Hâroun ar-Rachîd ben Muhammad ben al-Mansûr (en arabe : هارون الرشيد بن محمد بن المنصور, Hārūn ar-Rašīd ben Muḥammad ben al-Manṣūr) également connu sous son nom de règne (laqab) Hārūn al-Rašīd (هارون الرشيد), né en 765 ou 766 (la date n'est pas exacte) à Ray (alors que son père al-Mahdî y séjournait) et mort à Tûs en 809, est le cinquième calife abbasside qui succède à son frère al-Hâdî en 786 et règne jusqu'à sa mort en 809. Il est traditionnellement appelé Aaron en occident. Son épithète arabe al-Rachîd se traduit par «l'Orthodoxe », il est parfois surnommé «Aaron l'Orthodoxe ».
Il est connu pour avoir offert en 801, en guise de cadeau diplomatique, un éléphant blanc à l'empereur Charlemagne, par l'entremise de son ambassadeur Isaac le Juif.
Troisième fils d'al-Mahdî, son enfance se passe dans le luxe. Il est le fils préféré de sa mère al-Khayzurân, une esclave yéménite qui a eu toute sa vie beaucoup d'influence sur lui. Son précepteur est Yahyâ ben Khâlid de la famille des Barmécides. Hârûn est l'ami d'enfance des fils de Yahyâ ben Khâlid : Fadhl, Ja`far, Mûsâ et Mohammed. Fadhl était frère de lait de Hârûn et Ja`far son ami intime.
Hârûn commande des expéditions contre les Byzantins en 781 et 782. Au cours de l'expédition de 782, l'armée arabe atteint le Bosphore, avant d'être encerclée par les Byzantins. Toutefois, la défection du général byzantin Tatzatès lui permet de reprendre le dessus et de contraindre les Byzantins à accepter une trêve de trois ans et le paiement d'un lourd tribut annuel.
Il est ensuite nommé gouverneur d'Égypte, de Syrie, d'Arménie et d'Azerbaïdjan. Il charge son ancien précepteur Yahyâ ben Khâlid d'administrer ces provinces. Le frère de Hârûn, al-Hâdî est devant lui dans l'ordre de succession, mais le règne de ce frère ne durera que de 784 à 786.
Le précédent calife, al-Hâdî, frère de Hârûn ar-Rachîd, avait voulu nommer son fils Ja`far comme héritier. À sa prise de pouvoir en 786, Hârûn ar-Rachîd força son neveu Ja`far à faire une déclaration par laquelle il reconnaissait que le pouvoir appartenait à son oncle.
Le jour de son intronisation il eut un premier fils `Abd Allah, de l'esclave perse Marajil ; le calife interpréta cela comme un bon présage. Quelque temps plus tard il eut un second fils, Al-Amin, de son épouse légitime Zubayda. Hârûn voulut reconnaître dans un premier temps `Abd Allah, lui donnant le surnom de Al-Mâ'mûn, comme héritier présomptif, mais il dut affronter la colère de Zubayda et de ses partisans, qui estimaient qu'Al-Amîn était le plus légitime, étant né de Zubayda. Hârûn ar-Rachîd céda et fit reconnaître comme héritier présomptif son fils Al-Amîn alors qu'il n'avait que cinq ans (802). Plus tard il décréta un arrangement entre ses deux fils : Al-Amîn était l'héritier présomptif et gouvernait l'ouest de l'empire (Irak et Syrie) et Al-Ma'mûn devenait le second dans l'ordre de succession et dirigeait l'est de l'empire (Khorasan).
Il se débarrassa des vizirs et des gouverneurs de Al-Hâdî pour les remplacer par des hommes de son choix. Son principal vizir fut Yahya ben Khalid.
Durant toute la vie de sa mère Al-Khayzuran, jusqu'à sa mort en 789, c'est elle qui gouverne de facto. Il loue en elle ses capacités et son éclat.
En 788 un petit-fils de Hassan ben Ali, Yahyâ s'insurgea dans le Tabaristan, son frère Idrîs (survivant de la Bataille de Fakh) s'était enfui à Walili près de Meknès (Maroc) où il parvint à créer un royaume et une dynastie (Idrissides). Hârûn envoya une armée de 50 000 hommes. Il traita avec le rebelle qui fut accueilli avec les honneurs à Bagdad. Yahyâ s'étonna de cette réception, mais cinq mois après Hârûn le fit mettre en prison et le tortura à mort.
Hârûn monte à la tête d'un empire plutôt fragile :
Les Omeyyades, bien que remplacés par les Abbassides dans la plus grande partie du monde musulman, règnent encore sur la péninsule Ibérique où une branche de la dynastie a fui et s'est installée en 755.
Le Maroc est contrôlé par la dynastie des Idrissides depuis 788. Idrîs Ier, arrière-petit-fils de Hassan ben Ali, fonde un Etat proto-chiite Zaydite grâce au ralliement de la tribu berbère Awrabat à sa cause, ralliement qui se concrétise par le mariage avec Kenza, une princesse Awrabit et la fondation de la ville de Fès. Hârûn, contrarié de ce succès et craignant une expansion du royaume idrisside en direction de son empire, le fit empoisonner par un de ses émissaires. Son tombeau est à Moulay Idriss Zerhoun, village à flanc de montagne près des ruines de Volubilis (793).
Au Yémen, la population se révolte en 795 contre le gouverneur abbasside Hammad al-Barbari. Cette révolte ne cesse qu'en 804.
En Égypte, les impositions écrasantes servent à entretenir l'armée d'Ifriqiya (actuelle Tunisie) commandée par Harthama ben A'yan, et une mauvaise administration conduit à des soulèvements d'une grande ampleur en 788 et 794-795.
En Ifriqiya (actuelle Tunisie), la région est constamment agitée par des troubles. Harthama ben A'yan en confie l'administration (797) à Ibrâhîm ben al-Aghlab. Celui-ci en profita pour fonder sa propre dynastie en 800, les Aghlabides, à Kairouan, qui dura jusqu'en 903.
En Syrie, l'opinion reste favorable aux Omeyyades, donc contre les Abbassides. En 796, Hârûn envoya en Syrie, une troupe sous le commandement de Fadhl ben Yahyâ pour y rétablir l'ordre.
De nombreux mouvements de révoltes populaires ont lieu dans tout l'empire en raison, notamment, des inégalités sociales trop importantes. Ces mouvements de contestation prennent aussi souvent une coloration religieuse kharijite ou chiite contre le sunnisme du pouvoir central. Ce contexte a motivé, d'une part, une politique de répression contre ces derniers groupes religieux dissidents, des mesures restrictives à l'égard des dhimmis par l'imposition d'un costume distinctif, et des arrestations au sein d'une élite « athée » (kafir) ou soupçonnée de l'être, une politique censée plaire aux religieux et à la majorité sunnite de la population, même si, d'autre part, il met fin à la politique de répression contre les zoroastriens convertis à l'islam.