Hérode Ier le Grand (en hébreu : הוֹרְדוֹס הַגָּדוֹל Horedos haGadol, grec ancien : Ἡρῴδης ὁ Μέγας Hêrôdês ho Mégas, en latin avec les tria nomina : Caius Iulius Herodes), fils d'Antipater, fait partie de la dynastie des Hérodiens. Il est né à Ascalon en 73 av. J.-C. et mort à Jéricho en 4 av. J.-C. Il est roi de Judée, État client de Rome, de 37 av. J.-C. à sa mort en 4 av. J.-C.
Hérode le Grand est l'un des personnages les plus importants de l'histoire de l'époque du Second Temple de Jérusalem, édifice auquel il confère son aspect monumental qui crée des discussions et encore de fortes passions. Son histoire est surtout connue par les écrits de Flavius Josèphe, lesquels, inspirés dans un premier ouvrage par les écrits du secrétaire d'Hérode Nicolas de Damas, lui sont particulièrement favorables. Un second ouvrage corrige ensuite le premier, peut-être sous l'influence de ses relations avec les Juifs de Rome.
Pour consolider sa souveraineté, il retire le pouvoir politique aux prêtres qui dirigeaient la Judée depuis le début de l'époque du Second Temple. Pour écarter toute rivalité politique susceptible de menacer son pouvoir, il fait assassiner son épouse Mariamne ainsi que plusieurs de ses enfants.
Mais sa réputation de cruauté est surtout due à un passage de l'Évangile selon Matthieu (2, 16-18) qui relate un épisode connu sous le nom de massacre des Innocents. Selon cet évangile, les grands prêtres et les scribes du peuple juif auraient annoncé la naissance à Bethléem du « roi des Juifs », et Hérode, craignant un futur rival temporel, l'aurait fait rechercher pour le mettre à mort. Ne l'ayant pas trouvé (Fuite en Égypte), il aurait ordonné la mise à mort de tous les enfants mâles de la bourgade âgés de moins de deux ans, espérant qu'il serait du nombre. On peut aisément faire le parallèle entre ce récit et celui du début de l'Exode selon lequel le Pharaon d'Égypte aurait ordonné le meurtre de tous les nouveau-nés mâles des esclaves hébreux. L'historicité de ce massacre, remise en cause par Voltaire dans l'article « Innocents » de son Dictionnaire philosophique, continue d'alimenter les débats parmi les spécialistes.
Antipater, principal conseiller du grand prêtre Hyrcan II, mais qui dans les faits gouverne la Judée, nomme en 47 av. J.-C. son fils aîné Phasaël stratège de Jérusalem et son fils cadet Hérode stratège de Galilée. L'exécution par ce dernier d'un haut personnage appelé Ezéchias, chef des insurgés galiléens, amène l'élite sacerdotale et le grand prêtre Hyrcan II à contester son action. Hérode est sommé de se justifier devant le Sanhédrin. Appuyé par le gouverneur de Syrie Sextus César et à la suite d'une intervention ambiguë du leader pharisien Saméas (Shemayah ou Shammaï ?), Hérode est acquitté. Sextus César le nomme alors stratège de Cœlé-Syrie et de Samarie (46 av. J.-C.).
Après le meurtre de Jules César le 15 mars 44 av. J.-C., Antipater et son fils Hérode se rallient au gouverneur de Syrie, Caecilius Bassus, ex-partisan de Pompée. Celui-ci s'empresse de demander un tribut de 700 talents qu'Antipater sollicite auprès des notables du royaume. Hérode s'acquitte de son tribut de 100 talents. Comme Malichus, chargé par Antipater de la région comprenant Gophna (en), Emmaüs, Lydda et Thamna, tarde à verser son tribut, Cassius marche sur ce district. Mais Antipater prévient le conflit par un versement de 100 talents. Cette « politique de pots-de-vin permet à Antipater et à ses fils d'être confirmés dans leurs fonctions ». Antipater meurt empoisonné par Malichus qui rêvait de prendre sa place. Hérode, appuyé par Cassius qui l'a nommé intendant de Syrie, venge son père en faisant assassiner Malichus près de Tyr (43 av. J.-C.).
En 42 av. J.-C., le départ de Cassius de Syrie entraîne des troubles en Judée. Antigonos, fils d'Aristobule, essaie en vain d'entrer en scène, tandis que le tyran de Tyr, Marion, s'empare d’une partie de la Galilée.
Après la victoire d'Antoine et d'Octave à la bataille de Philippes (42 av. J.-C.), plusieurs délégations juives viennent se plaindre auprès d’Antoine des fils d’Antipater, Phasaël et Hérode. Hérode prend les devants et part à la rencontre d'Antoine. Il lui remet une importante somme d'argent pour éviter d'avoir à se justifier. Antoine est ravi : le prix payé par Hérode dépasse ses attentes. Phasaél et Hérode sont confirmés dans leurs fonctions, mais aussi promus « tétrarques », titre supérieur à celui de stratège (41 av. J.-C.).
En 40 av. J.-C., les Parthes envahissent Israël et soutiennent Antigonos pour prétendre au trône de Judée au détriment d'Hyrcan II. Les deux partis s’affrontent dans Jérusalem. Le général parthe invite Phasaël et Hérode à se rendre devant son chef, le satrape Barzapharnès, pour faire la paix. Hérode refuse, mais Phasaël accepte avec Hyrcan II. Ils sont faits prisonniers. Hérode parvient à sortir de Jérusalem avec 9 000 hommes et emmène sa famille. Le convoi tombe dans une embuscade. En ce lieu sera par la suite édifié l'Hérodion en souvenir de ce qu'Hérode appellera son plus grand combat. Il parvient à mettre sa famille en sécurité à Massada et va chercher du renfort à Pétra. Les Parthes s'emparent alors de Jérusalem, descendent le long de la côte jusqu'à Gaza et s'installent en Idumée. Pour une courte période toute la Syrie y compris la Judée a été subjuguée, à quelques exceptions près, dont la ville fortifiée de Tyr. Se sachant prisonnier, Phasaël se suicide et Hyrcan II est emmené prisonnier par les Parthes en Parthiène. Avant sa déportation, son neveu Antigone II Mattathiah obtient qu'une de ses oreilles soit tranchée, ce qui lui interdit définitivement de pouvoir exercer la fonction de Grand prêtre d'Israël. « À Jérusalem, libérée ou occupée par les Parthes, selon le point de vue qu'on adopte, Antigonos est intronisé à la fois comme roi et grand-prêtre. Le royaume hasmonéen a officiellement été restauré, mais dans les faits, c'est un protectorat parthe ».
Hérode, mal reçu par le roi de Nabatène Malichos Ier, rejoint Alexandrie puis Rome. Bien reçu par Antoine et Octave, il est proclamé roi de Judée à l'unanimité du Sénat romain en décembre 40 av. J.-C.. La décision du Sénat « est exceptionnelle, les Romains ayant pour principe de n'accorder le titre royal qu'aux descendants des anciennes dynasties ».
Mais le succès initial rencontré par les Parthes est sans lendemain : en 39 av. J.-C., le général romain Publius Ventidius Bassus contre-attaque et vainc Labienus, qui est tué au cours de la bataille. Il défait ensuite Pacorus Ier lors de la bataille de Gindarus en Syrie du nord, lors de laquelle celui-ci est tué.
Hérode reprend pied en Israël avec l'appui de l'armée romaine victorieuse des Parthes. Il débarque en 39 av. J.-C. à Ptolémaïs, cité phénicienne qui a réussi à résister aux assauts des Parthes. Cinq « lochoi » de soldats juifs (env. 2 500 hommes) l'y attendent, il enrôle aussi des mercenaires étrangers. Longeant la côte en direction du sud, il s'empare de Joppé. « Il pénètre ensuite en Idumée où il est accueilli en libérateur » et délivre sa famille à Massada. Mal soutenu par le général romain Silo, il doit abandonner l'attaque de Jérusalem. Pendant l’hiver 38 av. J.-C., maître de la côte, de l'Idumée et de la Samarie, il achève de prendre le contrôle de la Galilée en pourchassant les bandes de brigands et maquisards. Comme le général romain Machaeras a une attitude ambiguë, Hérode rencontre Antoine à Samosate et celui-ci donne des instructions précises à Sosius, le gouverneur de Syrie.
Pendant l'absence d'Hérode, la situation de ses partisans empire : Joseph, frère d'Hérode, est tué dans une embuscade près de Jéricho, la Galilée se révolte et les notables partisans d'Hérode sont noyés dans le lac de Génésareth. Renforcé par les deux légions de Caius Sosius, Hérode reprend le contrôle de la Galilée et de Jéricho et bat les partisans d’Antigonos près d'Isana. Au printemps 37 av. J.-C., il met le siège devant Jérusalem. Il est épaulé par les troupes romaines de Sosius. « Hérode donne l'ordre d'abattre tous les arbres des environs afin de construire trois gigantesques plates-formes. Puis, laissant ses hommes à l'ouvrage, il s'absente quelques jours, le temps d'aller se marier en Samarie avec Mariamne l'Hasmonéenne, petite-fille d'Hyrcan II et nièce d'Antigonos ». Jérusalem tombe au bout de cinq mois. Antigone se rend à Sosius qui l'envoie à Marc Antoine, malgré les protestations d'Hérode qui veut l'exécuter sur le champ. Antoine se laisse persuader par les cadeaux d'Hérode : Antigone est finalement décapité. Il est le premier roi exécuté par les Romains. Hérode prend le titre de roi des Juifs.