Ce Jour-là

Guy Peellaert

Artiste belge

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Guy Peellaert, né le 6 avril 1934 à Bruxelles (province de Brabant) et mort le 17 novembre 2008 à Paris 15e, est un artiste belge ayant passé l'essentiel de sa vie en France.

Artiste plasticien pluridisciplinaire de la seconde moitié du XXe siècle, il cultive le statut d'inclassable et revendique l'hybridation, réfutant toute hiérarchie entre les arts et participant à leur décloisonnement dès le milieu des années 1960. Il oppose au statut d’artiste celui de « faiseur d’images » et entretient des rapports ambigus avec le monde de l'art, contournant les institutions et le marché en privilégiant la diffusion de ses œuvres à travers des supports de série tels que le livre, la presse, l'affiche ou encore le disque.

Sa démarche, dont le moteur principal est une interprétation picturale des mythologies issues de la culture iconographique occidentale, aboutit à la production d'œuvres figuratives à dimension narrative, le plus souvent inspirées par le langage cinématographique. Celles-ci s’appuient sur divers procédés de manipulation de l'image qui témoignent d'une utilisation pionnière des ressorts de l'appropriation et du détournement aujourd'hui répandus dans l'art contemporain.

Sa carrière est marquée par une succession d'innovations et de ruptures formelles délimitant cinq périodes distinctes, ainsi que par l’alternance de longs projets personnels pouvant nécessiter jusqu’à dix années de travail, et la réalisation parallèle de travaux de commande.

Il atteint la notoriété en Europe au milieu des années 1960 par ses bandes dessinées expérimentales Les Aventures de Jodelle et Pravda la Survireuse, associées au pop art et à la contre-culture, puis à travers le monde à partir de 1973 avec la série Rock Dreams, ensemble de 125 portraits hyperréalistes pour lequel il développe une hybridation complexe entre photographie, photomontage et peinture. Cette œuvre marque durablement la culture rock émergente et conduit à de célèbres collaborations avec des personnalités telles que David Bowie, les Rolling Stones ou encore Martin Scorsese.

Il se retire progressivement de la vie publique à partir de 1976 pour se consacrer à Las Vegas, The Big Room, nouvel ensemble de 48 portraits qu’il n’achèvera que dix années plus tard. Il y introduit une nouvelle technique où le pastel est utilisé sur une base photographique, qu’il développe en parallèle d’une longue collaboration avec le cinéaste Wim Wenders, avec qui il réalise de nombreuses affiches durant les années 1980. Cette décennie est profondément marquée par le cinéma, avec la réalisation pour la télévision française du générique de l’émission culte Cinéma, Cinémas ainsi que des affiches pour Robert Bresson, Stephen Frears, Leos Carax, Michael Cimino ou encore Francis Ford Coppola.

Sa fresque Gershwin, réalisée entre 1990 et 1991 pour le cinéaste Alain Resnais, inaugure la brève période monumentale de l’artiste, abandonnée en 1994 au profit des premières expérimentations avec la peinture numérique. Entre 1995 et 1999, il s’appuie sur les techniques émergentes de publication assistée par ordinateur pour réaliser Rêves du vingtième siècle, et marque par cet ensemble de 86 portraits son dernier grand projet personnel ainsi que l'ultime rupture formelle de sa carrière.

Guy Louis Peellaert est le deuxième enfant de Robert Peellaert, héritier d’une rente familiale issue du négoce de charbon d'Anvers, et de Gabrielle Permesaen, fille de tailleurs de Louvain. Précédemment, le couple a eu une fille, Denise, née en 1930, ainsi qu’une première fille décédée peu après sa naissance en 1929.

Cette famille de la grande bourgeoisie catholique belge habite la célèbre avenue Louise à Bruxelles. Il est alors possible de s’y promener à cheval pour rejoindre le haras familial de Hoeilaart où Robert possède une écurie de chevaux de course. Celle-ci constitue le point d'ancrage de la famille : dès leur plus jeune âge, Guy et sa sœur se voient imposer la pratique de l’équitation. Denise y excelle et fait rapidement figure d’enfant favori, tandis que Guy, soumis à la sévérité tyrannique de son père, s’en trouve durablement inhibé et ne retrouvera le goût de l'équitation que dans la maturité.

Jouissant d’un confort matériel certain, la famille passe les hivers en Suisse, les étés au Cap d’Antibes où l’un des quatre oncles paternels possède une luxueuse propriété, et surtout à Ostende où se déroule la saison hippique et où Robert Peellaert a fait l’acquisition d’un immeuble face à la mer.

Au lendemain de la déclaration de guerre en 1939, les Peellaert quittent Bruxelles pour se réfugier en France, à Vals-les-Bains, mais ne tardent pas à rejoindre la Belgique une fois assurés de ne pas y être inquiétés. La famille passera la période de la Seconde Guerre mondiale à l’abri du besoin et ne renoncera pas à son train de vie alors même que les coûts explosent et que sévissent privations et rationnements à travers l’Europe occupée. Il semble que la mère de Guy ait aidé plusieurs Juifs à échapper aux Nazis : elle vient notamment en aide à un chirurgien avec lequel elle entretient une liaison, et exprime avec insistance le souhait de voir son fils exercer la médecine afin de reprendre un jour la clinique de son ami.

Peu enclin aux études, le jeune Guy est un élève dissipé et un adolescent rebelle : à l’âge de 13 ans, il est envoyé par ses parents dans un pensionnat Jésuite réputé pour sa sévérité afin d’y être « brisé, cassé, maté » selon les souvenirs de l'artiste. Malgré les réticences de sa mère, et sur les conseils d’un professeur ayant remarqué qu’il passe le plus clair de son temps à dessiner, il est finalement inscrit à l’Institut Saint-Luc, école bruxelloise renommée pour l'enseignement des arts décoratifs. Il se spécialise en art monumental, et étudie notamment la fresque et la peinture murale, qui marqueront durablement ses années d'apprentissage. Il se révèle brillant élève, mais n'effectue que quatre années d'études sur les sept prévues par le programme, déterminé à s'émanciper des aspects les plus académiques de sa formation. Il gardera néanmoins de son passage à l'Institut Saint-Luc un souvenir impérissable, qui provoque alors son premier grand choc esthétique : la visite à Anvers du plus grand atelier européen de calicots de cinéma, reproductions d'affiches peintes sur des toiles géantes destinées à être accrochées au fronton des salles de cinéma.

Guy Peellaert décrira la Belgique d'après-guerre comme une « colonie américaine », une porte d’entrée stratégique pour la diffusion de la culture américaine à travers l'Europe occidentale. Au lendemain de la Libération, celle-ci constitue pour les États-Unis un double enjeu politique et économique : les accords négociés auprès des pays européens à la suite du plan Marshall prévoient en effet l’autorisation de faire projeter massivement les films américains dans les salles de cinéma, ou encore de favoriser l’exportation de produits de grande consommation comme le chewing-gum, les cigarettes ou le Coca-Cola. La Belgique, qui au contraire de la France ne bénéficie pas de politique de protectionnisme culturel ni de véritable production cinématographique nationale, s'ouvre massivement à la culture et aux investissements américains C'est ainsi que, durant les années 1950, Peellaert se rend au cinéma jusqu'à quatre fois par semaine pour y voir, en version originale, de nombreuses productions hollywoodiennes auxquelles le reste de l'Europe n'a pas accès. Il affirmera plus tard que Bruxelles était alors l'équivalent d'une ville moyenne américaine des années 1950, telle que représentée au cinéma, où l'on retrouve notamment l'opposition "Uptown" et "Downtown" délimitant les beaux quartiers et les quartiers populaires. Adolescent rebelle issu d'une bourgeoisie qu'il juge mortifère, il est attiré par les "bas-fonds" et s'identifie aux héros américains qui transcendent leurs origines sociales, à l'instar de Gentleman Jim interprété par Errol Flynn, qui permet au jeune garçon de s'extraire du quotidien.

Installé pendant la durée de ses études au domicile de sa mère, Peellaert habite à quelques pas du Centre Culturel Américain de Bruxelles, où il passe son temps libre immergé dans les titres phares de la presse américaine illustrée, tels Collier's Weekly, Saturday Evening Post, National Geographic et surtout Life, le grand hebdomadaire américain du photojournalisme qui exerce sur lui une véritable fascination et nourrit son imaginaire de manière décisive. La découverte dans la presse du peintre muraliste Thomas Hart Benton, qui met en scène la vie quotidienne américaine des années 1920 sur de grandes fresques ornant les murs de bâtiments, ou encore de Reginald Marsh, autre américain associé au réalisme social (en) et à la représentation de tranches de vies burlesques à New York, le bouleverse tout particulièrement. Ces artistes alors ignorés par la culture dominante lui révèlent un art « non-noble » en prise directe avec la vie, porteur de modernité et d’émotions viscérales, que Peellaert oppose instinctivement au "bon goût" officiel consacré par la culture bourgeoise et les institutions qui la régissent.

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