Hélène de Montgeroult, née Hélène Antoinette Marie de Nervo le 2 mars 1764 à Lyon et morte le 20 mai 1836 à Florence, est une compositrice et pianiste française, reconnue comme étant une des meilleures interprètes de piano-forte et improvisatrices de son temps.
Elle est considérée par son biographe Jérôme Dorival comme un pont entre classicisme et romantisme : elle « s'impose comme le chaînon manquant entre Mozart et Chopin ».
Origines et fin de l'ancien régime
Hélène de Nervo est née le 2 mars 1764 à Lyon au sein d’une famille à la noblesse récente et non terrienne ; mais il y a des terres en Beaujolais (héritées de J.A. Rique, parrain d’Hélène), à Oingt et Theizé (château de Rochebonne). Son père, Jean-Baptiste de Nervo a exercé plusieurs fonctions dans les instances judiciaires de Lyon et avait hérité ses titres de noblesse de 1er degré d’une charge de conseiller à la Cour des monnaies, sénéchaussées et présidial de la Cour de Lyon achetée par son propre père. La famille de sa mère, Anne Marie Sabine Mayeuvre de Champvieux a des attaches terriennes sur les monts du Lyonnais (manoir de Champvieux à Saint-Germain-au-Mont-d'Or), celle-ci avait elle-même acquis ses titres de noblesse quelques années plus tôt par une charge échevinale. La maison natale d'Hélène est une belle maison de ville, rue de la Charité dans le centre de Lyon, qui a pris le nom d'« Hôtel de Nervo ».
Elle aurait passé une partie de ses jeunes années à Paris, ville de baptême de son frère, Christophe Olympe de Nervo, né en 1765, et y aurait suivi les leçons de grands maîtres du clavier y ayant séjourné dans les dernières décennies de l’Ancien Régime : Nicolas-Joseph Hüllmandel, Jan Ladislav Dussek et, de façon moins certaine, Muzio Clementi.
Son premier mariage en 1784, l’a unie au marquis André Marie Gautier de Montgeroult. Dans les dernières années de l’Ancien Régime, les talents pianistiques de la marquise se sont exprimés dans quelques salons parisiens réputés tels que ceux de Madame Vigée-Lebrun, de la famille de Rochechouart, ou de Madame de Stael et de Madame de Genlis. En novembre 1785, Hélène de Montgeroult rencontre le violoniste Giovanni Battista Viotti avec lequel elle entretient une amitié artistique. Elle aurait également donné quelques leçons de piano au jeune Johann Baptist Cramer à cette époque.
Premières années de la Révolution française
Dans les premières années de la Révolution française, le marquis et la marquise fréquentent les cercles de révolutionnaires modérés, partisans de l'instauration d'une monarchie constitutionnelle, ainsi que certaines figures politiques importantes de l'époque (notamment Bailly). Ils sont notamment vus à la société des amis de la Constitution dès sa création, puis au club des Feuillants.
Hélène de Montgeroult participe au programme musical du théâtre de Monsieur, puis du théâtre Feydeau dirigé par Viotti. En 1791, à la suite de la représentation d’une pièce « Les deux Nicodèmes dans la plaine de Jupiter » au théâtre de la rue Feydeau, la marquise s’est trouvée mêlée avec Viotti à une querelle opposant plusieurs journaux politiques et à l’occasion de laquelle la marquise sera qualifiée de « claveciniste dévergondée ».
Au cours de ces années, elle vécut au château de Montgeroult, dans plusieurs résidences de campagne à Montmorency et dans une maison rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Madame de Montgeroult quitte finalement la France pour Londres en juillet 1792 avec son mari et Hugues-Bernard Maret. Elle revient à Paris en décembre de la même année, en raison des mesures ayant suivi l'adoption des lois de confiscation des biens des émigrés.
Mission diplomatique Maret-Sémonville
En juillet 1793, le marquis et la marquise accompagnent Maret, tout juste nommé ambassadeur à Naples, dans le voyage devant le conduire vers le lieu de sa nouvelle fonction. Ils sont rejoints en chemin par Charles-Louis Huguet de Sémonville lui-même nommé ambassadeur près la Porte ottomane, son épouse et leur escorte. En traversant le Piémont, ils sont arrêtés par les Autrichiens à Novate Mezzola. Les hommes de l'expédition (dont le marquis de Montgeroult) sont transportés de l'autre côté du lac de Mezzola, enfermés dix jours à la prison de Gravedona, puis retenus au palais des ducs de Mantoue. Le marquis, âgé de 57 ans, y meurt le 2 septembre 1793.
Au cours de l'arrestation, femmes et enfants sont frappés à coups de crosses et tenus en joue. L'expédition ayant été pillée, Hélène de Montegroult, Madame de Sémonville avec les femmes et enfants de la mission sont laissés dans une situation de grande détresse. Elles parviennent à se mettre à l'abri à Vico Soprano d'où elles tâchent d'obtenir le soutien de leurs relations à Venise (François Noël), Gênes, Milan (le comte Alberto de Litta) et Florence. Leurs efforts sont vains, car leurs missives sont saisies par le service vénitien de l’intercept et ne parviennent jamais à leurs destinataires.
La marquise finit par trouver protection auprès de François de Barthélémy, ministre de France à Baden où elle retrouve également Viotti. Elle y reste jusqu'au 23 octobre 1793.
Alors que la marquise et le marquis de Montgeroult sont retenus loin de France, une lettre de dénonciation, décrivant leur comportement et listant certains de leurs biens, est adressée le 1er août 1793 aux jacobins de Paris. Selon les termes du citoyen Arlain son auteur : « Tous ces gens là ne sont patriotes que quand ils ont peur ou besoin de la Nation ». Le 14 septembre, une perquisition est effectuée chez eux.
En avril 1794, un décret proscrit hors de Paris et des grandes villes certaines catégories de personnes dont les nobles et les étrangers. Cependant, le Comité de salut public adopte quelques milliers de réquisitions individuelles permettant à certains nobles jugés utiles à la République d'échapper à l'exil en province. Le registre des réquisitions accorde une place à la marquise de Montgeroult : « Citoyenne Gaultier-Montgeroult, artiste, dont le mari a été lâchement assassiné par les Autrichiens pour employer son talent aux fêtes patriotiques ». La marquise peut donc rester à Paris.
Le récit d'une scène au cours de laquelle Hélène de Montgerout aurait sauvé sa tête de la guillotine en improvisant au piano-forte sur le thème de La Marseillaise devant le Tribunal révolutionnaire est apparu dans la deuxième moitié du XIXe siècle sous la plume d'Eugène Gautier (1873), et quatre autres sources, avec quelques variantes. L'absence apparente de références écrites antérieures de cet épisode de même que le silence des archives du tribunal révolutionnaire font douter certains spécialistes de la réalité de ce récit, après la parution du livre de J. Dorival, mais sa réalité n’a jamais été mise en doute, ni au XIXe ni au XXe siècle ; en revanche, Eugène Gautier l’a enjolivée.
Ce récit romancé a probablement comme source le corniste Louis François Dauprat, élève du Conservatoire sous la Révolution et proche d'Hélène de Montgeroult, qui aurait recueilli le témoignage de la musicienne elle-même. Dauprat rapporte brièvement l'épisode dans une lettre adressée en mars 1846 à Gabriel Lucas de Montigny, dont un large extrait a été publié en 1860.