Ce Jour-là

Héraldique

Science du blason et des armoiries

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L’héraldique est la discipline qui étudie les armoiries, ou « armes », c’est-à-dire des emblèmes en couleur soumis, dans leur composition comme dans leur représentation, aux règles du blason. L'héraldique porte à la fois sur la composition des armoiries, leur description dans la langue du blason, leur identification, leurs usages sociaux et juridiques, ainsi que leur présence sur les objets, les monuments, les sceaux, les manuscrits ou les œuvres d’art.

Apparues en Europe occidentale au cours du XIIe siècle, dans le contexte de la société féodale, des chevaliers, des tournois et des transformations de l’équipement militaire, les armoiries forment un système de signes destiné à identifier des personnes, des familles, des lignées, des collectivités ou des institutions. Elles se distinguent des simples signes de reconnaissance par leur stabilité : les mêmes figures et les mêmes couleurs sont associées durablement à un titulaire et leur représentation obéit progressivement à des règles codifiées.

L’héraldique constitue une science auxiliaire de l'histoire, au même titre que la sigillographie, la vexillologie, la phaléristique ou la diplomatique. Elle relève également de l’histoire des signes, de l’histoire sociale, de l’histoire de l’art et, selon les périodes et les pays, du droit des armoiries. Les hérauts, dont le nom a donné le terme « héraldique », ne sont pas à l’origine de l’usage des armoiries, mais jouent un rôle important dans leur reconnaissance, leur description et leur codification, notamment par la fixation de la langue du blason et la compilation d’armoriaux.

Le vocabulaire héraldique emploie plusieurs termes et notions proches — blason, blasonnement, armoiries ou armes, écu, émaux, figures et ornements extérieurs — que l’usage courant ou plus érudit tend parfois à confondre. Leur distinction importe, car l’héraldique articule un système de signes, une langue pour les décrire et des supports pour les représenter.

En héraldique, le « blason » désigne l’ensemble des figures, des couleurs, des termes et des règles qui permettent de composer et de décrire les armoiries : il constitue en ce sens « le lexique et la grammaire du langage héraldique ». Dans l’usage moderne, le mot peut aussi désigner la description d’une armoirie, et non sa représentation graphique. Par métonymie, le terme « blason », dont l'étymologie reste controversée et sans réponse assurée, a par ailleurs désigné le bouclier ou la partie du bouclier où figurent les armoiries, puis les armoiries elles-mêmes. Le « blasonnement » est l’action de décrire des armoiries selon les règles de ce langage, ou le texte qui résulte de cette description ; le verbe correspondant est « blasonner ».

Les « armoiries » ou « armes » sont des emblèmes en couleur, propres à un individu, à une famille ou à une personne morale, qui sont soumis, dans leur composition comme dans leur représentation, aux règles du blason. En français, « armoiries » et « armes » s’emploient ordinairement au pluriel, mais le singulier « armoirie » est également utilisé par les spécialistes afin d'éviter toute ambiguïté lorsque l'on traite d'une seule armoirie. Une armoirie est ordinairement portée par un écu ; elle se compose toujours d’émaux et généralement de figures.

L’« écu » est le support ordinaire de l’armoirie, qu’il porte stricto sensu. Il désigne, en héraldique, une surface délimitée par un périmètre de forme variable, dont le champ reçoit les émaux et les figures. Par extension ou par métonymie, le mot « écu », qui désigne d’abord le bouclier, a également pu être employé pour désigner les armoiries elles-mêmes.Les couleurs constituent un élément central de l’héraldique dans la mesure où il n'existe pas d'armoiries sans couleur. Depuis le XVe siècle, les couleurs sont désignées sous le terme générique d'« émail ». Sous ce nom, on distingue deux « métaux » (or/jaune et argent/blanc), quatre « couleurs » (gueules/rouge, azur/bleu, sinople/vert et sable/noir) ainsi que quatre « fourrures » ou « pannes » (hermine, vair, contre-hermine et contre-vair) ; on trouve plus rarement le pourpre (gris-brun ou rouge-violacé) et le tanné (brun-orangé). L’emploi des émaux est codifié selon des règles strictes : il est par exemple interdit de juxtaposer ou de superposer deux émaux appartenant au même groupe, c’est-à-dire deux « métaux » entre eux ou deux « couleurs » entre elles.

Après l'émail, la « figure » constitue le second élément essentiel de composition d’une armoirie. Les figures se répartissent en deux groupes : d’une part, les figures géométriques qui, résultant d’une division de l’écu, se subdivisent en pièces et partitions ; d’autre part, les meubles qui, contrairement aux précédentes, peuvent être placés en différents endroits de l’écu.

Les « ornements extérieurs » sont les motifs placés autour de l’écu, hors du champ héraldique : casques, cimiers, couronnes, insignes de dignité, colliers d’ordres, supports, tenants, manteaux, cris d’armes ou devises. Ils ne relèvent pas de la composition interne de l’armoirie, portée par l’écu, mais peuvent compléter sa représentation. Certains sont purement décoratifs, tandis que d’autres peuvent préciser l’identité du possesseur, son appartenance à un groupe institué, ses fonctions ou ses dignités. Leur usage et leur représentation sont moins strictement codifiés que les couleurs et les figures placées dans l’écu ; leur description laisse donc davantage de place à la liberté du dessin et ne requiert pas de mentionner les détails sans signification emblématique.

Racines historiques et diffusion des armoiries

Les armoiries apparaissent en Europe occidentale au cours du XIIe siècle, dans le contexte de la société féodale, des chevaliers, des tournois et des transformations de l’équipement militaire. Elles se distinguent de simples signes de reconnaissance par leur stabilité : les mêmes figures et les mêmes couleurs sont associées durablement à un individu, une famille ou un groupe, et leur représentation obéit progressivement aux règles du blason.

L’évolution de l’équipement militaire ne suffit pas à expliquer à elle seule l'apparition des armoiries : le récit longtemps proposé par l'historiographie qui la fait naître du seul besoin de reconnaître les combattants sur le champ de bataille est aujourd’hui largement discuté. En effet, le choix de l’écu comme support privilégié ne tient pas seulement à sa visibilité, mais aussi à sa place dans la représentation pratique, politique et symbolique du pouvoir chevaleresque. L’héraldique médiévale n’est pas pour autant un langage ésotérique : elle vise au contraire à affirmer clairement l’identité, par des signes visibles et reconnaissables. Les armoiries forment ainsi un système qui, au-delà du seul milieu chevaleresque, permet d’identifier des personnes, des familles, puis des collectivités.

Dès leur apparition, les armoiries obéissent à des règles de composition, et c'est la présence de ces règles qui distingue l'héraldique européenne de tout autre système d'emblèmes, antérieur ou postérieur. Leur naissance est un phénomène social qui, s'étalant sur plusieurs décennies, ne peut être datée avec précision : les tentatives pour la fixer à une année donnée ne reposent en effet que sur des documents postérieurs.

Les armoiries ne naissent pas ex nihilo : elles procèdent de plusieurs pratiques emblématiques antérieures, notamment celles des bannières, des monnaies, des boucliers et des usages sigillaires. Les décors de boucliers attestés avant le milieu du XIIe siècle, tels qu'on trouve sur la broderie de Bayeux ou dans certains manuscrits, ne constituent cependant pas encore des armoiries au sens propre, faute de stabilité emblématique et de conformité aux règles du blason. Les sceaux constituent d'ailleurs l’une des principales sources permettant de cerner cette apparition : à partir des années 1140, ils figurent des écus armoriés associés aux figures équestres de guerre, parfois par glissement du signe depuis l’enseigne vers l’écu.

On peut ainsi distinguer plusieurs phases du processus dans le temps : une gestation jusqu'aux années 1130, suivie d'une apparition proprement dite entre les années 1130-1140 et 1160-1170. Les avancées de la recherche au XXIe siècle tendent à établir que les armoiries ont commencé à s’imposer dès les années 1140 dans le sud de l'Angleterre et entre la Seine et le Rhin, au sein des familles aristocratiques de descendance carolingienne qui les adoptent comme nouveau système de signes.

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