Ce Jour-là

Guy Debord

Écrivain, essayiste, cinéaste et révolutionnaire français

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Guy Debord, né le 28 décembre 1931 à Paris et mort le 30 novembre 1994 à Bellevue-la-Montagne (Haute-Loire), est un écrivain, théoricien, cinéaste, poète et révolutionnaire conseilliste français.

Il se considérait avant tout comme un stratège. Il est celui qui a conceptualisé la notion sociopolitique de « spectacle », développée dans son œuvre la plus connue, La Société du spectacle (1967). Debord a été l'un des fondateurs de l'Internationale lettriste de 1952 à 1957, puis de l'Internationale situationniste de 1957 à 1972, dont il a dirigé la revue française.

Guy Debord naît dans une famille aisée, son grand-père maternel d'origine italienne Vincenzo Rossi ayant reçu de ses parents une petite entreprise de chaussure de luxe dans le XXe arrondissement de Paris, qui, malgré le temps de guerre, a pu échapper à toutes les privations. Cependant, la mort prématurée de ce grand-père en 1927 va entraîner le lent déclin de la manufacture familiale, son épouse Lydie Fantouillier, née à Limoges, ne se révélant pas dotée du sens des affaires, pas plus que sa fille unique, Paulette (1911-1998) qui épouse le 28 mars 1931, à pas même vingt ans, Martial Debord, son aîné de seize ans, soldat multimédaillé de la Grande Guerre et préparateur en pharmacie, originaire comme Lydie sa mère de la région limousine.

Alors que Guy, l'unique enfant du couple, naît fin 1931, la santé de son père, très vite atteint d'une tuberculose qui interdit à son fils de simplement l'approcher jusqu'à son décès en 1936, vient s'ajouter aux difficultés matérielles en devenir. Dès lors, l'éducation du jeune Guy va être essentiellement assurée par sa grand-mère Lydie. À cette vie affective chaotique, vont venir s'ajouter, du fait de la déclaration de guerre contre l'Allemagne, des déménagements successifs de ce noyau familial constitué de deux veuves autour d'un enfant unique, ces déplacements étant par ailleurs l'occasion pour Paulette, la mère de Guy, de tenter de refaire sa vie.

À l'automne 1939, la famille Rossi-Debord quitte Paris pour Nice où, à la suite d'une liaison prolongée de sa mère avec Domenico Bignoli, un Italien moniteur d'auto-école, naît la demi-sœur de Guy, Michèle. À l'été 1941, enceinte d'un nouvel enfant, Paulette, ses deux enfants et son amant s'installent à Fontainebleau où Guy est inscrit au collège Carnot et où naît en 1942, un demi-frère, Bernard. À l'été, la mère, la grand-mère et les trois enfants, mais sans cette fois Domenico Bignoli, partent s'installer à Pau. Alors que Guy est inscrit au lycée Louis-Barthou, naguère fréquenté par Isidore Ducasse, connu en littérature comme comte de Lautréamont et où Pierre Bourdieu se trouve être interne ces mêmes années, c'est là que Paulette rencontre Charles Labaste, un notaire avec deux enfants alors marié à une femme malade qui décèdera avant la fin de la guerre, toute cette famille largement recomposée partant alors s'établir et faire fortune à Cannes. En mars 1945, Charles Labaste épouse Paulette et reconnaît ses deux enfants nés de Domenico Bignoli. Guy, qui a 14 ans et est inscrit au lycée Carnot de la ville qu'il fréquentera jusqu'à son baccalauréat en juin 1951, entame alors les années de formation qui vont le conduire là où il ira.

Jeune, il est déjà un grand connaisseur des surréalistes et prend pour figures tutélaires Lautréamont et Arthur Cravan. Il voit le mouvement populaire se fragmenter dans l’impasse de la Seconde Guerre mondiale, et, à ses 17 ans, tous les événements fondateurs de ce qu’il appellera La Société du spectacle sont en place : la généralisation de la technologie, l’espionnage généralisé, la délation, les centres d'extermination nazis et les camps de travaux forcés, les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, la « collaboration de classe » du Parti communiste français avec la bourgeoisie et l'embourgeoisement des partis communistes au pouvoir, l’affrontement « spectaculaire » Est/Ouest où chaque complexe militaro-industriel se justifie par l’autre, et la reconstruction à crédit de l’Europe occidentale, devenant ainsi une colonie économique des États-Unis. L’échec du « dernier grand assaut du mouvement révolutionnaire prolétarien » est dans son paysage.

En 1951-1952, selon les propres mots de Debord, « jamais… le champ de bataille n'avait été aussi vide ». Au milieu de ce « désert », cependant, la vie intellectuelle se poursuit, avec d'un côté, des défenseurs de la démocratie comme Aron, Mauriac ou Malraux et de l'autre, la galaxie d'intellectuels sympathisants ou membres du PCF : Aragon, Sartre, Picasso (au cours de cette période, le parti alors stalinien aimantait encore nombre d'artistes, d'écrivains et d'intellectuels français).

D’autres, cependant, refusent ce clivage. André Breton, Benjamin Péret et Jean Malaquais se sont rapprochés des mouvements libertaires ou du communisme de gauche antistalinien après avoir souvent flirté avec les thèses de Trotsky, fidèles toujours aux idéaux de la révolution d'Octobre plutôt qu'à l'URSS et à ses dirigeants. Maximilien Rubel de son côté arrache l’œuvre de Marx aux dogmatismes léninistes, tandis que les membres de Socialisme ou barbarie (Claude Lefort, Cornelius Castoriadis notamment), et quelques autres tentent une ouverture, dans une période dominée par la pensée stalinienne et bourgeoise. C’est à ce moment que commencent à se développer plus largement les analyses critiques sur l’URSS et les « démocraties populaires », après le célèbre Staline de Boris Souvarine (1935), et les analyses d’Ante Ciliga, Bruno Rizzi, Victor Serge, Karl Korsch ou Anton Pannekoek contre le capitalisme d'État.

Découverte du lettrisme, rupture avec Isou, fondation de l'Internationale lettriste

C'est à cette période qu'il rencontre Isidore Isou et les lettristes (Maurice Lemaître, Gil J Wolman, Jean-Louis Brau, Marc'O…), rencontres décisives qui marquent le fondement de ses engagements futurs.

Le scandale de la projection du film Traité de bave et d'éternité d'Isidore Isou au festival de Cannes (avril 1951) marque le jeune Debord et lui ouvre le champ de création qu’est le cinéma, le poussant à participer aux activités du mouvement lettriste, participation qui prendra fin en novembre 1952 à la suite d'un autre scandale, le « scandale Chaplin ». Entretemps, il participe à l'unique numéro de la revue Ion de Marc'O (avril 1952) en y publiant le scénario de la première version (avec images et bande sonore dissociée) de son film Hurlements en faveur de Sade dont le titre lui avait été suggéré par Isou. Le premier film de Debord, désormais sans images et visuellement proche de L'Anticoncept de Gil J. Wolman, alterne séquences noires et blanches et se compose d'une bande son où des phrases poétiques détournées de leur contexte d'origine, entrecoupées de longs silences, visent à accélérer le processus de négation-décomposition (ce que les lettristes appelaient le "ciselant") dans le cinéma, déjà largement entamé dans les autres arts, notamment en peinture avec le Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch ou en littérature avec le Finnegans Wake de James Joyce et passer plus directement au projet du dépassement de l'Art, au cœur des préoccupations de Debord et des lettristes. L'Internationale situationniste précisera des années plus tard, à propos de ce film, que « l'action réelle de l'avant-garde négative (…) n'a été (…) avant-garde de l'absence pure mais toujours mise en scène du scandale de l'absence pour appeler à une présence désirée ». Debord pose ici la limite, le point de départ qui l’amènera ensuite à la création de l’IS.

C'est ainsi qu'en novembre 1952 se constitue l'Internationale lettriste (IL), qui marque ses distances avec le lettrisme d'Isou en revendiquant une attitude plus proche des anarchistes et des marxistes révolutionnaires que de l'idéal de « créativité généralisée » voulue par Isou. En 1953, Debord trace à la craie sur un mur de la Rue de Seine l'inscription « Ne travaillez jamais », marquant ainsi son rejet du salariat qu'il maintiendra tout au long de sa vie. Ce slogan repris par les émeutiers réapparaîtra au moment des événements de Mai 68.

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