L'hôtel de ville de La Rochelle est le bâtiment qui héberge depuis 1298 la mairie de La Rochelle, dans le département français de la Charente-Maritime en région Nouvelle-Aquitaine.
Il est le plus ancien hôtel de ville français encore en fonction. Entre 1628 et 1748, le bâtiment est la résidence du Gouverneur de l'Aunis et de la Ville avant de redevenir la maison de la ville. Il est classé au titre des monuments historiques depuis le 27 décembre 1861. Largement détérioré, le bâtiment subit, à la fin du XIXe siècle, une lourde restauration, mêlant restauration à l'identique, transformation et extension de bâtiment.
Un incendie d'origine électrique a le 28 juin 2013 ravagé les toitures et charpentes de la partie historique du bâtiment, dont la restauration s'est achevée fin 2019.
La commune de La Rochelle bénéficie dès sa création d'une large autonomie. Le duc Guillaume X d'Aquitaine affranchit la ville des tutelles féodales, faisant de son port un port libre. Privilèges et libres franchises sont confirmés et étendus par les successeurs, le roi des Francs, Louis VII, puis celui d'Angleterre, Henri II, à la suite des mariages de sa fille, Aliénor d'Aquitaine. Grâce au commerce avec l’Angleterre et le nord de l’Europe, la ville devient rapidement un port commercial de premier plan.
En 1199, Aliénor d'Aquitaine octroie à la ville une charte communale :
« La commune ne sera comptable qu'à elle-même des deniers publics ; elle pourra contraindre les habitants de la ville et de la banlieue à travailler aux fortifications de la place ; le maire aidé de ses échevins jugera à mort, à charge d'appel, devant le juge du roi ; les serfs et les étrangers seront soumis à la juridiction communale en cas de flagrant délit ; le seul crime de lèse-majesté est ôté de la connaissance du maire et des échevins. Ils auront la police de la ville » Émile Couneau, La Rochelle disparue.
Outre ces dispositions administratives, le maire se trouve à la tête d'un gouvernement absolument indépendant. Ses pouvoirs sont presque aussi étendus que ceux d'un souverain. Il commande aux armes de terre et de mer, organisant et commandant les milices. Il contrôle les poids et mesures des marchandises assujetties à des droits fiscaux. Il bat monnaie et reste comptable des deniers publics. Il n'a à rendre compte de sa gestion qu'au corps de ville, dont il est le chef, mais qui peut devenir son juge en cas d'abus de pouvoir. Ces actes sont contrôlés par les pairs. Le maire ne peut pas prendre ses décisions en dehors de l’échevinage.
Seule la présence du château Vauclair rappelle l'autorité féodale. Il est construit par le roi Henri II d'Angleterre, époux d'Aliénor d'Aquitaine, et duc d'Aquitaine par sa femme, vers la fin du XIIe siècle. Les Rochelais comprennent rapidement tous les avantages des libertés et privilèges qu'ils ont acquis et le danger que représente cet imposant symbole de pouvoir.
La Rochelle passe dans le domaine royal en 1224. Elle devient possession anglaise en 1360 avec le traité de Brétigny. En 1372, la ville est assiégée par le roi de France Charles V. Les Rochelais, souhaitant redevenir français, réussissent à prendre par la ruse le château royal des mains d'une garnison anglaise. Cependant, ils négocient le prix de leur soumission et arrachent au roi de France des privilèges étendus dont l’inaliénabilité de la ville à la couronne de France, la promesse de la destruction du château royal et l'interdiction faite d'en ériger un nouveau. Cette interdiction est tenue, non sans mal, jusqu'à l’érection du Fort Louis en 1622, situé à une portée de canon de la ville. La démolition du château Vauclair, dernier symbole du pouvoir royal sur la ville, est entamée le lendemain de l'entrée du roi dans la ville. La ville continue à prospérer à l'intérieur de ses remparts. Le château royal ayant disparu, la ville se dote de son propre symbole. L'échevinage doit montrer à tous la prospérité de la ville, ses libertés et ses privilèges qu'il entend préserver à n'importe quel prix, puisque la ville n'a de comptes à rendre à aucun autre noble que le roi.
En 1298, l'échevinage s'installe dans cinq maisons et un verger, formant un ensemble correspondant à l'emprise de l'actuel hôtel de ville. L'édifice abritant le corps de ville construit à la place des habitations fut détruit par un incendie. On entreprend sa reconstruction de 1486 à 1492 par l'édification du mur de clôture nord, le mur ouest étant achevé en 1498. Cette muraille crénelée et flanquée de tourelles symbolisait la prospérité commerciale et son désir d'indépendance. Cependant, la reconstruction du reste de l'édifice ne commença que vers le milieu du XVIe siècle. Le reste de l'édifice resta délabré au point que le corps de ville eut l'habitude de se réunir dans d'autres lieux comme en 1515, où le conseil se réunissait au couvent des Augustins et, en 1542, près de la rue Chaudrier.
La reconstruction de l'hôtel de ville reprend par la construction du pavillon Nord.
À partir de 1568, date de la destruction de l'église Saint-Barthélémy, l’élection du maire se déroula à l'hôtel de ville.
L'ouverture de l'assemblée générale des Églises réformées se tient à l'hôtel de ville, le 14 novembre 1588, en présence du roi de Navarre, nommé président par élection et suffrages pris des provinces. Le président, pendant son discours, montra les enseignes appendues dans le salon et qu'il avait enlevées à l'ennemi catholique.
La grande galerie est commencée à partir de 1595. Tout le corps du bâtiment, avec sa galerie au rez-de-chaussée et ses combles, est achevé en 1606. L'année suivante, le corps de ville acquit, au sud-est du corps principal, une maison donnant sur la rue des gentilshommes, le bâtiment des Échevins.
Le 2 mars 1622, on ajoute au salon, « pour estre gardés et conservés en mémoire honorable dudit exploict. », les drapeaux ou guidons enlevé aux royalistes par Benjamin de Rohan seigneur de Soubise lorsqu'il s'est rendu maître des Sables-d'Olonne et de plusieurs petites places du Bas-Poitou.
À la suite de la défaite de 1628, Louis XIII supprima le corps de ville et confisqua la maison de ville pour la transformer en maison du roi. Le 22 mai 1631, fut publié en l'audience présidiale le don fait par le roi de la maison de ville à monsieur le cardinal de Richelieu et autres gouverneurs de La Rochelle. Dès lors, la maison de ville devint la maison du gouverneur. Pour permettre de loger le gouverneur, on étend l'emprise de l'ancienne maison de ville à trois habitations contigues.
Une première mairie fut rétablie en avril 1694. Cette mairie était un office de mairie au coût élevé imposé aux trésoriers de France. Le 5 février 1718, Louis XV détacha la mairie du bureau de finance, constitua un corps de ville et rendit la mairie élective. Privé de l’échevinage, le bureau des finances, puis le corps de ville, se réunissait dans la maison Henri II. En 1748, la maison du gouverneur n'était plus adapté à son rôle de résidence du Gouverneur et le gouverneur préféra négocier avec le corps de ville son échange au profit de l'hôtel Jouin de la Tremblaye. Le bâtiment fut acquis par la ville pour 60 000 livres auprès de M. Tremblay. Le vieil échevinage est alors récupéré par la ville et redevint l'Hôtel de ville de La Rochelle.
Il est classé au titre des monuments historiques le 27 décembre 1861. À la suite de ce classement, Juste Lisch établit des projets de restauration et d'agrandissement, réalisés de 1872 à 1877, sous la surveillance de Massiou, architecte de la Ville. On entreprit la reconstruction de l'escalier d'honneur, la restauration de la galerie des statues et de la grande galerie. Les fragments des restaurations furent déposés dans des musées, la plus importante partie (une Lucarne et une niche avec blason) se trouvant dans les collections lapidaires du Musée d'Orbigny Bernon, le reste, soit une porte palière du XVIIe siècle et des caissons de la grande galerie se trouvent dans le jardin du Musée des beaux-arts de La Rochelle.