit censée former la garde rapprochée de l'empereur, la garde varangienne participe à des conflits aux quatre coins de l'empire. Ainsi, Harald commence par affronter des pirates arabes en Méditerranée avant de tomber sur les villes d'Anatolie les ayant soutenus. Il participe à des campagnes jusqu'à l'Euphrate lors desquelles, d'après le scalde Þjóðólfr Arnórsson (en), il contribue à la prise de quatre-vingts forteresses arabes. Les sagas rapportent que Harald se rend ensuite à Jérusalem et combat dans la région, mais la position chronologique de ce voyage dans sa vie est incertaine. Il serait plus vraisemblable qu'il ait eu lieu après le traité de paix conclu entre l'empereur Michel IV le Paphlagonien et le calife fatimide al-Mustansir Billah en 1036. Dans ce cas, Harald est peut-être chargé d'escorter des pèlerins jusqu'à Jérusalem et les batailles mentionnées dans les sagas l'opposent à des brigands locaux.
En 1038, la garde varangienne participe à une expédition byzantine en Sicile. Menée par Georges Maniakès, elle a pour objectif la reconquête de l'émirat de Sicile. Harald côtoie à cette occasion des mercenaires normands tels que Guillaume Bras-de-Fer et Snorri Sturluson rapporte qu'il s'empare de quatre villes de l'île. Au terme de cette expédition, en 1041, une révolte éclate dans le Sud de l'Italie et les Varègues sont envoyés la mater. Aux côtés du catépan Michel Dokeianos, Harald remporte d'abord plusieurs succès, mais les Lombards et les Normands, conduits par Guillaume Bras-de-Fer, remportent des victoires décisives à l'Olivento en mars, puis à Montemaggiore en mai. Rappelée à Constantinople, la garde varangienne est envoyée en Bulgarie à la fin de l'année 1041 et contribue à l'écrasement du soulèvement de Pierre Deljan, ce qui vaut à Harald d'être surnommé « le brûleur de Bulgares » (Bolgara brennir) par Þjóðólfr Arnórsson. À son retour à Constantinople, il est couvert d'honneurs. D'après le Stratégikon de Kékauménos, un livre grec rédigé dans les années 1070, « Araltes » (c'est-à-dire Harald) aurait reçu les faveurs de l'empereur : il est d'abord nommé manglabites après l'expédition de Sicile, puis spatharokandidatos après la campagne de Bulgarie. Le texte du Stratégikon implique que ces titres se situent aux échelons inférieurs de la hiérarchie impériale.
Après la mort de Michel IV, en décembre 1041, la cour byzantine est secouée par les querelles entre le nouvel empereur Michel V et la puissante impératrice Zoé, veuve de son prédécesseur. Harald ne bénéficie plus de la faveur impériale et se retrouve même emprisonné pour une raison incertaine. D'après les sagas, il a été arrêté pour avoir puisé dans le trésor impérial et exigé la main d'une parente de Zoé ; d'après Guillaume de Malmesbury, pour avoir entretenu des rapports avec une femme de la noblesse ; d'après Saxo Grammaticus, pour meurtre. Il est possible que Michel V ait voulu se protéger d'un Varègue jugé trop loyal envers son prédécesseur. Il existe également plusieurs variantes quant à la manière dont Harald sort de prison. Il pourrait s'être évadé avec une complicité externe, en profitant de la révolte contre Michel V qui éclate en avril 1042. La garde varangienne est divisée : certains de ses membres protègent l'empereur, tandis que d'autres, menés par Harald, apportent leur soutien aux rebelles. En fin de compte, Michel V est aveuglé et envoyé dans un monastère, et les sagas affirment que c'est Harald lui-même qui a crevé les yeux de l'empereur déchu. Au mois de juin, une fois Zoé rétablie sur le trône avec son nouvel époux Constantin IX Monomaque, Harald demande la permission de rentrer en Norvège, mais l'impératrice refuse. Harald parvient néanmoins à s'échapper par le Bosphore avec deux navires et quelques fidèles. L'un des navires est détruit par les chaînes tendues en travers du détroit, mais l'autre parvient à franchir l'obstacle et permet à Harald de s'enfuir par la mer Noire.