Ce Jour-là

György Cziffra

Pianiste hongrois

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György Cziffra (Georges Cziffra, [t͡sifɾɒ]) (Budapest, 5 novembre 1921 – Longpont-sur-Orge, 15 janvier 1994) est un pianiste virtuose hongrois naturalisé français en 1968.

Surtout connu pour son interprétation des œuvres virtuoses de Franz Liszt, György Cziffra a également enregistré des compositions de nombreux autres compositeurs, notamment Chopin et Schumann. Son interprétation du Carnaval de Vienne de ce dernier a été particulièrement appréciée par Alfred Cortot. Considéré comme un des meilleurs pianistes du XXe siècle, il est également connu pour ses transcriptions pour piano de différentes œuvres, dont Le Vol du bourdon de Nikolaï Rimski-Korsakov qui présente une stupéfiante imbrication d'octaves alternées.

La vie de Cziffra comprend deux grandes périodes : la première se déroule essentiellement en Hongrie et s'achèvera par la fuite du pays lors de l'insurrection d'octobre 1956 ; la seconde période commence avec l'exil vers l'Autriche puis la France qui deviendra sa patrie d'adoption.

György Cziffra est le benjamin de trois enfants d'une famille de musiciens tziganes. György Cziffra père est cymbaliste et joue durant les années 1910 dans les restaurants et cabarets parisiens. Survient la Première Guerre mondiale. Le père est emprisonné en tant que citoyen d'un pays en guerre contre la France et la mère expulsée dans son pays d'origine. Elle vivra chichement avec ses deux filles dans une chambre de Budapest. Son mari, libéré de prison après la fin de la guerre, rejoint sa famille. Les retrouvailles se soldent par la naissance du petit György Cziffra le 5 novembre 1921.

Dès son enfance, ce dernier montre un don particulier pour la musique. Son père lui donne ses premières leçons de piano, et à l'âge de quatre ans, il reproduit à l'oreille ce que joue sa sœur aînée. À cinq ans, il interprète des airs suggérés par le public d'un cirque itinérant dont il est, pendant quelques semaines seulement, la vedette. Il est, à neuf ans, le plus jeune élève jamais admis dans la prestigieuse Académie Franz-Liszt de Budapest. Il y est formé par István Thomán et Ernő Dohnányi. À treize ans, il finit l'opérette d'un autre compositeur en un temps record. Dès l'âge de seize ans il débute les tournées à travers l'Europe, notamment en Hongrie, Pays-Bas et Scandinavie.

György Cziffra épouse Soleilka, une femme d'origine égyptienne, en 1941. Elle lui donnera un fils, également nommé György Cziffra, qui deviendra chef d'orchestre.

La Deuxième Guerre mondiale contraint Cziffra à cesser d'étudier la musique. Il est envoyé combattre sur le front de l'Est avec l'Armée hongroise. La Hongrie est alors alliée de l'Allemagne. Il est fait prisonnier par des partisans soviétiques. Transféré quelques mois plus tard dans un camp de prisonniers, il est enrôlé dans la nouvelle armée hongroise qui se forme à la libération du territoire hongrois par l'Armée Rouge. Après avoir servi pendant plus d'un an comme instructeur, il est démobilisé et rejoint en 1946 sa femme et son fils qu'il n'avait pas revus depuis 1942.

Il reprend l'étude du piano en 1947 auprès de György Ferenczy tout en gagnant sa vie en se produisant dans des bars de Budapest, en particulier avec son ami Elek Bacsik. Opposé au régime communiste hongrois, il est arrêté lors de sa tentative de traverser la frontière clandestinement avec sa famille. Il reste prisonnier politique de 1950 à 1953, condamné aux travaux forcés où il exécute la dure tâche de porteur de pierres. Il lui en restera des séquelles qui lui vaudront, à sa libération, de longs mois de rééducation et des douleurs persistantes aux articulations. D'où son fameux bracelet de cuir au poignet droit qu'il portera plusieurs années encore après son exil.

Il est alors enfin reconnu comme un pianiste exceptionnel par le ministère hongrois des Affaires culturelles qui lui permet entre 1953 et 1956 d'accéder à une carrière d'interprète virtuose et de donner de nombreux concerts en Hongrie, sans pouvoir encore jouer à l'étranger. En 1955, il obtient le prix Franz-Liszt de la virtuosité pianistique remis pour la première fois à un pianiste qui n'est pas lui-même compositeur. Le 22 octobre 1956, à l'occasion de la célébration de l'anniversaire de la révolution d'Octobre, il donne au théâtre Erkél de Budapest une interprétation magistrale du 2e Concerto de Bartók, un concerto d'une difficulté extrême qu'il a appris en à peine six semaines grâce à un labeur acharné, et qu’il ne rejouera plus jamais ensuite. Les spectateurs, enthousiastes, en sortent transportés : « Ces quelque deux mille personnes, d'ordinaire si disciplinées, se ruèrent hors de la salle en scandant l'hymne national, arrachant sur leur passage dans les rues et boulevards avoisinants tout ce qui ne portait pas les couleurs nationales seules ». C'est alors le début de l'insurrection de Budapest.

Lors de la répression qui suit l'insurrection, et la fuite de dizaines de milliers de Hongrois, il profite de la brève ouverture de la frontière pour fuir le régime communiste et s'échapper vers l'Autriche avec sa famille. Profitant de ce qu'il se produit à Vienne, il demande l'asile politique et part pour la France avec sa femme et son fils de 14 ans. Il est apprécié par le public dès son arrivée à Paris (« Pianiste du siècle, réincarnation de Liszt, pianiste des pianistes, virtuose au bracelet de cuir… ») où il enregistre sa fameuse interprétation des Rhapsodies hongroises de Liszt (1956) qui restera son compositeur de prédilection avec Chopin.

Certains critiqueront à ses débuts l'étroitesse d'un répertoire de saltimbanque. À cette époque, Liszt n'était pas considéré comme un compositeur suffisant pour remplir une carrière de pianiste. Cziffra s'essaiera, avec brio, à de nombreux autres compositeurs : Chopin bien sûr, Beethoven, et aussi Bartók, Ravel, Rachmaninov, Balakirev, Grieg, Rameau, Couperin…

Cziffra dans de nombreuses œuvres, allait plus loin que l'interprétation, il s'est aussi prêté au jeu de l'arrangement, par exemple avec les Danses hongroises de Brahms, dont il a fait beaucoup plus qu'une simple transcription pour piano à deux mains, ou encore avec Le Vol du bourdon (extrait de l'opéra Le Conte du tsar Saltan de Rimsky-Korsakov). On lui a souvent reproché une certaine excentricité, l'influence de son humeur sur son jeu lors de ses concerts, sa recherche d'un public populaire, avec le côté « classiques favoris » de ses récitals.

Il s'intéresse de près à la facture instrumentale des pianos de concert, ce qui n'est pas tellement fréquent chez les pianistes virtuoses. Il apprécie particulièrement le son des pianos français, avec leur sonorité romantique typique dite « à la française ». Aussi, est-ce dans cet esprit qu'en collaboration étroite avec la Manufacture de pianos Gaveau, il conçoit en 1961 avec M. Gaveau, une modification significative des marteaux du grand queue de concert nº 5 de la marque, dont il possède en outre un exemplaire personnel sur lequel il joue à son domicile de Cormeilles-en-Parisis. G. Cziffra possédait en réalité deux exemplaires de ce piano Gaveau nº 5, chacun dans les tout derniers fabriqués par la marque en 1959–1960, le second se trouvait à l'auditorium de Senlis. L'un comme l'autre lui avaient été offerts par les pianos Gaveau à la promotion desquels il se trouvait associé, celui de Senlis est en outre visible sur un beau cliché disponible en ligne en note

En 1966, sur proposition du Dr Georges Mazoyer et de son épouse Suzanne Chaleyé-Mazoyer, chez qui il séjourne au Puy-en-Velay, il donne le 25 septembre un concert dans l'abbatiale de La Chaise-Dieu au profit de la restauration de ses grandes orgues Marin Carouge ; ce concert est à l'origine du festival de musique de La Chaise-Dieu, créé sous l'impulsion du pianiste et du docteur Mazoyer, membre fondateur, et dont les époux assurent l'organisation pendant les sept premières années. Il est naturalisé français en 1968 et devient Georges Cziffra.

En 1975, il crée la Fondation Cziffra (toujours en activité) qui a pour but de soutenir de jeunes talents qui deviendront des pianistes talentueux comme Jean-Gabriel Ferlan. Il achète alors l'ancienne chapelle royale Saint-Frambourg à Senlis, laissée à l'abandon et tombée en totale décrépitude. Après d'énormes travaux de restauration, il y crée l'auditorium Franz-Liszt. La même année, il signe l'avant-propos du livre de Michel Sogny, L'admiration créatrice chez Liszt.

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