Hadrien (Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus, en latin), né Publius Aelius Hadrianus le 24 janvier 76 à Italica (près de Séville) et mort le 10 juillet 138 à Baïes, est un empereur romain de la dynastie des Antonins. Il succède à Trajan en 117 et règne jusqu'à sa mort en 138.
Empereur lettré, poète et philosophe, il rompt avec la politique expansionniste de son prédécesseur, s'attachant à pacifier et à structurer administrativement l'Empire romain tout en consolidant des frontières parfois poreuses. En 122, il fait bâtir le mur d'Hadrien pour marquer la limite du nord de la Bretagne romaine.
Au cours de son règne, il visite quasiment toutes les provinces de l'Empire, encourageant le développement de la culture et subventionnant personnellement plusieurs projets. À Rome, il fait entièrement reconstruire le Panthéon et bâtit le temple de Vénus et de Rome. Fervent admirateur de la Grèce et cherchant à faire d'Athènes la capitale culturelle de l'Empire, il y ordonne la construction de nombreux temples opulents.
Sa relation homosexuelle avec le jeune Antinoüs et la mort prématurée de celui-ci, conduisent Hadrien à fonder Antinoupolis sur les rives du Nil.
Les dernières années d'Hadrien sont marquées par la maladie. Il vit la révolte de Bar Kokhba comme l'échec de son idéal panhellénique, et fait exécuter plusieurs sénateurs. N’ayant pas d'enfant avec son épouse Sabine, il adopte Antonin le Pieux en 138 et le nomme héritier de l'Empire. Hadrien meurt la même année à Baïes, Antonin le faisant postérieurement diviniser malgré l'opposition du Sénat.
Les sources antiques le décrivent comme énigmatique et contradictoire, capable à la fois d'une grande générosité personnelle et d'une extrême cruauté, poussé par une curiosité insatiable ainsi que par une ambition sans limites.
Les principales sources sur sa vie et son règne sont les Vies des Césars du sénateur Marius Maximus et l’Histoire de Rome de Dion Cassius. Tous deux écrivent au début du IIIe siècle, soit environ un siècle après la mort d'Hadrien. La première œuvre, rédigée à la suite de la Vie des douze Césars de Suétone, a disparu ; elle est abondamment reprise, sous une forme très condensée, par la Vie d'Hadrien du pseudo-auteur Spartien qui ouvre l’Histoire Auguste. Celui-ci évoque aussi une Autobiographie, mémoires qu'aurait rédigés Hadrien à la fin de sa vie, mentionnés par Dion Cassius, mais dont il ne reste pas de trace.
Le livre 69 de Dion Cassius, qui traite du règne d'Hadrien, n'a survécu que par des fragments et un abrégé byzantin.
Hadrien naît à Rome ou Italica (Espagne) le neuvième jour des calendes de février, sous le septième consulat de Vespasien et le cinquième de Titus, c'est-à-dire le 24 janvier 76. Il est le fils de Domitia Paulina ou Domitia Paulina Major et de Publius Aelius Hadrianus Afer, cousin germain de Trajan, sénateur après avoir été préteur. Il a une sœur aînée, Aelia Domitia Paulina ou Domitia Paulina Minor.
Sa mère est originaire de Gadès (actuelle Cadix), la plus ancienne cité d'Espagne ; on peut conjecturer que sa famille, d'origine punique, a reçu la citoyenneté grâce à la gens Domitia. La famille de son père est originaire d'Hadria en Picénum. L'un de ses ancêtres fait partie des soldats blessés ou malades que P. Cornelius Scipio laisse en Bétique (Espagne du Sud) en 206 av. J.-C. à la fin de la deuxième guerre punique, et qui fondent la colonie d'Italica.
Les Ælii sont l'une des principales familles romaines d'Espagne et ont compté dans leurs rangs un sénateur. Le père d'Hadrien est par sa mère, le cousin germain du futur empereur Trajan.
Son enfance est mal connue. Son père meurt à l'âge de 40 ans, alors qu'Hadrien est âgé de 10 ans. L'enfant est confié à deux tuteurs : le cousin germain de son père, Trajan, qui n'avait pas d'enfant, et un chevalier romain, P. Acilius Attianus, futur préfet du prétoire à la fin du règne de Trajan. Il a peut-être pour pédagogue le grammairien Q. Terentius Scaurus. En tout cas, il étudie les lettres grecques avec beaucoup de passion, s'attirant le surnom Græculus, « petit Grec ».
En 90, Hadrien effectue un bref séjour à Italica, sans doute pour inspecter les domaines familiaux après avoir assumé la toge virile. L’Histoire Auguste indique qu'il « rejoint aussitôt le service », mais compte tenu de son âge à l'époque, 14 ans, il s'agit plus probablement d'une brigade (collegium) de jeunes gens de bonne famille (juvenes). À la même époque, il se prend de passion pour la chasse, au point que Trajan doit le faire rappeler. Celui-ci est nommé la même année consul ordinaire, ce qui le place au deuxième rang derrière l'empereur ; l’Histoire Auguste précise qu'il considère alors Hadrien « comme son fils ». Rentré à Rome, le jeune homme poursuit ses études de rhétorique.
Hadrien assume sa première magistrature en 94 : il rejoint les décemvirs chargés des litiges mineurs (decemviri stlitibus judicandis), qui forment un collège du vigintivirat. La charge, peu exigeante, constitue cependant une initiation à la vie publique, et le premier échelon de la carrière sénatoriale. La même année, Hadrien assume deux autres charges honorifiques : il est préfet des Féries latines et sevir turmæ equitum Romanorum, c'est-à-dire chargé de mener l'un des six escadrons (turmæ) lors de la cavalcade annuelle des chevaliers romains (transvectio equitum).
L'année suivante, Hadrien effectue son service militaire en tant que tribun laticlave de la légion II Adiutrix, stationnée à Aquincus (Budapest), dont le rôle est de protéger l'Empire contre les Sarmates. En 96, à l'issue de son année de service, il est de nouveau appointé comme tribun militaire, cette fois dans la légion V Macedonica en Basse-Mésie. Quelques semaines plus tard, l'empereur Domitien est assassiné ; Nerva lui succède immédiatement. Un an après, ce dernier adopte Trajan. Grâce à son lien de parenté, Hadrien est choisi pour porter au nouveau César, alors gouverneur de Germanie supérieure, les félicitations de l'armée de Basse-Mésie. Arrivé en Germanie, Hadrien obtient un troisième tribunat, fait exceptionnel qui s'explique probablement par sa position particulière : il est le plus proche parent mâle de l'héritier du trône. Il se retrouve sous l'autorité du mari de sa sœur, Julius Servianus, avec lequel il a de mauvaises relations.
Le 27 janvier 98, Nerva meurt. Trajan est déclaré empereur dès le lendemain. Hadrien est choisi pour apporter la nouvelle à son oncle, qui séjourne alors à Cologne, et demeure à ses côtés. Il accompagne ensuite la cour impériale à Rome. L’Histoire Auguste note qu'il entre alors en conflit avec les pédagogues des pages impériaux ; sachant que Trajan est grand amateur de jeunes garçons, on ne peut qu'en déduire qu'Hadrien les a lui-même approchés d'un peu trop près. Inquiet, Hadrien recourt aux « sorts virgiliens », consistant à tirer au hasard d'un récipient une des tablettes portant un ou des vers de l’Énéide. Il tombe sur les vers 808-811 du sixième livre, évoquant le roi Numa Pompilius :
« Qui donc est celui-là, au loin, qui se distingue par ses rameaux d'olivier,
et portant des objets sacrés ? Je reconnais les cheveux et la barbe blanche